Archive pour mars 2010
Publié par arbrealettres le 27 mars 2010
La main du soldat mort
est restée accrochée à l’arbre,
l’index sur la gâchette du fusil.
Tant d’étoiles, ses victimes.
Ohé, soldat,
tu nous fais un ciel de fête.
C’est l’été.
Les amoureux ont le plus beau toit.
Ohé, soldat, tu dors;
mais qui te voit?
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 27 mars 2010
Trois petites vieilles
veillent en rond
dans leur salon.
Elles ont froid à l’Âme
et quelquefois une larme
les brûle jusqu’au menton.
Elles ont aimé
jadis un Roi
qui ne sut choisir
entre elles trois
A la première le Roi a dit:
“Tu seras Reine de mon pays.”
A la seconde, le Roi jura
de n’aimer qu’elle toute la vie.
A la troisième, le Roi promit
de mourir pour elle et se tua.
Les petites vieilles
ont leurs souvenirs
qui les aident à porter leurs croix.
Elles se dévisagent et sourient,
heureuses d’être réunies;
sans se lasser
parlent d’avenir,
assises toutes trois
dans le temps, comme le Roi
les a placées.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 27 mars 2010
Nous sommes entrés par erreur.
Nous avons frappé à la porte de service.
C’était l’été,
les grands navires des routes
fumaient leurs étoiles.
Tout était sale.
Les femmes étaient en sang:
C’était leur robe.
Les hommes étaient nus:
C’était leur uniforme,
pêle-mêle, par terre,
maigres comme des cordes
Nous avions froid
et les villes brûlaient
et les arbres
attisaient le feu du monde.
Nous avions faim
et le pain courait à perdre haleine,
le pain fuyait on ne sait où!
Nous avions soif
et l’eau était de marbre.
Nous nous sommes réveillés ensemble,
un matin,
anonymes et laids
comme les vers.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 27 mars 2010
Une épaisseur d’ombre
Depuis les yeux,
Est-ce encore la nuit?
Une épaisseur de sang
Pour la main, la jambe.
Un arbre surpris.
Ton visage m’illumine,
Est-ce toujours la nuit?
Ta voix conduit
Les troupeaux de voix
A la terre
Où ton fruit
S’ouvre à la faim du premier homme.
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 27 mars 2010
Les filles rient aux fenêtres
pour humilier les pelouses,
arrondir les coins des arbres,
délacer la montagne.
Les filles chantent aux fenêtres
pour tatouer la nuit,
poudrer la mer,
enflammer la fourmi.
Les filles pleurent aux fenêtres
pour noyer la pluie…
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 27 mars 2010
Trois poupées de sucre
et un confiseur.
Trois poupées de luxe
et leur tendre cœur.
Un château de cartes
et trois vieux marcheurs.
Trois petites dames
et leurs pauvres larmes;
Trois colliers de jade
et un accroche-cœur.
Trois filles grasses
et leurs lourdes nattes.
Trois poupées aux anges
et la terre en fleurs.
Du feu dans les granges
et, fidèle, l’heure,
(Edmond Jabès)
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Publié par arbrealettres le 26 mars 2010
Je contemple la trace
de celui qui se levant est parti
laissant à l’aube
la Lune, cette consolation
(Izumi Shikibu)
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Publié par arbrealettres le 26 mars 2010
Ne supportant d’aimer si fort
je mourrai
Un être qui me paraissait étranger
est devenu ma propre vie
(Izumi Shikibu)
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Publié par arbrealettres le 26 mars 2010
Le canard mandarin de l’étang
sans sa moitié
est sur le point de prendre son vol de nuit
On entend son cri
(Izumi Shikibu)
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Publié par arbrealettres le 26 mars 2010
L’air vit sous l’eau
sans qu’on le sache.
Cent tourbillons surgissent.
Mais tu glisses la main
sous le sable et la pierre.
(Jacques Izoard)
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