Arbrealettres

Poésie

Archive pour mars 2010

La vie bleue (Michel Leiris)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Jour et nuit,
dans la foule et dans le désert,
aux tempes un vertige flûté d’opéra,
je vais à pas de funambule.

(Michel Leiris)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Fraises (Edwin Morgan)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010


Il n’y a plus jamais eu de fraises
comme celles que nous avons mangées
cet après-midi étouffant
où nous étions assis sur les marches
de la porte-fenêtre
face à face
tes genoux entre les miens
les assiettes bleues sur nos cuisses
les fraises luisantes
dans le chaud soleil
nous les trempions dans le sucre
en nous regardant l’un l’autre
sans presser notre banquet
pour un autre à venir
les assiettes vides
déposées sur les pierres
les deux fourchettes croisées
et je me suis penché vers toi
doux dans cet air
dans mes bras
abandonné comme un enfant
dans ta bouche empressée
le goût des fraises
dans ma mémoire
appuie-toi encore
laisse-moi t’aimer

laisse que le soleil frappe
notre oubli
ne serait-ce qu’une heure
la chaleur intense
et les éclairs d’été
sur les collines Kilpatrick
laisse que la tempête lave les assiettes.

(Edwin Morgan)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Toi (Michel Leiris)

Publié par arbrealettres le 20 mars 2010



Mon livre doré sur tranches que je veux lire de bout en bout.
Mon gâteau d’anniversaire qui n’a pas besoin de bougies pour être illuminé.
Mon alcool qui enivre sans nausée ni mal de tête.
Mon établi pour une espèce immatérielle de menuiserie.
Mon bateau de plaisance toujours prête à prendre la mer.
Mon violon qui se fait mélodie dès que ma main effleure ses cordes.
Mon arme de précision que ne salit aucune piqûre de rouille.
Mon aube sur les jardins verts et sur les tas de charbon.
Mon sentier de forêt tout jalonné de cailloux blancs.
Ma fable trop merveilleuse pour comporter le post-scriptum d’une moralité.
Mon château à multiples tourelles, évanoui alors que son pont-levis vient à peine de s’abaisser.
Mon unité, dans la présence et dans l’absence.
Mon alphabet – d’arc-en-ciel à zodiaque – aux vignettes peintes des tons les plus acides et, aussi bien , les plus doux.
Ma déchirure et ce qui la recoud.
ma preuve par neuf.
Ma partie et mon tout.
Ma panacée..
Ma chance.
Ma raison et ma déraison.
Ma fraîcheur et ma fièvre.

(Michel Leiris)

Illustration: Chakir Alla

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Sans danser (Issa)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2010


soixante années
sans danser
ne serait-ce qu’une nuit

(Issa)

Publié dans poésie | Tagué: , , | Laisser un Commentaire »

Au pas des oiseaux (Lavinia Greenlaw)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2010


Les nuits blanches emplument mon esprit,
Je suis un géant de l’insomnie, aussi haut
que la falaise où les pingouins pondent des oeufs chancelants
qui vacillent brutalement, telles des larmes.

Ils ne roulent pas. Mon esprit roule.
Pour dormir, je dois penser comme les oiseaux,
camouflage, appeaux, patrouilles.

Les chevaliers gambettes prennent l’herbe d’assaut,
postent des sentinelles
sur les poteaux télégraphiques, aussi tendus
que les huîtriers qui, dans tous leurs états,
crient plus fort que leurs petits pour tromper les corbeaux
qui haussent les épaules, fanfaronnent, chargent.

A trois heures du matin, un cormoran plonge.
Aiguille noire, nuit qui tombe, mes yeux se ferment.

(Lavinia Greenlaw)


Illustration

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le présent (Sophie Hannah)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2010


J’épargne mes sous
pour t’acheter une pomme de terre crue.

Je vais la polir avec ma brosse à ongles
et la laver dans mon évier.

Je fais sculpter tes initiales
dans sa peau douce et brune.

Je vais l’envelopper de papier-cadeau rose
et l’attacher d’un ruban rose.

Je vais la déposer dans une boîte à chaussures
sur un lit de papier-mouchoir.

Je vais la livrer sur le pas de ta porte,
chaussée de souliers roses.

D’abord, tu vas la regarder avec colère,
comme si c’était un bébé.

Tu vas rapidement l’entrer dans la maison
pour la dérober aux yeux des voisins.

Tu ne sauras pas où la placer.
Tu auras peur de la tenir.

Tu la cacheras dans ta chambre
pour que personne ne la voie par hasard.

Elle vivra dans le coin le plus éloigné
pour toujours, et te gênera.

(Sophie Hannah)

Publié dans humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le Front (Tony Curtis)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2010


Il fut frappé d’une balle
et il tomba.
Je me rendis jusqu’à lui
penché sous le feu ennemi.

Je te tiens.
Ca va
Ai-je dit.

En mettant ses bras autour de mon cou
Je l’ai transporté
vers la sécurité derrière nos lignes,
Son visage était mouillé contre mon cou.

Ils n’ont pas arrêté,
de tout le trajet,

Prenant des balles tout le temps
il est mort contre moi
et je le portais
comme une fourrure
mon bouclier
mon frère
mon autre peau.

(Tony Curtis)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Les piranhas du métro (Edwin Morgan)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2010


Vous a-t-on déjà dit
Que dans chaque métro
Il y a un siège spécial
Avec un petit trou dedans
Et sous le siège
Un réservoir plein de piranhas
qui n’ont pas été assez nourris
Depuis assez longtemps?
Du fait de la trémulation des rames
Les poissons deviennent très agités
Et finissent par sauter hors du siège.
Les squelettes
Des infortunés voyageurs
Ainsi récupérés
Rapportent une somme honnête
Au service des transports,
Pendus, loin de là,
Dans des facs de médecine.

(Edwin Morgan)

Publié dans humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Châtaigniers (Lawrence Sail)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2010

Le fait de ne pas nommer l’objet, mais de présenter
Les châtaigniers, peut éventuellement devenir
Un hommage aux quiddités simples des choses –
Par exemple, de quelle manière sur l’herbe trempée d’octobre
Ils reposent, ébrasés, leur tête de massue verte et piquante toute
Explosée pour laisser voir un intérieur velouté
Pas tout à fait jaune, pas tout à fait blanc ni gris:
Et, étrangement carrés, les immeubles de fruits bruns,
Les trois ou quatre qui se tiennent au milieu,
Plus ou moins emboîtés, faciles à déloger.

Il vient le sentiment que quelque chose de secret est montré,
Qu’on révèle un lieu tendre au toucher,
Une indication offerte de ce qui est interdit
A l’objet sa solitude, son indépendance.
Par-dessus le fruit tombé, l’arbre qui enfle;
En dessous, le milieu tordu des racines.
A l’intérieur de l’objet, sans nom, le sujet caché,
Son absence qui vous revient aussi naturellement
Que le cœur bondit en entendant le nom de son amour.

(Lawrence Sail)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Commentaires »

La rivière de l’ouest (Wei Ying-Wu)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2010


Au bord de l’eau, seul à chérir les herbes cachées;
Un loriot jaune chante au profond des feuillages.
Chargée de pluie, monte au soir, la crue printanière.
L’embarcadère désert: une barque à la dérive…

(Wei Ying-Wu)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 75 followers