Archive pour février 2010
Publié par arbrealettres le 23 février 2010
Mon chemin est peuplé du fantôme interminable
des choses invisibles et muettes,
et les choses invisibles et muettes
sont l’enfance émerveillée
des choses visibles, les cardinales
de granite et de brumes,
les amers noyés d’une Parole,
écartelée silencieuse
entre l’apparition des mondes
et leur effacement.
(Bernard Neau)
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Publié par arbrealettres le 23 février 2010
L’espace arpenté de tes yeux
et le regard qui le contemple,
entrent d’un même coeur dans l’oubli:
communion du vivant
pour toutes les morts du regard.
(Bernard Neau)
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Publié par arbrealettres le 23 février 2010
Oh vous dont l’ombre vient à ma rencontre
- et je pourrai dire, si vous bougez
la photo sera trouble comme (enfin)
ce trouble qui m’étreint et qui ne saurait
montrer ce que nous avons de commun.
Car nous tremblons en somme
ensemble – tous
(Alain Eludut)
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Publié par arbrealettres le 23 février 2010
Fait étrange: une fois perçu, ce qui s’annonce au loin
Se transforme en présage;
Et ce qui advient n’est manifeste
Qu’à la lumière de ce qu’on a vécu.
Le septième ciel, peut-être:
Toute la vérité d’un sixième sens disparu.
N’importe: le jour où la lumière se brisera sur moi
Comme naguère sur la route après Coleraine
Où le vent s’est fait plus salé, le ciel plus prompt,
Où un lamé d’argent a frémi sur Bann
Au milieu du canal, entre les poteaux peints,
J’habiterai ce qui m’échappe.
***
Strange how things in the offing, once they’re sensed,
Convert to things foreknown;
And how what’s come upon is manifest
Only in light of what has been gone through.
Only in light of what has been gone through.
Seventh heaven may be
The whole truth of a sixth sense come to pass.
At any rate, when light breaks over me
The way it did on the road beyond Coleraine
Where wind got saltier, the sky more hurried
And silver lamé shivered on the Bann
Out in mid-channel between the painted poles,
That day I’ll be in step with what escaped me.
(Seamus Heaney)
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Publié par arbrealettres le 23 février 2010
Où réside l’esprit? Au-dedans, au-dehors
Des choses remémorées, des choses faites ou défaites?
Premier le cri de l’oiseau de mer, première l’âme
Imaginée dans l’aube froide de son cri?
Et son perchoir ultime? Le bâton fangeux d’un nid
De corneille, au sommet de la vieille tour de pierre,
Ou le buste de marbre dominant le parterre?
Habitable, la forme accomplie?
Habitée, la lumière venteuse?
Pourquoi la note maintenue, pourquoi la ligne maintenue
Sinon pour l’assaut qui rassure?
***
Where does spirit live? Inside or outside
Things remembered, made things, things unmade?
What came first, the seabird’scry or the soul
Imagined in the dawn cold when it cried?
Where does it roost at least? On dungy sticks
In a jackdaw’s nest up in the old stone tower
Or a marble bust commanding the parterre?
How habitable inhabited the windy light?
What’s the use of a held note or held line
That cannot be assailed for reassurance?
(Seamus Heaney)
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Publié par arbrealettres le 22 février 2010
Nous naissons du regard
car nous n’aurions su naître
d’une trop lente et indécise Parole.
Nous n’avons pas assez de nos yeux,
pour nous apercevoir que le Temps
imprime en nous
la morsure inachevée de l’instant.
(Bernard Neau)
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Publié par arbrealettres le 22 février 2010
Je te fais don de ma force d’attente,
de mes passage-éclairs
dans les approches progressives
des coeurs.
d’une paupière qui bat,
tu viens mourir
et renaître, en face de ma douleur,
tout près de moi -
et le temps, ces espaces
délivrés du regard,
je les offre entiers à ta désolation.
je ne veux pas, ne peux pas partir,
je te fais don de tout,
mais ne me livre pas
la raison scellée de tes yeux;
tant inclinent
les formes, légèrement,
de plan en plan,
alentour de ton Secret.
(Bernard Neau)
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Publié par arbrealettres le 22 février 2010
Trottoirs dangereux.
Mais cette année j’affronte la glace
Avec la canne de mon père.
(Seamus Heaney)
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Publié par arbrealettres le 22 février 2010
Dame au corsage en dentelle
A la simple jupe écossaise,
Depuis que vous êtes partie
Le vide dans la maison
Blesse toute pensée. En votre présence
Le temps coulait, paisible, ancré
A un sourire, mais l’absence
A déséquilibré l’amour, désamarré
Les jours. Ils roulent et rebondissent
Au travers du calendrier
Tanguant sous le doux son
De votre voix tendre comme une fleur.
Le besoin de vous se brise sur ma grève;
Vous êtes partie, je suis à la dérive.
Jusqu’à ce que vous repreniez la barre
Mon être est en révolte.
(Seamus Heaney)
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Publié par arbrealettres le 22 février 2010
Je marchais avec toi et une autre femme
Dans le bois d’un parc, l’herbe murmurante
Mêlait ses doigts à notre silence complice
Et les arbres s’ouvrirent soudain sur une clairière
Où nous assîmes à l’ombre.
La candeur de la lumière, je pense, nous a troublés.
Nous avons parlé du désir et de la jalousie,
Notre conversation, une large robe unique
Ou une nappe blanche étalée pour le repas
Comme un traité de moeurs dans la nature sauvage.
“Montre-moi”, ai-je dit à notre compagne, “ce
Ce que j’ai longtemps désiré, l’étoile mauve de ton sein.”
Et elle consentit. Ô ni ma prudence, ni même ces vers,
Mon amour, ne pourront guérir ton regard blessé.
(Seamus Heaney)
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