Arbrealettres

Poésie

Archive pour juin 2010

Trop ardente (Charles Juliet)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Trop ardente
la faim repousse
ce qui pourrait
l’apaiser

(Charles Juliet)

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L’Arbre le Temps (Roger Giroux)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


L’Arbre le Temps

J’étais l’objet d’une question qui ne m’appartenait pas.
Elle était là, ne se posait, m’appelait par mon nom,
doucement, pour ne pas m’apeurer.
Mais le bruit de sa voix,
je n’avais rien pour en garder la trace.
Aussi je la nommais absence,
et j’imaginais que ma bouche
(ou mes mains) allait saigner.
Mes mains demeuraient nettes.
Ma bouche était un caillou rond
sur une dune de sable fin:
pas un vent,
mais l’odeur de la mer
qui se mêlait aux pins.

(Roger Giroux)

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Ce manteau de la pauvreté (Romain Weingarten)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Voilà cet ancien royaume.
Et la poésie ne s’en est pas allée,
mais elle est ce manteau de la pauvreté
que toutes choses ont revêtu en secret,
et de toutes parts autour de nous
s’exprime cette ardente et mystérieuse offrande.

(Romain Weingarten)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Je t’aime on me l’a dit (Georges Schéhadé)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Quand tremblera l’automne sur la montagne
Mets à ton cou l’oeil des cygnes
Les beautés sont dans le vent et l’heure est noire
Je t’aime on me l’a dit

(Georges Schéhadé)

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La Baigneuse (Abu Nuwâs)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


La Baigneuse

Furtive elle ôte sa chemise et s’arrose d’eau
Par excès de pudeur sa joue éclôt
Elle accueille nue la brise juste et fluide
Allure plus subtile que l’air
Elle tend le creux de sa main comme
Empli d’eau vers une vasque pleine
Et quand elle croit avoir fini et pense
Vite prendre habit elle en voit un
Aux aguets qui la contemple de près
Elle couvre sa clarté du noir de sa chevelure
Et l’aurore recule dans la nuit
Et goutte à goutte l’eau tombe sur l’eau

(Abu Nuwâs)


Illustration: Paul Emile Chabas

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Plus douce sera l’amertume à nos lèvres (Jean Laude)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Passé l’endroit où le buisson prit feu,
L’aurore a traversé la grande pluie nocturne.
Le brisement des corps après l’ombre captieuse
Mesure un mouvement que le corps accomplit.
À peine un souvenir, la rumeur d’une brise
Et, sur la crête des falaises,
Un pin tremble et simule un chiffre sur le ciel.

Le corps offert, les mains ouvertes, l’âme nue,
Sois celle qui n’est plus un songe,
Et plus douce sera l’amertume à nos lèvres.

(Jean Laude)


Illustration: Pascal Renoux

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Une part de nous-mêmes (Friedrich Nietzsche)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Ce paysage dissimule son sens,
mais il en a un que l’on aimerait deviner:
où que je regarde,
je lis des mots et des suggestions de mots,
mais je ne sais où commence la phrase
qui résout l’énigme de toutes ces suggestions,
et j’attrape le torticolis
à essayer de voir s’il faut lire à partir d’ici
ou à partir de là.

C’était le soir, une odeur de sapins déferlait,
on voyait des montagnes grises à travers,
en haut brillait la neige.
Un ciel bleu, rasséréné, s’étendait au-dessus.
- Ces choses-là, nous ne les voyons jamais telles qu’elles sont,
nous les recouvrons toujours d’une fine membrane psychologique -
c’est alors celle-ci que nous voyons.
Des sentiments hérités, des états
de ces objets de la nature.
Nous voyons quelque chose de nous-mêmes
- dans ce sens, ce monde aussi est notre représentation.
Forêts, montagnes, ne sont pas seulement des concepts,
ils sont notre expérience et notre histoire,
une part de nous-mêmes.

(Friedrich Nietzsche)

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J’entends chanter la sève du flamboyant (Paul Niger)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Allons, la nuit déjà achève sa cadence
J’entends chanter la sève du flamboyant.

(Paul Niger)

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Il ne reste qu’à attendre la tristesse de l’automne (Saigyô)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Sans égal
le supplice des âmes
dans le flot noir des flammes
serait-ce le juste châtiment
pour la passion nocturne des amants?

En toute liberté l’herbe d’été
ne cesse de croître
comme l’amour
il ne reste qu’à attendre
la tristesse de l’automne

(Saigyô)

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Avant que l’herbe pousse sur ta tombe pour toujours (Omar Khayyâm)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Prends le verre dans une main, telle une tulipe du mois de mai!
Avec une jolie à joues de tulipe, si le jour s’y prête, sois gai!
Fais la fête ! Bois du vin dans la douceur du temps!
Le temps vieillissant dans l’argile va s’allonger!

Je suis ivre rien qu’en voyant les verres de vin!
Je suis poète en feu rien qu’en regardant les jolies!
Je fais de l’ivresse en regardant les verres de vin!
Je fais des vers quatre par quatre en regardant les jolies!

Ô cœur, puisque le destin te tourmente
Et puisque l’âme sincère doit te quitter, ô corps,
Dans l’herbe, assieds-toi et fais la fête quelques jours
Avant que l’herbe pousse sur ta tombe pour toujours.

(Omar Khayyâm)


Illustration

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