Archive pour mars 2010
Publié par arbrealettres le 23 mars 2010
Si je prenais tes bras
et les coupais en quatre
Tu aurais autant de bras
que si tu étais quatre
Rois
et quatre
Reines
Quatre joies
et quatre
peines
Si je prenais ta bouche
et la coupais en quatre
tu aurais autant de bouches
que si tu étais quatre
Lacs
et quatre
lunes
quatre parcs
et quatre prunes.
Si je prenais ton cceur
et le coupais en quatre
tu aurais autant de cœurs
que si tu brisais quatre
Ruches
et quatre
rondes
quatre cruches
et quatre
mondes
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010

II était, il était une fois
Deux éléphants qui ne dormaient pas.
Leurs grands yeux constamment allumés
Effrayaient le monde et les années.
On décida de les enfermer.
Mais nul ne put les emmener.
Il était, il était une fois
Deux éléphants qui ne bougeaient pas.
Ils fixaient toujours le même point
Qui semblait, à chaque fois, plus loin.
Aucun fouet ne les distrayait
Nulle douleur, pas même leurs plaies.
Il était, il était une fois;
Deux éléphants qui ne mouraient pas.
On avait beau leur tirer dessus,
Ils gardaient, malgré eux, le dessus,
Espérait-on la nuit les brûler,
Le feu, à leur contact, s’éteignait.
Cherchait-on alors à les noyer,
Devant eux, la mer s’agenouillait.
II était, il était une fois
Deux éléphants qu’on ne nommait pas.
Ils vivaient leurs mille vies secrètes
Dedans leur regard que rien n’arrête.
Avec leur trompe toujours baissée,
Humaient la terre dans ses pensées.
Il était, il était une fois
Deux éléphants que l’on n’aimait pas.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010
La belle Reine des catalogues
Fleurit le château de gemmes
Où l’adore son Seigneur
Vêtu de couteaux et d’eau.
Une minute, un sourire,
Une éternité de larmes.
La belle Reine morte
Détruit le château de bronze
Où gémit le Seigneur brun
Son chagrin cloué au mur.
Une minute, un Soupir,
Une éternité de larmes.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010
Je chante une chanson
Que les branches connaissent,
Que les pierres ont oubliée.
Surprend-elle les hommes ?
Le rouge une fois sang,
Le vert une fois eau,
Souffle-moi, vieux mendiant,
Les mots de ma chanson.
(Edmond Jabès)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010
Les mains de la terre
Manquaient de surprises.
On leur donna un homme
A bâtir et endormir.
On leur donna une femme
A fleurir et pervertir.
On leur donna un arbre.
On leur donna la mer.
Les mains déçues noyèrent
Un matin clair, la terre.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010
Janvier, la neige rouge
Interdit l’avenir.
Tous les râles, Février,
Tous les râles conspirent
Mars, la voix des morts
Surprend les traînards.
Tous les râles, Avril,
Tous les râles fleurissent.
Mai, la terre joue
A changer de visage.
Tous les râles, Juin,
Tous les râles saignent.
Juillet, l’espoir crève
Comme un chien galeux.
C’est en Août qu’autrefois
On fêtait les montagnes.
Tous les râles, Septembre,
Tous les râles grondent.
Octobre, un désespéré
Fait des signes à la terre.
Soleil, Novembre, soleil
Réchauffe un peu la terre.
Une nuit de Décembre
J’ai péri de t’attendre.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010

Lundi, une aiguille
Attend le fil à coudre.
Mardi, une bouche
Sourit à la rosée.
Mercredi, c’est ta main
Promise à la clarté.
Mais tes seins, jeudi
N’ont qu’un jour à vivre.
Vendredi, plus un mot:
On attend l’avenir.
Samedi est un miracle
Habillé de paresse.
Dimanche, tes caresses
Oublient de vieillir.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010
C’est une femme assise
Rongée des soleils.
Ses larmes autrefois
ont boisé la terre.
Son cœur est en feu.
C’est une femme assise
Sur mes genoux. Distraite,
Elle compte les jours.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010
Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.
A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps?
Saison des mille naufrages,
la mer cesse d’être la mer,
devenue l’eau glacée des tombes.
Mais, plus loin, qui sait plus loin ?
Une fillette chante à reculons
et règne la nuit sur les arbres,
bergère au milieu des moutons.
Arrachez la soif au grain de sel
qu’aucune boisson ne désaltère.
Avec les pierres, un monde se ronge
d’être, comme moi, de nulle part.
(Edmond Jabès)
Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2010
Elle était debout
contre l’arbre.
Elle était nue.
Elle était le sexe de l’arbre.
Elle attendait l’homme
et, de leur amour,
le monde allait naître.
Elle était pâle.
Elle était l’amour.
Et l’homme lui soufflait
le nom de ses frères.
Elle était morte
et l’homme parlait toujours.
(Edmond Jabès)
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