Archive pour mai 2010
Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
L’Amoureuse
Elle a des mains, des seins de glaise,
des gestes d’orge sous le vent,
un ventre d’ombre et de fougère
et une bouche à hauteur d’homme.
Elle gémit, elle m’appelle: amant,
et joue avec mes cils, elle sourit en pleurant.
Son toit est le plus pauvre, sa robe déchirée,
mais la clarté se plaît à son visage.
Elle dit: reste! elle dit: nous,
elle dit: pomme, amour, enfant.
Lorsque je pars, elle a ce geste lent
comme d’oiseau qui s’arrache à la terre.
(Jean Joubert)
Illustration: Fabienne Contat
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
L’Amour – eau nue parmi les joncs.
Agenouillé près de la source, il n’ose boire.
Il voit très haut, penché sur lui,
ce visage divin, la chevelure
comme une double pluie d’orage.
(Jean Joubert)
Illustration: Fabienne Contat
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
Arrachement: ce mot me fit trembler,
soudain rageur, blessure du silence.
Il est partout: dans l’ombre et la clarté,
à l’aube dans ma bouche comme le goût des rêves.
Partout. Sitôt levé, il rôde, il règne, il va saisir
- arrachement – et le voici contre les seins de l’amoureuse.
(Jean Joubert)
Illustration: Albert Edelfelt
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
Un couteau tombe sur le marbre,
et le fracas, de salle en salle, gagne d’immenses grottes
où les échos se heurtent et se brisent.
Puis c’est un cri d’enfant qui te transperce,
rougi au feu.
Puis une voix qui vole dans un gouffre,
érafle les murailles, grince contre les vitres,
ameute la faune creuse les couloirs.
Et tu rêves d’un silence liquide sous la mer.
(Jean Joubert)
Illustration: William Blake
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
Le sang coule sur le soleil,
sur le feuillage d’un tremble,
sur la vitre de la prudente
qui disait: j’aime, j’apprivoise
le jour léger, l’immortel
présent de plume et de clarté.
- de l’imprudente qui revêt
son corps d’une robe blanche
dans la plus rouge saison.
(Jean Joubert)
Illustration: Frederic Leighton
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
Oiseau noir, oiseau du temps,
ton ombre est un oiseau blanc
dont l’aile épouse ton aile.
Et la fugue que vous faites
de vos grâces accordées
creuse un espace glacé
où dérive un autre oiseau,
transparent, à votre image,
qui ne cesse de chanter
dans les forêts de mon sang.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
Derrière la fissure il y a
le battement humide de la craie,
le monde casqué des fourmis,
les cuirasses et les lances.
Si tu sais répondre à l’énigme
de ces menus sphinx de jais
s’ébrouent de vastes jardins
qui te lécheront les mains.
Derrière la fissure,
derrière les combats,
il y a l’iris et la rose,
ton visage exfolié qui jouit dans la lumière.
Mur du nord, des mousses et des prêles,
parfum mois de l’ombre.
Si tu franchis l’étroit sentier,
tu gagnes l’aube, ta maison, ton coeur et ton commencement.
(Jean Joubert)
Illustration: Sabin Balasa
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
D’abord régnait la nuit. Des inconnus
bougeaient dans l’ombre, tu sentais
des ailes et des mains te questionner
dans un langage obscur.
L’oeil premier se leva.
De cette terre alors nul souvenir
hors d’une branche écarlate
embrasée sur le rivage.
Rien d’autre ne survit. Les témoins se sont tus.
La longue marche commençait,
le silence et l’effort contre le vent,
sous les plis de cette indestructible flamme.
(Jean Joubert)
Illustration: Sabin Balasa
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
Alors, ne bougeons plus sur la terre nocturne,
et gardons notre souffle, et gardons notre coeur,
puisque le geste en nous glisse d’étroites lances,
et que le coeur s’essouffle un peu plus chaque jour.
Prenons message de la cire et de la pierre,
plus que de l’arbre au ciel encore mouvant,
plus que de l’eau qui dort au creux des seins,
mais qu’une voix vite réveille.
Juste un instant, laissons nos mains ensevelies,
nos corps cernés de vastes transparences
trouver mesure et force de la nuit,
car alors notre vie se joue sur des terrasses
illuminées, entre mer et brouillard,
dans la seule clarté d’une terre fugace.
(Jean Joubert)
Illustration: Sabin Balasa
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Publié par arbrealettres le 26 mai 2010
Ici pourtant, c’est le silence,
bien que le silence parfois fasse peur
par les nuits de sommeil pendues
sur des cimes irrespirables,
où l’on s’éveille dans la neige noire,
où la muraille soudain s’effondre,
où l’on tend la main sous le drap
à travers des espaces de sable froid
vers ce corps invisible qui respire
- peut-être le vent qui respire ou une bête? -
vers cette chose ténébreuse qui respire
derrière le silence et la neige.
Et c’est enfin la rive d’une hanche,
un souffle, un nom, un lieu d’ancrage.
La nuit pacifiée reprend son juste cours.
(Jean Joubert)
Illustration: Pascal Renoux
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