Archive pour mai 2010
Publié par arbrealettres le 19 mai 2010
Ébranche ton orgueil, réduis le geste, ne t’emploie
qu’au brisement des terres les plus noires
et n’oublie pas d’enclore, d’irriguer.
Que ta main fasse voeu de connivence,
que la racine ait ta complicité
et le feuillage aux cimes ta louange.
Ta pauvreté se vêt de transparence,
ton ombre suit l’ombre de toute sève.
Muet, tu cries. Pesant, tu te délivres.
Seul, te voici de ruches habité.
Tu tiens au doigt la lumière du monde.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010
Le Jardin
Allons vers le jardin
et l’arche de la rose.
Un arbre y berce un enfant de lumière.
L’ombre enserre la racine
que travaillent des bêtes blanches.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010

La Tour
Dans tes rêves tu as longtemps gravi
une muraille à l’intérieur d’une tour,
un escalier de plus en plus étroit
puis rien que des fissures
où s’accrocher des ongles
pour s’élever un peu encore
un peu encore avec une terrifiante lenteur
jusqu’à ces pierres lisses
où, tâtonnant d’abord,
tu te figes
le dos au gouffre.
Que cherchais-tu ?
Nul souvenir là-haut d’une lueur
ni d’un appel, ou bien cela fut oublié.
Il fallait monter, rien de plus,
et rien n’était promis
sinon toujours l’attente et le vertige.
Tu ne rêves plus ce rêve.
A vrai dire, tu ne rêves plus.
Tu n’as pas renoncé pourtant,
même si ta force sans doute s’amenuise,
ou peut-être fallait-il une autre force
qui ne te fut pas accordée.
Cette tour doit bien se situer quelque part,
une très haute tour dans un désert
que ne mentionnent ni les livres ni les cartes.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010
L’épaule nue
D’une épaule nue
le désir bondit
comme un léopard
s’agite sous les feuilles
mord une branche
crache une plume
et le ciel
aux palmes
s’ensanglante
La nuit très vite tombe
Est-ce l’hiver?
l’annonce des tempêtes?
Un châle masque le soleil
(Tourne les yeux
ouvre le livre!)
(Jean Joubert)
Illustration: Pascal Renoux
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010
L’Appel
A la cime de la tour blanche
la chevelure est drapeau
déployé, couleur d’automne:
feuillage roux, écureuil.
Immobile paysage,
ni le ciel ni la mer ne tremble.
J’entends la voix silencieuse,
le chant de l’arbre,
sa promesse.
Ah, porteuse de délice,
je t’écoute, je répondrai.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010
Le Rêve
J’entre dans ton jardin,
j’y rôde.
Partout des roses des
feuillages.
Ah, bonheur!
Mais toi, penchée:
“Rien, me dis-tu, n’est immortel.”
(Jean Joubert)
Illustration: Josette Mercier
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010
Le Baiser
Je te voyais sanglante dans la neige
vêtue de lourdes robes
laissant
une sinistre trace.
Longtemps les loups flambèrent à la suite
longtemps grinça la nuit.
Je t’apporte la torche vive
l’arme limpide
le baiser.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010
Les Eléments
Dans la terre
il jette le grain
d’où naîtra l’enfant aux yeux verts.
Il demande à la dormeuse
l’eau des rêves, l’océan,
ses monstres, baisers, sirènes.
Il prie le vent de traverser son corps,
de délivrer le coeur
obscur de ses entraves.
Il rêve que le soleil
est une femme rousse
puis noire
puis un lion qui le dévore.
(Jean Joubert)
Illustration: Katerina Belkina
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010
Rouge-gorge
Gorge de reine rouge,
l’oiseau,
le familier,
dans le matin, ponctue le givre.
Il n’emplit pas le ciel d’une clameur
ni ne déploie d’ailes d’archange
ni, de son vol,
ne tisse une légende.
Un feu secret l’occupe sous la plume.
Nul ne le voit
qu’un oeil dépossédé
des rites de la terre
mais possédé de l’aube
où passe comme un songe
sa menue flamme enceinte d’un brasier.
Beauté ardente et frêle,
la rose de décembre
sauve l’hiver des ombres, des terreurs.
Sur le roseau qui penche dans le froid,
pèse à peine le coeur léger,
l’offrande pure du silence.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2010

Trois chevaux blancs sous ma fenêtre
paissent le champ de la morte
où les oliviers s’embroussaillent.
Elle disait: “J’ai vu, la nuit,
votre chat noir sur la crête du toit,
contre la lune.”
Elle croisait ses doigts pour conjurer,
brûlait des cierges, flairait la mort,
lisait dans l’insomnie les saints et les sorcières.
Elle disait, serrant les poings contre sa ventre:
“J’ai un feu, là, qui me brûle.”
Elle mourut dans un décembre de lumière,
fut portée jusqu’aux cyprès de la colline
où l’attendait la pierre qu’elle avait dessinée.
Sous ma fenêtre, elle avait fait planter
un peuplier,
pour la beauté des feuilles, du murmure,
que, lui aussi, le feu brûla,
et qui mourut.
Les chevaux paissent entre les ronces
hennissent, montrent les dents,
agitent leurs crinières.
Je les entends, la nuit,
au pied de la muraille,
qui rêvent et respirent,
tout près,
comme si nous partagions le même lit,
nos corps mêlés,
nos yeux pleins de fantômes et de larmes.
(Jean Joubert)
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