Arbrealettres

Poésie

Archive pour mars 2010

Comme une mariée (Jean Daive)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


La vie
qui se déroule ici

entre la rivière
et la prairie

a-t-elle
quoi que ce soit

d’audible ou
de physique

comme une
marée?

Le mot s’est écrit tout seul
s’est prononcé
“comme une mariée”.

(Jean Daive)

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La consolation (Jean Daive)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


Lorsqu’elle agrafe
son collier

le dimanche

de toutes les perles
qu’elle a portées
vient
la consolation.

(Jean Daive)


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Le soir (Jean Daive)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


Le soir
elle couvre un cahier
d’écritures penchées

en mangeant
des biscuits
aux oeufs.

(Jean Daive)

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Le poète (Rilke)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


Effrayé au fond de lui-même
par le tonnerre lointain du dieu,
assailli au-dehors
par la foule ininterrompu des apparences,
le poète, ainsi violenté, n’a pour espace
que l’étroite bande située entre deux mondes
jusqu’à ce que, tout d’un coup,
un petit évènement indifférent
baigne d’innocence sa position singulière.

(Rilke)

Illustration

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Les chatons, sur le noisetier vide (Rilke)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


Mais les morts, infiniment morts,
s’ils nous éveillaient un symbole,
regarde: peut-être nous montreraient-ils les chatons,
sur le noisetier vide,
les chatons suspendus aux branches,
ou indiqueraient-ils la pluie
qui tombe au printemps
sur le royaume de la terre. -

Et nous alors, qui voyons le bonheur
comme une ascension, éprouverions
cette émotion qui est presque de la stupeur
à voir qu’une chose heureuse tombe.

(Rilke)

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Le Tout (Rilke)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


Ô bienheureuse la petite créature:
toujours elle demeure dans le sein qui l’a portée;
bonheur du moucheron,
c’est encore au-dedans qu’il frétille,
même au temps de ses noces.
Car le Tout est ce sein.

***

O Seligkeit der kleinen Kreatur,
die immer bleibt im Schooße, der sie austrug;
o Glück der Mücke, die noch innen hüpft,
selbst wenn sie Hochzeit hat: denn Schooß ist Alles.

(Rilke)

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Des regards (Rilke)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


Des regards me retinrent, des étoiles:
pour éviter que je remarque que tu ne venais jamais.

***

Blicke hielten mich hin, Sterne: ich sollte nicht merkern
daß du immer nicht kamst

(Rilke)

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Quelque chose pour eux s’est ouvert (Rilke)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


Nous, jamais, pas un seul jour,
n’avons le pur espace devant nous,
celui qu’investissent à l’infini
les fleurs quand elles s’ouvrent.

Toujours, c’est le monde,
jamais ce nulle-part exempt de toute négation:
le pur, ce que rien ne surveille,
que l’on respire et que l’on sait
d’un savoir infini
sans pour autant le convoiter.

Enfant, tel ou tel
s’y égare sans bruit: une secousse le réveille.
Ou bien, tel autre meurt: il est alors cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort,
et l’on regarde fixement au-dehors,
avec peut-être les grands yeux de l’animal.

Les amants, n’était l’autre qui leur barre la vue,
n’en seraient guère loin:
ils ont ce regard étonné…
Comme par inadvertance,
quelque chose pour eux s’est ouvert
en arrière de l’autre…
Mais nul ne peut passer par-dessus l’autre,
et le monde leur advient de nouveau.

Toujours tournées vers les choses créées
nous ne voyons jamais que miroiter sur elles
l’élément libre, mais qu’obscurcit notre présence.
A moins qu’un animal,
une bête muette
lève vers nous les yeux,
et nous transperce calmement de son regard.
C’est cela que l’on nomme le destin:
être en face et rien d’autre,
oui, à jamais en face.

***

Haben nie, nicht einen einzigen Tag,
den reinen Raum vor uns, in den die Blumen
unendlich aufgehn. Immer ist es Welt
und niemals Nirgends ohne Nicht: das Reine,
Unüberwachte, das man atmet und
unendlich weiß und nicht begehrt. Als Kind
verliert sich eins im Stilln an dies und wird
gerüttelt. Oder jener stirbt uns ists.
Denn nah am Tod sieht man den Tod nicht mehr
und starrt hinaus, vielleicht mit großem Tierblick.
Liebende, wäre nicht der andre, der
die Sicht verstellt, sind nah daran und staunen . . .
Wie aus Versehn ist ihnen aufgetan
hinter dem andern . . . Aber über ihn
kommt keiner fort, und wieder wird ihm Welt.
Der Schöpfung immer zugewendet, sehn
wir nur auf ihr die Spiegelung des Frein,
von uns verdunkelt. Oder daß ein Tier,
ein stummes, aufschaut, ruhig durch uns durch.
Dieses heißt Schicksal: gegenüber sein
und nichts als das und immer gegenüber.

(Rilke)

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Chanson pour le sein crucifié d’une nonne (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


On avait défendu aux fleurs l’entrée du couvent.
On ne peut rien contre une rose.
Une nonne la cultivait au secret.
Mais où, mais comment?
Quand on lui déchira la robe,
sœur Anne était en sang.
On effeuilla ses seins.
Elle priait nue, ses lèvres mortes.
Et deux colombes, ses mains jointes.
” Sœur, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir? “
” Je vois – répondit la terre – une rose jusqu’au toit “
car, – mais ne l’aviez-vous pas deviné? -
pour étouffer le scandale, on avait
enterré la pécheresse en sandales.

(Edmond Jabès)

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Chanson pour le visage de la petite fille heureuse (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 27 mars 2010


La petite fille a posé sa tête
contre la poitrine velue du printemps.
Ses cheveux en sont parfumés;
ses doigts tressent la tige frêle de nos rêves.
Qui fait encore défaut à l’appel?
Ce jour est interdit.
Pour elle,
le sucre est liquide le long des branches
et le soleil rond comme une bille.

(Edmond Jabès)

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