Arbrealettres

Poésie

Archive pour mai 2010

Hirondelle qui pars aux Indes (Tristan Klingsor)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Hirondelle qui pars aux Indes
Pourquoi me suivre si longtemps;
Pars sans me plaindre
Et bon vent

Que la rose t’accueille
dans la douceur d’un matin bleu;
Oublie le pays lointain où il pleut
Et cet homme en larmes qui reste seul

(Tristan Klingsor)

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Sept pierres levées (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Sept pierres levées,
sept: les livres l’affirment.
Pourtant, où que tu sois, tu n’en vois que six.
L’une t’échappe tour à tour, la septième.
Les six pierres sont belles mais tu ne peux cesser de
croire que la grande beauté serait de sept pierres.
La septième t’occupe. Bientôt ta vie va en dépendre.
Prétexte infini à rêver et à souffrir.

(Jean Joubert)

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Pierre changeante (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Pierre changeante.

Lorsque tu entres, c’est un tournesol.
Bouge un peu: c’est une figue
puis une roue,
un paon,
une maison fermée la nuit,
une maison ouverte à l’aube,
un corps ensoleillé.
Quand tu atteins le mur du Nord,
c’est un tigre.

(Jean Joubert)

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Champ de lumière oblique (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Champ de lumière oblique
où le centre foudroie.

(Jean Joubert)

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Jadis la nuit s’armait d’épouvantables mains (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Jadis la nuit s’armait d’épouvantables mains.
La géante couvrait le dormeur replié
comme ces morts rendus aux matrices pierreuses.

Voyage souterrain,
longue errance que clôt l’offrande d’une torche.

(Jean Joubert)

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Il a neigé toute la nuit (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Il a neigé toute la nuit:

venue secrète d’un navire
toutes voiles dehors
sur nos chantiers déserts.

Tu as neigé toute la nuit dans ma mémoire.

(Jean Joubert)

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N’efface en toi ni l’ange ni la bête (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


N’efface en toi ni l’ange ni la bête.
Sois belle avec délice, libre des croix,
secrète en tes jardins.
Tu es alors esclave souveraine,
arbre dressé que l’aube vêt d’oiseaux.

(Jean Joubert)


Illustration: Jean-Jacques Henner

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Ta clarté montre la voie (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Sur l’étang passent les chasseurs
que nos coeurs voulaient oublier
mais qui n’oublient ni la mort
ni le temps des voix brisées.

Délace ta robe noire,
jette aux rives le satin
qui dérobe leur victoire
à ces tueurs incertains.

Baigne ton corps dans le reflet
de la haute futaie d’azur,
et qu’aux branches emmêlées
s’emmêle ta chevelure.

Tu es l’ordre, le silence,
l’orage sous la toison,
et le feu de sang qui dort
dans la gorge des buissons.

Sur l’eau sombre où tu glisses,
ta clarté montre la voie.
Les chasseurs et les supplices
s’enlisent au fond des bois.

(Jean Joubert)


Illustration: Félix Vallotton

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Du haut de la colline (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Du haut de la colline, tu ne distingues pas les hommes,
mais les bruits de la ville montent clair.
Parmi eux, tu reconnaîtrais une plainte.

(Jean Joubert)

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Personne (Jean Joubert)

Publié par arbrealettres le 28 mai 2010


Il n’y a personne sur le givre du seuil,
personne dans les couloirs, les glaciers
de cette grotte où végète le feu.
Désert des lampes et des murs,
couches glacées des chambres souterraines.
Pourtant des doigts menus t’effleurent,
des seins, des envols de murmures,
puis, devant toi, à hauteur d’homme,
bâille une mâchoire funèbre.

(Jean Joubert)

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