Arbrealettres

Poésie

Archive pour mai 2010

Le Double Froid (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2010


Le Double Froid

Demande,
efforce-toi,

bien que l’orgueil te tienne
comme le gel tient la terre
alors vêtué de glace, d’anathèmes.

Supplie le vent, implore qu’il desserre
le double froid,
la trompeuse splendeur.

L’infime croît,
le rouge-gorge est le pardon du jour.
Dénouée, à contre-nuit,
un robe enchante le ciel.

Vaste est la joie où le chemin se perd.

(Jean Joubert)

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Le Souffle des Morts (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2010


Je sens le souffle des morts
sur mon visage.

Vous m’avez dit:
Ne les redoutez pas,
ne les repoussez pas
mais demandez…

Je demande l’intercession des morts
dans la nuit où nous sommes,

leur si faible,
leur si tendre lueur.

(Jean Joubert)

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La Tentation (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2010


La Tentation

La parole
va-t-elle trembler
au bord du ciel?

et la bouche apprêtée
à la louange,
à la prière,

versant soudain
dans un repli
de la mémoire,

baiser dans l’ombre
le sein rose
de l’orante?

Ardente déchirure,
fente basse du soir sur les collines

(Jean Joubert)


Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

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La trace (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2010


La trace

Approche de ta main
la feuille blanche:
brume étale sur la prairie,
plaine de neige où va s’inscrire
le pas de l’errant, le sillage de sa fatigue,

ou bien le lac, cette eau de lune
où tremblent des reflets
qu’un vent de nuit tord et disloque.

Écoute,
penche-toi
et lève un peu, du même geste,
ta main veinée de noir
puisque la lampe veille,
qu’elle partage ombre et clarté
et tente une frontière
toujours poreuse.

Au loin, dans le silence,
un faible pas résonne,
trébuche, hésite
puis s’éteint sur la colline.

Que reste-t-il à dire?
Tout, rien: double et même vertige.

Pose pourtant la pointe de la plume
sur la brume, beau, la neige.
Attends le signe que le destin diffère.

Étroit le temps, menue la trace comme d’insecte sur le sable.

(Jean Joubert)

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Comment te repousser, lumière noire (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2010


Comment te repousser, lumière noire
qui monte en nos vergers
si faussement complices du carnage ?

Nous devisons de neige, de clarté.

Pourtant l’intruse pétrifie. L’orfraie
se fige à la plus sèche branche,
le fruit se fend avec un bruit de mort.

Un mot à dire encore, une question
posée dans la nuit d’une chambre
par la servante jeune
qui déjà s’éloigne entre les murs,

et notre main levée, traçant un signe obscur
et la pluie suspendue qui nous effacera.

(Jean Joubert)


Illustration

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Ne songe plus à cet oeil de lumière (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2010


Ne songe plus à cet oeil de lumière,
aux neiges bleues par-delà les forêts,
derrière l’ombre où bougent des crinières,

mais vois plutôt cette main désarmée
près de ta main, cette bouche légère,
et la couleur des regards étrangers,

et la couleur des robes et des rues,
d’un soleil d’homme où déjà tu te perds,
déjà renais de te savoir perdu.

Ainsi se rompt la glaise qui t’enserre.
Défait de toi, perdu, tu vois germer
contre tes mains comme un oeil de lumière,

(Jean Joubert)


Illustration

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Nuit d’exil (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2010


Ainsi je fus, dans cette nuit d’exil,
prison et prisonnier et lueur à la fissure,
indéchiffrable signe en moi-même gravé,

exilé dans mon corps, dans ce fuseau de pierre,
oisif et prisonnier de lianes et de nerfs,
aveugle, traversant une secrète nuit

de bêtes enlacées, d’insectes et de dards,
où s’effrite la pierre, où s’usent le regard
et la bouche et le coeur à des limes funèbres,

m’alourdissant de tous mes songes, terrassé
par des meutes sorties de l’eau, dont les abois
cernaient, traquaient les gestes et les voix.

Je poursuivais un souvenir de branche
et de neige, un souvenir d’oiseau volant bas
dans le silence pourpre d un ciel pulmonaire,

sur un rivage où neige, branche, oiseau
n’étaient que l’ombre exsangue et plus lointaine
d’une beauté violente en fuite sur les eaux.

(Jean Joubert)

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Le visage que tu portes (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2010


Le visage que tu portes,
où tu caches sous la peau
de farouches animaux
qui rôdent dans les clairières,

arrache-le! Tu retrouves
sous la ténébreuse image
la nuit d’un autre visage
qu’il faut encore déchirer.

Et de visage en visage,
arrachés et déchirés,
lèvres noires, plaies figées
au rivage du miroir,

tu gagnes ta propre images
ta demeure d’écorché
où des griffes de clarté
poussent d’étranges ravages:

beau visage de vivant,
camaïeu d’os et de nerfs,
forêt de veines, d’artères
où battent les tambours du sang.

(Jean Joubert)


Illustration

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L’écureuil a si peur la nuit (Paul Fort)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2010

L’écureuil a si peur la nuit
qu’il tremble en son petit réduit
- au moindre bruit de feuilles,
et moi la nuit tout comme lui j’ai peur sous bois
au moindre bruit
- mais c’est de l’écureuil.

(Paul Fort)

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Comme une fille de maître, blanche et nue parmi les servantes. (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2010


Un coup d’épaule de la nuit.
La forêt lâche ses vieillards au long des sentes,
bâille, s’étire et fait craquer l’ossature des lianes.

Qui parle?

Chevaux cabrés, crinières, chevelures
écument l’air moisi de mousses et de brumes.
L’oiseau ricoche de feuille en feuille et se fige,
statue de bronze éteint et griffant une branche.
La grande peur lisse l’échine d’un renard
qui sèche au vent le sang de son museau
et s’étonne de cette contagion rouge dans les nuages.

Qui parle sous l’écorce, la boue?
Quelle bouche étouffée par des chevelures?

Aux berges du bayou la lune se baigne
comme une fille de maître, blanche et nue parmi les servantes.

(Jean Joubert)

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