Arbrealettres

Poésie

Archive pour juin 2010

Lettres (Vincent Van Gogh)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Lettre à son frère Théo

J’ai aperçu de magnifiques terrains
rouges plantés de vignes,
avec des fonds de montagnes du plus fin lilas.
Et les paysages dans la neige
avec les cimes blanches
contre un ciel aussi lumineux que la neige,
étaient bien comme les paysages d’hiver
qu’ont fait les Japonais.

Lettre à sa mère et Will

Quant à moi, je suis entièrement absorbé par cette étendue infinie,
vaste comme la mer, des champs de blé qui couvrent les collines,
par la beauté des jaunes, la beauté des verts tendres,
le bel indigo des terres sarclées et labourées,
avec cette marqueterie régulière du vert des plants de pommes de terre en fleur,
tout cela dans une belle lumière aux tons
bleus, blancs, rosés, violets.
Je suis tout à fait dans la disposition,
presque de trop grand calme,
dans la disposition qu’il faut pour peindre cela.

Lettre à Paul Gauguin

J’ai encore de là-bas un cyprès avec une étoile, un dernier essai
-un ciel de nuit avec une lune sans éclat,
à peine le croissant mince émergeant de l’ombre projetée opaque de la terre -
une étoile à éclat exagéré, si vous voulez,
éclat doux de rose et vert dans le ciel outremer où courent des nuages.
En bas une route bordée de hautes cannes jaunes,
derrière lesquelles les basses Alpines bleues,
une vieille auberge à fenêtres illuminées orangée,
et un très haut cyprès, tout droit, tout sombre.

(Vincent Van Gogh)

Illustration: Vincent Van Gogh

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En une seule phrase nombreuse (Gustave Miron)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


En une seule phrase nombreuse

Je demande pardon aux poètes que j’ai pillés
poètes de tous pays, de toutes époques,
je n’avais pas d’autres mots, d’autres écritures
que les vôtres, mais d’une façon, frères,
c’est un bien grand hommage à vous
car aujourd’hui, ici, entre nous, il y a
d’un homme à l’autre des mots qui sont
le propre fil conducteur de l’homme,
merci.

(Gustave Miron)

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Si dure, si forte, si froide (Langston Hughes)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Tous les tam-tams de la jungle battent dans mon sang
Toutes les lunes farouches et ardentes de la jungle
brillent au fond de mon âme.
J’ai peur de cette civilisation,
Si dure,
Si forte,
Si froide.

(Langston Hughes)


Illustration: Charlie Chaplin

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Riez de moi (Guillaume Apollinaire)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Voici que vient l’été la saison violente
Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
Ô Soleil c’est le temps de la Raison ardente
Et j’attends
Pour la suivre toujours la forme noble et douce
Qu’elle prend afin que je l’aime seulement
Elle vient et m’attire ainsi qu’un fer l’aimant
Elle a l’aspect charmant
D’une adorable rousse
Ses cheveux sont d’or on dirait
Un bel éclair qui durerait
Ou ces flammes qui se pavanent
Dans les roses-thé qui se fanent

Mais riez de moi
Hommes de partout surtout gens d’ici
Car il y a tant de choses que je n’ose vous dire
Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
Ayez pitié de moi

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Gustav Klimt

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Sur la Beauté (Charles Chaplin)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2010


Sur la Beauté

C’est une omniprésence de la mort et du charme,
une tristesse souriante qu’on discerne
dans la nature et en toutes choses,
une communion mystique qu’éprouve le poète:
elle peut s’exprimer par une poubelle
sur laquelle tombe un rayon de soleil,
ou ce peut être une rose dans un ruisseau.

(Charles Chaplin)


Illustration: Île Nancy

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En quel singulier espace doit-on se séparer de soi-même? (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2010


Apprentis distants
du plus proche,
connaisseurs de la rose
qui ne peuvent la respirer,
vivants d’une vie
qui se consume en se vivant,
lanceurs d’un filet
qui se retourne et les capture,
voyageurs d’une distance qui n’existe pas.

Pourquoi commencer
si tout débute
où ils finissent ?
Pourquoi ouvrir la porte
ou pourquoi la fermer
s’il y a toujours à sa place quelque chose d’immobile,
une icône impénétrable
qui ne change pas dans l’ouvert et le fermé?

Est-il aussi des roues dont le destin est de ne pas tourner,
de l’eau dont le sens n’est pas de mouiller,
des vents dont l’objet n’est pas de souffler,
du feu dont la fonction n’est pas de brûler?

Si le plus haut consiste
à n’être pas ce qu’on est,
en quel singulier espace
doit-on se séparer de soi-même?

(Roberto Juarroz)


Illustration: Île Nancy

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Tout est parfois un prétexte pour que puisse surgir une forme nouvelle (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2010


Tout est parfois un prétexte
pour que puisse surgir une forme nouvelle,
un complot pour que naisse
le miracle d’une autre formulation de l’ignoré.

Alors les couleurs qui meurent
vont teinter peu à peu une autre couleur,
les oiseaux se taisent
pour favoriser l’attente
et l’homme même appuie son oreille contre la terre
pour écouter le nouveau battement.

L’imminence se déprend
de son propre secret
et un bord du corps infini
se sépare telle une arête inaugurale,
pour alimenter le monde
comme si c’était la première fois.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Île Nancy

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Seuls peut-être subsisteront les restes ruinés d’un filet (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2010


Il est certaines heures
où semblent affleurer
la confusion de l’air,
le doute de la lumière,
la fatigue de l’eau,
la tristesse de la nuit.

Tout équilibre a besoin de repos.
Ainsi s’affaissera l’équilibre dernier
et s’abattront
jusqu’au chant des oiseaux
et jusqu’à la parole la plus secrète.

Seuls peut-être subsisteront
les restes ruinés d’un filet.

(Roberto Juarroz)

Illustration: Île Nancy

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Entre la zone des questions et la zone des réponses (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2010


Entre la zone des questions
et la zone des réponses,
il y a un territoire où guette
une étrange pousse.

Toute question est un échec.
Toute réponse en est un autre.
Mais entre les deux défaites
souvent émerge comme une humble tige
quelque chose qui est au-delà des soumissions.

(Roberto Juarroz)

Illustration: Île Nancy

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La possibilité que tu existes (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2010


La possibilité que tu existes
est en concurrence permanente
avec l’impossibilité que tu existes.

Démuni entre l’une et l’autre,
je surveille néanmoins les deux.

Mais parfois la lumière
n’a pas d’autre sens qu’elle-même
et simplement s’écrase contre l’œil.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Odilon Redon

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