Arbrealettres

Poésie

Archive pour mars 2010

Chanson pour trois morts étonnés (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Nous étions trois morts
qui ne savions pas ce que nous étions venus chercher
dans cette tombe ouverte.
Le plus vieux d’entre nous dit : “C’est beau!”
L’autre : “II fait chaud…”
Et moi qui sortais à peine de mon sommeil,
naturellement je dis:
“Déjà?”
Nous étions trois ombres
sans lèvres, sans cou
avec des rires
sous le bras
à défaut de rêves.
Et une jeune fille
rendue à la nuit
pour nous tenir compagnie.

(Edmond Jabès)

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Chanson pour le roi de la nuit (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Connais-tu le Roi noir
qui a dans le coeur
une épée et des fleurs?

Connais-tu ses sœurs?

La première réveille le vent,
cheveux dénoués, les bras levés.

La seconde soulève l’océan :
Elle a cent ans.

La troisième est une souris
que le Roi pendit
à la cravate de son fils.

Trente princes jaloux,
un matin,
assassinèrent leur souverain.

Ceci est la triste histoire de
Malakou le Roi noir qui a
dans le cœur
trois fantômes qui pleurent.

(Edmond Jabès)

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A la mémoire de Max Jacob (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


… parce qu’il y a peut-être une
chanson liée à l’enfance qui, aux
heures les plus sanglantes, toute
seule défit le malheur et la mort.

(Edmond Jabès)


Illustration

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Terre d’outre-nuit (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Terre d’outre-nuit que le soleil arrache à
la méditation et aux épines du doute.

La fleur affiche une candeur espiègle. La tige suit
la trace des grandes aventurières de l’espace.

Le miel coule entre les pierres
que le ciment va unir.

(Edmond Jabès)

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Quel vœu d’éternité (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Quel vœu d’éternité retient l’homme
des ouvrages encore éveillé?

(Edmond Jabès)

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Danseuses (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Danseuses qui rêvez d’être les sœurs de l’aurore,
valsez dans l’oubli du miracle avec la roue des robes ensoleillées.

Le chemin est sans indulgence pour qui
s’en détourne. L’avare n’a pas d’allié.

(Mais l’heure reste à naître, l’heure frontalière où le
faucon des sables règne sur d’innombrables prunelles
apeurées.)

(Edmond Jabès)

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Patiente horlogerie (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Je démonte une patiente
horlogerie pour oracles.

(Edmond Jabès)

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L’absence de lieu (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Terrain vague, page obsédée.

Une demeure est une longue insomnie
sur le chemin encapuchonné des mines.

Mes jours sont jours de racines,
sont joug d’amour célébré.

Le ciel est toujours à traverser et
la terrasse à nourrir de nuits nouvelles.

Le deuil de mes démarches forme
enclave dans la clarté opaque des murs.

La terre baigne dans de
vaines visions de voyage.

(Edmond Jabès)

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L’eau du puits (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010



Ouvre l’eau du puits. Donne
à la soif un moment
de répit; à la main
la chance de sauver.

Nuit des cils. Être vu.
L’objet luit pour la main.
Le bruit broute le bruit.
L’eau cerne la mémoire.

Le terme. L’avant-monde.
Dépassé le souci.
L’aventure est fidèle
au glas du songe en flammes.

Je suis. Je fus. Charnière
longue file de fauves.
Je vois, verrai. Confiance.
de l’arbre dans le fruit.

Jours de craie. Les ardoises.
palpitent de prémices.
Le mot survit au signe.
Le paysage à l’encre.

Routes. L’infini.
Le don du visage.
Aux saisons, les rides
Au sol, les grands fleuves.

(Edmond Jabès)

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Quand nos deux âmes (Elizabeth Browning)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Quand nos deux âmes se tiennent dressées et fortes,
Face à face, silencieuses, jusqu’à ce que
De proche en proche leurs ailes soudain s’enflamment
En leurs extrémités – quel tort cruel
La terre peut-elle nous causer, que nous ne
Soyons plus longtemps comblés ? Réfléchis.
Nous élevant, les anges empressés
Déposeraient l’étoile dorée du chant
Dans notre profond, cher silence. Restons
Plutôt sur terre, Aimé – où les humeurs
Ineptes des hommes repoussent au loin
Puis isolent les purs esprits, et dispensent
Un lieu où vivre et s’aimer pour un jour,
Encerclé d’ombre et par l’heure de la mort.

(Elizabeth Browning)

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