Arbrealettres

Poésie

Archive pour juin 2010

Au Mocassin le Verbe (Robert Desnos)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


Au Mocassin le Verbe

Tu me suicides, si docilement
je te mourrai pourtant un jour.
Je connaîtrons cette femme idéale
et lentement je neigerai sur sa bouche
Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard,
même si je fais beau temps
Nous aimez si peu nos yeux
Et s’écroulerai cette larme sans
raison bien entendu et sans tristesse.
sans.

(Robert Desnos)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Elles sont mystère, mystère (Robert Desnos)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010



Leurs cheveux sont des toiles de mystère…
le mystère est leur but, leur fin…
leur faim c’est le mystère.
Elles ont bu, mais elles ont faim,
la fin du mystère est-elle le but de leur fin?

(Robert Desnos)


Illustration: Zhaoming Wu

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Les joues des fées (Robert Desnos)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


Les joues des fées
se brûlent aux feux de joies.

(Robert Desnos)


Illustration: Fabienne Contat

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le poison de mon rêve est voluptueux (Robert Desnos)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


Le poison de mon rêve est voluptueux et sûr
Et les fantasmes lourds de la drogue perfide
Ne produiront jamais dans un esprit lucide
L’horreur de trop d’amour et de trop d’horizon
Que pour moi voyageur font naître les chansons.

(Robert Desnos)


Illustration: Giovanni Boldini

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

La mer irréversible (Maurice Blanchard)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


Il vient une heure, dans notre jeunesse, où le monde
s’agrandit démesurément alors que les yeux n’offrent
toujours à la lumière que l’épaisseur d’une larme et
c’est là le miracle, le miracle de la fécondité. Voici le
delta fertile, le delta des dernières paresses et, au loin,
la barre impitoyable de la haute mer, de la mer
irréversible.

(Maurice Blanchard)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

La vérité parfois jette son verre d’eau glacée sur un visage qui sommeille (Maurice Blanchard)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


Il arrive parfois que le choix et le désir se rejoignent,
se concertent et s’accordent. Oh! Alors! Malheur à
l’enfant perdu! Je descends au fil de l’eau sur les troncs
abattus pendant l’hiver, sacrifice que la forêt offre
chaque année aux déesses endormies sur l’eau douce et
lumineuse. Et l’eau ouvre son chemin dans la plaine, et
je m’avance comme un jeune César dans un matin de
chocolat recouvert de papier d’argent.
La vérité parfois jette son verre d’eau glacée
sur un visage qui sommeille.

(Maurice Blanchard)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

L’eau du sommeil a les splendeurs du lait (Maurice Blanchard)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


L’eau du sommeil a les splendeurs du lait. L’eau
glisse sur mes yeux ouverts. Je suis un galet bien lisse
au fond de la rivière, au fond de la rivière de la nuit.
Ce matin-là, je marchais dans la fraîcheur d’un
monde à découvrir, d’un monde sans mystère que
j’aurais aimé, à en mourir! La richesse était là:
l’homme nouveau dans la nouvelle étoile. Je suis un
raté, mais je vous emmerde. J’ai la couronne et le
manteau de pourpre. Je bois l’eau qui éternellement se
renouvelle, j’ai la liberté.

(Maurice Blanchard)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Et puis, voici l’eau creuse (Maurice Blanchard)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


Et puis, voici l’eau creuse, l’eau profonde où les
amours blondes et fleuries ont sombré dans la mort
grandiose en marbre noir. Le saule étend sur l’eau
profonde ses griffes de tigre, ses racines déchaussées. Il
mourra debout, comme un homme doit mourir,
comme un tigre doit mourir, guettant la fleur stérile, le
nénuphar immobile qui chante sur l’eau profonde. Il
est fort. Il retient dans ses serres la laine décharnée du
temps, la cruauté vivace et sans visage, mon destin.

(Maurice Blanchard)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

La ligne droite (Maurice Blanchard)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


La ligne droite

Dès lors, tout devenait simple et facile. L’homme
suivait la route des hommes. Les alizés suivaient les
flèches tracées sur les cartes. À l’heure du sommeil, au
sein de la nuit, je rentrais dans la maison des hommes,
dans une de ses innombrables chambres où l’étrange
faculté de renaître reprend ses droits, prodigue ses
sortilèges.
Tout à coup, un cri épais éclata : le cri des choses
— ainsi nommées parce qu’elles ne choisissent pas leur
chemin et qu’elles sont imperméables au tracé des
cartes — et je gravis les étages, telle une flamme sur le
bois mort. Derrière le mur, le cri s’éteignit, derrière le
mur d’une chambre sans porte, la seule de ce genre au
pays des problèmes.
Je frappai et me brisai les poings, je frappai comme
un bûcheron ivre à la porte de la forêt. Autour de moi,
des figures effrayées apparurent dans l’entrebâillement
des murs. Des figures de pierre vidées de leur sang, des
pensées assagies.

(Maurice Blanchard)


Illustration: Île Nancy

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Filles-Fleurs (Maurice Blanchard)

Publié par arbrealettres le 19 juin 2010


Filles-Fleurs

Elles enivraient les abeilles et leurs yeux dansaient
sans jamais toucher la terre. Le vent ne fait pas autre
chose et aucun ne s’en étonne, dans les jardins.
Pourtant, la tige des fleurs est un mystère. Pourtant,
le rire des filles en est un autre, et aussi le sifflet du
train, quand la voie est fermée!
La voie est fermée et la vie éclate, grenade des
amours, lourd grenat des dahlias de l’automne, joie
extasiée de jeunes singes dévorant les géraniums.
Il y eut autrefois des fleurs rampantes qui invitaient
au sommeil, les feux de Bengale parsemaient la rade
par les nuits d’été.
Baptême de la douceur, un monde de velours
succédait enfin aux gueules d’hyènes ricanant dans
l’obscurité.
Et j’ai bu l’alcool des abeilles. Le monde devint un
immense arc-en-ciel que je me mis à gravir, et je me
disais : «Elles ne savent ce qu’elles font, mais elles le
font bien!»

(Maurice Blanchard)

Illustration: Mario Fortuny

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 75 followers