Chacun peut se faire
Sa collection de soirs,
Mais le soir
Y est-il vraiment?
(Guillevic)
Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Chacun peut se faire
Sa collection de soirs,
Mais le soir
Y est-il vraiment?
(Guillevic)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Décembre dans les yeux
entre les cils de givre où s’arrondit
l’ellébore immense de l’aube
toutes graines blotties
dans le sommeil des seigles
en ce versant du temps que l’aigle couve
semelles dans l’écho
et les mots sous la neige
profil durci
sur les glaces des lacs
réverbérant leur sommeil vert
plus dense dans l’ubac
il sauvera l’hiver
(Jacqueline Saint-Jean)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Il s’adosse à la montagne d’ombre
et regarde en arrière
l’émouvante vapeur des plaines
Et les saisons s’annulent
La même buse glisse au sablier du bleu
Falaises à l’affût
sur la chevelure du vide
Entre les coulées de lumière
la mort avance ses moraines
Il marche pour reprendre terre
Antée qui se voûte aux pentes du soir
soleil dans le dos son ombre le tire
et le bruit de l’eau lui redit la route
(Jacqueline Saint-Jean)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Il marche dans le flash obsédant des figures
Au centre ce visage piétiné par mille pèlerins
dans un sommeil de fifres de poussière
Là-bas la passante au dernier pont des fuites
ses gestes minuscules de papier qui brûle
La fille aux yeux fous dans le tunnel des foules
Plus loin sur le théâtre rouge des captures
la silhouette indélébile des chasseurs
Au bord de l’ombre qui roule à pleins bords
il reconnaît à peine le profil
du passeur aux reins plus lourds
Mais toujours au porche du silence
la mendiante est assise au milieu de l’image
(Jacqueline Saint-Jean)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Il marche au milieu du lignage secret
L’écolier court à l’avant
les doigts violents dans les cavales du vent
Il marche comme on se multiplie
amarré à son peuple d’ombres
à ses fables de survie
Par vagues revient comme un chant errant
Mais la plaine s’amplifie
On voit clignoter le cavalier des leurres
et les moissons cachent leurs morts
Reste dans la fragilité des marges
fugace comme un signe
la petite chercheuse de coquillages
(Jacqueline Saint-Jean)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Assis le soir
aux terrasses dévastées de l’histoire
dans le cercle affolé des hirondelles
saccades d’ailes dans le corps
les pieds dans les décombres
dénombrant ce qui tremble
portes qui battent tôles gouttières
feuilles roulées de ruelle en ruelle
vers ce cheval aveugle au milieu de la place
Assis le soir à l’ombre de la Tour
il nomme à voix basse ce qui reste de jour
priant pleurant peut-être
dans le rayonnement des pierres
(Jacqueline Saint-Jean)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Des lieux gisaient en lui comme des mares
Locmariaquer Bucarest ou Bavière
leurs noms luisent dans le silence
Il faut une barque aux étés perdus
déteinte échouée au fond de la plage
la grisaille douce des fins d’image
où le désir lève sa ligne d’écume
Il faut une ville au fond du voyage
pour l’ineffaçable au fond de l’hiver
Des lieux refusés frémissaient encore
quand la vie bifurque au bord de la voix
Bavière de rêve Lothlorien d’hier
et le mot jamais tremble de lumière
(Jacqueline Saint-Jean)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Plus loin c’était l’exode son ressac
les matelas crevés de la mémoire
les nuques basses les yeux déserts
et sur ce charroi d’ombres une chaise à l’envers
les pieds contre le ciel qui dérive à rebours
de ces longs ciels dépenaillés
fuyant les hordes revenues
Le voyageur s’envase dans les douves
regardant passer le même convoi
Il entend encore dans un autre temps
la rouille d’un treuil tourner dans le corps
Là-bas dans le soleil de l’estuaire
le fleuve pourtant s’unit à la mer
(Jacqueline Saint-Jean)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Il se souvient d’une île au ras du temps
la mer étale la lenteur d’années-lumière
Ni mouette ni remous dans la mémoire
Seul le large à la ronde
orbite immense de l’oubli
Insulaire sans âge
était-il sable ou sève
dans les moires du monde
était-il au milieu
des fables qui nous fondent
était-il dans l’adieu
Jusqu’à ce que
l’ancre qui rouille fasse crisser le bleu
(Jacqueline Saint-Jean)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2010
Sur ses lèvres vibrent encore tous les avrils
le tremblement des graminées dans le jour volubile
voyelles des sèves corps balbutiant
il se rebaptise au nom du printemps
Sous la peau s’éveille en épis d’eau vive
une enfance aux chevilles vertes aux épaules d’or
truites et cuisses roulent encore
avec les rires de rivières
Corps ruisselant
Corps délié dans la lumière
sphère éphémère éclats de ciel
il tient le monde entre les cils
rond comme une île
(Jacqueline Saint-Jean)
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