Archive pour mai 2010
Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
“Nous vivons menu, nous pensons brouillard,
Nous aimons les danseuses roses sur des cordes
Et les charmeurs de serpents pourvu qu’ils soient en cage,
Nous aimons l’amour aux nuits des boudoirs,
Le ventre de soie des femmes fragiles.
Le reste ne nous intéresse pas!
Nous ne voulons pas savoir, pas savoir, pas savoir …
D’ailleurs, nous savons tout, c’est bien connu:
Nous payons des gens pour penser.
Nous pensons nous-mêmes, le dimanche soir, de huit à neuf,
Après la charmante promenade en famille vers les abattoirs.
Nous pensons, nous pensons et c’est terrible!”
(Jean Joubert)
Illustration: Fanny Verne
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
A coup de fouet le vent chasse les spectres gris
Vers la fenêtre où bruit l’élytre d’une abeille.
Demain je dormirai dans le lit du soleil
Sur la terre et le blé de son corps ébloui.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
L’Aube
Plaisir ou paresse
et l’ennui brusqué
du sort qui nous presse
aux traîtres bosquets.
Suis-je le chasseur
dont l’arme s’apprête
ou l’ombre de la peur
au front de la bête?
Il reste pourtant
- O gorge d’enfant
près de la fontaine -
une aube en jupons
dont les mains défont
la nuit souterraine
(Jean Joubert)
Illustration: William Bouguereau
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
Fuyant le ciel
Fuyant le ciel, effrayé de la terre,
tu peignais un soleil fragile
un rameau d’if sur fond de soie.
Tu nommais les veines du bois
les cristaux de neige, la pluie.
Un insecte venait parfois
mourir sous ta lampe la nuit.
Tu nommais les oiseaux, les fleurs,
chaque fruit d’un nom nouveau,
les poissons – tes frères – l’eau,
croyant que nommer donne un gage,
qu’un mot pur vaut une clef,
que la porte du passage
céderait sous ta poussée,
céderait vers quel mirage!
(Jean Joubert)
Illustration: Odilon Redon
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
Les yeux fermés, je te vois
ombre vive dans la lumière
ou lumière aux sombres parois
comme la neige qui volait
et qu’une simple nuit défait,
dissout aux veines de la pierre:
neige dans la nuit déployée,
nuit sur la neige foudroyée
dans un mutuel enchantement,
avant qu’une aube de fumée
ne disperse le corps léger
de cette belle à ton image.
L’oiseau de neige consumé
s’éloigne vers le rivage
où sa mort sera clarté.
(Jean Joubert)
Illustration: Odilon Redon
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
Le parfum des roses
Un chauve têtu construit
jour après jour sa maison
de la plus lourde pierre
pour dérober au soleil
aux dialogues de la pluie
sa pauvre éternité
sans se douter qu’un coup de sang
le guette dans le jardin
au détour charmant de l’allée.
Pourtant déjà l’oreille pointe
et le mufle dans le buisson
où bêle le parfum des roses.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
L’arbre
Suis-je arbre pour qu’un lièvre
laissant les bois d’hiver
se blottisse à mes pieds?
Je demeure immobile
sans battre des paupières
et les bêtes dociles
me prennent en pitié.
Mésange dans l’oreille,
abeille sous les cils,
dans la bouche de feuille
l’archange, l’écureuil.
Et près du coeur le ver
qui trace dans la nuit
son chemin de poussière.
(Jean Joubert)
Illustration: Laure Garnier
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010

Deux pétales entre mes doigts
sont les paupières de la nuit
soumises à mes voeux, fermées
sur le soleil flou des mémoires
tandis qu’au loin doivent veiller
l’absente et ses trésors
sous le fracas des mêmes étoiles.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
Plages
Nous laissons à l’empereur ses murailles
à garder contre la ruse des dieux
et la lampe grise au veilleur de l’aube
et l’arme fiévreuse aux dents du voleur.
Que celui qui rêve d’une tour la bâtisse
et s’y perche loin du sommeil des fleurs,
que l’ambitieux courtise les chiens,
que le jaloux s’agite au lit de ronce.
Il est trop de rumeurs de par la mer
pour tendre l’oreille à ce pauvre bruit
et trop de sel aux plages qui déplient
vers l’eau ce moule d’or et de saveur.
Dormeuse, tu retiens sur ton épaule
assez de sable au blond duvet qui tremble
pour occuper la tendresse du jour
jusqu’à l’instant où nos langues se fondent.
(Jean Joubert)
Illustration: Alexandre Séon
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2010
La Trêve
Dans le désert ridé des draps,
la nuit dévêt l’enfance d’une épaule,
sel et soleil aux yeux du survivant
qui suit du doigt le long cheminement
du sang léger au flanc de la dormeuse
et la tiédeur d’une chair hasardeuse.
Les rues se sont vidées de leur venin
et l’on entend les bêtes pacifiques
ruser avec la lune sous les feuilles,
cependant que très loin, dans le brouillard,
la mer remue les algues et les monstres,
à coups de reins, dans son lit froid.
Et c’est la somnolence de l’hiver.
Au creux des meules s’engourdit
la rage têtue des vipères.
(Jean Joubert)
Illustration: Katerina Belkina
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