Archive pour mars 2010
Publié par arbrealettres le 22 mars 2010
Eclairant la campagne la lune caresse les vaguelettes.
Traversant le firmament les couches de nuages s’estompent.
Sous son protège-boue, mon cheval trotte encore, allure fière;
Moi ivre, je désire céder au sommeil sur l’herbe parfumée.
Miracle de l’instant: tout un ruisseau de vent et de lune:
Que point ne soit piétiné ce jade parfait!
Je défais la selle, m’adosse au saule près du pont.
Au premier cri du coucou, aurore printanière.
(Su Shih)
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2010
Te souviens-tu de ce clair soir
près du pavillon sur l’eau
où l’on faisait halte?
Après le vin, on ne savait plus le chemin du retour.
Le plaisir épuisé
rentrant en barque
on s’égara au milieu des lotus
“Rame! Mais rame encore!”
Surpris piaffant
de toute la rive
une bande de hérons s’envola!
(Li Ch’Ing-Chao)
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2010
Le parfum des lotus rouges faiblit
déjà la natte sent la fraîcheur d’automne
Ma robe de soie légèrement dégrafée
je monte sur la barque d’orchidée
De quel nuage attendre un message?
Au passage d’oies sauvages
seule la lune inonde le pavillon d’Ouest
Les fleurs s’éparpillent
au gré du vent au gré de l’eau
Une même pensée partagée
Deux tristesses séparées
et cet ennui
A peine chassé des sourcils
Le revoici à la pointe du coeur
(Li Ch’Ing-Chao)
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2010
Je retourne donc vers une langue morte :
ineo, je pénètre, j’entre, je commence.
Doleo, je souffre, j’ai de la peine.
et tout le monde croit que je suis brave.
Ignis, ignis, masculin, feu :
au crématorium de Saint-Pancrasse, je fixe du regard.
étourdi par la caféine,
le cercueil de chêne clair,
me demandant ce que je ressens, où j’en suis.
Vulnus, vulneris, neutre, une blessure.
Je regarde disparaître le cercueil
au son d’un enregistrement de Mozart, son vernis
va bientôt former des cloques
et éclater en forme de boa
de feu qui crépite dans toute sa longueur,
juste au moment où on arrive au Dies Irae.
Les muscles se contractent à cause des flammes.
Les muscles se contractent dans les flammes.
Je tombe dans le sentimentalisme
puis je reviens à moi.
Iter, itineris, neutre, un voyage.
Sans fin. Là où le chemin est vide.
Sine suivi de l’ablatif, sans.
J’ai les mots dans la bouche.
mais je ne peux m’enseigner
la simple, la dure leçon de la peine.
Si terrible à apprendre. Trop difficile
pour apprendre les mots par cœur.
Je ne peux accepter ta mort.
Tu es encore ici, dans ma tête :
Agaçante, irritable, dure à apaiser,
non résolue, peu aimable, aimée.
Cette bulle au coin de ta bouche
Qui semble signifier tellement pourtant.
(Craig Raine)
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2010
L’amour est de l’amour
et ne veut rien d’autre.
Il ne peut rien accomplir,
il ne peut qu’aimer
(Rilke)
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2010
Etre aimée signifie se consumer.
Aimer c’est briller comme une flamme,
d’une huile inépuisable.
Etre aimée, c’est périr;
aimer c’est durer.
(Rilke)
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2010

Dès le départ, nous savions bien
qu’un astre incertain nous guidait.
Mais eût-on dit qu’en se volatilisant
une aussi frêle statue créerait un pareil vide
où mon univers est maintenant tout près de se perdre en poussière ?
(Michel Leiris)
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2010
Rien à surgir
sinon des pleins et des déliés
de la feuille sans nuances ni aspérités
où je cherche à sculpter tes ombres,
tes lumières
et tes dénivellations de créature vivante.
Vaine magie à quoi ne répondra
qu’un autre pauvre soliloque
où tu t’incarneras pourtant
comme je m’incarne en mes mots décharnés.
(Michel Leiris)
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2010
Les deux soleils.
Le soleil dans la mer, le soleil dans le ciel :
La bicyclette de l’été.
Est-ce que je le mérite,
la chemise ouverte sur la poitrine tandis que je pédale ?
Ma chemise s’enfle comme des poumons en plus,
Comme des nuages ensoleillés
Sur ma bicyclette d’été.
Le vent de l’aube
Odorant comme un pont de navire lessivé.
Plus tard, le ciel sans couleur –
Pâle comme la fourrure d’un chat gris,
Ou du verre ancien
rendu brumeux par les frottements du désert.
Est-ce que je le mérite ?
Les oiseaux du jardin s’envolent du lilas,
Les goélands
S’accrochent à une aile et tournent autour.
Le cycliste avec tout Esher
Dans sa chemise, est resté
Là, au chaud sous le soleil
(Peter Redgrove)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010
Au pôle Nord
c’est clair,
on a la tête en l’air.
C’est pourquoi
les Esquimaux
se sont installés là-haut.
Au pôle Sud,
je crois,
on a la tête en bas
c’est pour cela
que les gens n’y vont pas.
(Corinne Albaut)
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