Archive pour mars 2010
Publié par arbrealettres le 21 mars 2010
C’est une femme bleue
appuyée aux cheveux.
C’est une femme rouge
appuyée à l’épaule.
C’est une femme nue.
Tu lui donnes ton nom.
Ma douleur vaillante
prisonnière, debout.
Une femme sur ma route.
Tu lui donnes ton visage.
Je te cherche, elle répond.
C’est une femme
transparente
appuyée
à la lampe.
C’est une femme
étendue
qur qui rêve
le ciel.
C’est une femme
endormie
sur qui tu
marches seule.
C’est une femme
renouvelée
pour qui tourne
la terre.
C’est une femme
inconnue
les mains rongées
de fruits.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010
Le beau cavalier s’est arrêté à la fontaine
et il a bu à la bouche de la princesse engloutie.
Bonnes fées, accourez!
La pierre trahie est sans souffle.
Plus d’eau pour être aimée,
mais un lit défait et, dessous,
deux pantoufles.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010

Le vieux château ne tient plus
que par la main du troubadour.
Sur la viole, elle gratte ma chanson fidèle.
Ne crains pas, secrète princesse, le jour.
Une rose rouge guette ton réveil:
C’est le soleil.
On dirait, tant il est loin,
qu’il fleurit dans le jardin.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010

Si tu étais verte, tu serais les larmes de l’arbre.
Si tu étais bleue, tu serais le socle de l’air.
Mais tu es moi-même
et ce sont d’austères châteaux que nous élevons ensemble.
Il y a une Princesse malheureuse
dans chacun d’eux que je délivre.
Il y a une aimée pour
chaque page et c’est toujours celle que j’aime
Si tu étais blanche, tu te noierais dans les yeux
Si tu étais rouge, tu serais l’amante du feu.
Noire, tu es à ma portée
et nous faisons ensemble des
miracles redoutés.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010
II y avait trois petites filles
qui mettaient à rire
tout le temps que les garçonnets
emploient à siffler.
Et sur l’arbre un oiseau
et dans l’eau un poisson:
Ils faisaient de grands signes;
à la pierre aveugle,
à la pierre persuadée
que nul ne l’aimait.
Il y avait trois petites filles
qui mettaient à pleurer
tout le temps que les garçonnets
emploient à s’essouffler.
Et sur la route une pierre
et sur l’arbre une pomme:
Elles faisaient de grands signes
à l’oiseau envolé,
au poisson qui dormait
dans le fond de la mer.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010
Un géant cueille l’étoile.
Il a les mains brûlées.
Un nain pêche l’étoile.
Il a les mains glacées.
Ils se tournent le dos
jusqu’au matin;
car l’un allume l’eau
quand l’autre l’éteint.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010
Pour ma chanson levée trop tôt,
une jeune fille tombée du ciel
tant de fois confondue avec le matin.
Elle ne sait où elle va.
L’abeille l’étonné
et les fleurs disposent de ses pas.
Le vent souffle dans sa main.
Arrachée au soleil,
une jeune fille couronnée d’oiseaux
que de fois confondue avec la nuit.
Elle ne sait qui elle attend.
Il y a des traces de sang qu’elle suit
et tant de cris dans son regard,
pour ma chanson couchée si tard
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010
Tu ne trouveras pas, Lecteur,
dans cet album de chansons, ma préférée.
Elle se cache ailleurs,
dans le vent dorant tes cils.
Ce regard qu’elle aère…
Il faut bien qu’une fois endormi,
tu entendes ma chanson…
Je ne suis pas le chantre de la nuit.
Je suis où tu ris, ton rire;
là où tu pleures,
la guêpe émerveillée de tes larmes.
Tout le suc du monde sur tes lèvres.
Il faut bien qu’une fois réveillé,
tu chantes ma chanson…
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2010
Derrière la vitre, la triste vitre de l’oubli,
il y avait, il y avait, il y avait quelqu’un
qui regardait au loin.
Derrière la vitre, la triste vitre du chemin,
il y avait, il y avait, il y avait un visage
qui tuait les images.
Tu ne me regardes pas.
Tu ne m’as jamais vu.
Tu sais pourtant que tu m’as plu.
Derrière la vitre, la triste vitre des baisers,
il y avait, il y avait, il y avait une esclave
qui tressait les années.
Tu as le rire de ma maîtresse
Ton parfum est celui de l’aurore.
Je dessine ta bouche.
Derrière la vitre, la triste vitre du jardin,
il y avait, il y avait, il y avait une morte
qui couronnait le matin.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 20 mars 2010

Trois roses et trois scorpions
cherchent un nid d’écume.
La rose brise le nid.
Le scorpion vole l’écume.
Trois roses et trois scorpions
et peut-être une aigrette.
L’aigrette épouse le vent
et la rose le scorpion.
Trois roses et le désert.
Trois scorpions et l’éclair.
Voyagerons-nous toujours
à dos d’air et d’océan?
Trois roses et trois lunes
entre ciels et seule terre.
Un rideau, mais pourquoi vert?
Et combien de morts de plume.
(Edmond Jabès)
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