Archive pour avril 2010
Publié par arbrealettres le 22 avril 2010
C’est aujourd’hui la fête de Virginie…
Tu étais nue sous ta robe de mousseline.
Tu mangeais de gros fruits au goût de Mozambique,
et la mer salée couvrait les crabes creux et gris.
Ta chair était pareille à celle des cocos.
Les marchands te portaient des pagnes couleur d’air
Et des mouchoirs de tête à carreaux jaune-clair.
Labourdonnais signait des papiers d’amiraux.
Tu es morte et tu vis, ô ma petite amie, amie
de Bernardin, ce vieux sculpteur de cannes,
et tu mourus en robe blanche, une médaille
à ton cou pur, dans la Passe de l’Agonie.
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 22 avril 2010
L’après-midi d’un dimanche je voudrais bien,
quand il fait chaud et qu’il y a de gros raisins,
dîner chez une vieille fille en une grande
maison de campagne chaude, fraîche, où l’on tend du linge,
du linge propre, à des cordes, des liens.
Dans la cour il y aurait des petits poussins,
qui iraient près du puits – et une jeune fille
dînerait avec nous deux seuls comme en famille.
Nous ferions un dîner lourd, et le vol-au-vent
Serait sucré avec deux gros pigeons dedans.
Nous prendrions le café tous les trois, et ensuite
nous plierions notre serviette très vite,
pour aller voir dans le jardin plein de choux bleus.
La vieille nous laisserait au jardin tous deux.
Nous nous embrasserions longtemps, laissant nos bouches
rouges collées auprès des coquelicots rouges.
Puis les vêpres sonneraient doucement, – alors
elle et moi nous nous presserions encor plus fort.
(Francis Jammes)
Illustration: Francisco de Goya
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Publié par arbrealettres le 22 avril 2010
La maison serait pleine de roses et de guêpes.
On y entendrait, l’après-midi, sonner les vêpres;
et les raisins couleurs de pierre transparente
sembleraient dormir au soleil sous l’ombre lente.
Comme je t’y aimerais! Je te donne tout mon cœur
qui a vingt-quatre ans, et mon esprit moqueur,
mon orgueil et ma poésie de roses blanches;
et pourtant je ne te connais pas, tu n’existes pas.
Je sais seulement que, si tu étais vivante,
et si tu étais comme moi au fond de la prairie,
nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes,
près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes.
On n’entendrait que la chaleur du soleil.
Tu aurais l’ombre des noisetiers sur ton oreille,
puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire,
pour dire notre amour que l’on ne peut pas dire;
et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres,
le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes.
(Francis Jammes)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 22 avril 2010
Lorsque je serai mort, toi qui as des yeux bleus
couleur de ces petits coléoptères bleu de feu
des eaux, petite jeune fille que j’ai bien aimée
et qui as l’air d’un iris dans Les fleurs animées,
tu viendras me prendre doucement par la main.
Tu me mèneras sur ce petit chemin.
Tu ne seras pas nue, mais, ô ma rose,
ton col chaste fleurira dans ton corsage mauve.
Nous ne nous baiserons même pas au front.
Mais, la main dans la main, le long des fraîches ronces
où la grise araignée file des arcs-en-ciel,
nous ferons un silence aussi doux que du miel;
et, par moment, quand tu me sentiras plus triste,
tu presseras plus fort sur ma main ta main fine
- et, tous les deux, émus comme des lilas sous l’orage,
nous ne comprendrons pas… nous ne comprendrons pas…
(Francis Jammes)
Illustration: Fanny Verne
… appel à “témoin” (!) pas trouvé l\’Iris dans les \”Fleurs Animees\” de Grandville 1867 … ici
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2010

Dans ce chemin d’enfance
aucun cri
aucun pas
Seules courent
les ronces.
(Alain Boudet)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2010
N’ayant plus d’O
La mOuette rieuse
perdit la voix.
(Alain Boudet)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2010
Quand l’homme n’est pas là la bîche sort du bois
L’hiver ou le printemps sans se soucier du temps
Car l’homme lui fait peur, elle a vue la couleur
Que prend l’eau du torrent quand on tue son enfant
Combien lui faudra-t-il d’années pour l’apprivoiser
Quand l’homme n’est pas là moi je sors de chez moi
Sur la pointe du cœur j’entends battre les heures
Mais au bout du chemin je reviens sur mes pas
Ma vie comme un jardin refleurit avec toi
Et je sais bien que tu es né pour m’apprivoiser
(M.Fabien)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2010

Près d’un château sans châtelaine
La barque aux barcarols chantants
Sur un lac blanc et sous l’haleine
Des vents qui tremblent au printemps
Voguait cygne mourant sirène.
(Apollinaire)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2010

ta voix
c’est la lumière inventée
dans l’œil opaque
du poème
(Armand Dupuy)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2010
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