Arbrealettres

Poésie

Archive pour juin 2010

Il y a tellement de beauté (American Beauty)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2010


La plus belle chose jamais filmée…
il y a tellement de beauté… dans le monde…
que c’en est insoutenable.

American Beauty (wikipedia)

“C’était une de ces journées grises
où il va se mettre à neiger d’une minute à l’autre
et qu’il y a comme de l’électricité dans l’air.
On peut presque l’entendre.

Et ce sac était là.
En train de danser avec moi.

Comme un enfant qui m’invitait à jouer avec lui.
Pendant 15 minutes.

C’est là que j’ai compris qu’il y avait autre chose.
Au delà de l’univers.
Plus loin que la vie.

Je sentais cette force, incroyablement bienveillante
qui disait qu’il n’y avait aucune raison d’avoir peur.

Jamais.

Sorties du contexte, les images n’ont aucun sens je sais mais…
ça m’aide à m’en souvenir.

J’ai besoin de m’en souvenir.

Parfois je me dis qu’il y a tellement de beauté… dans le monde…
que c’en est insoutenable.

Et mon coeur est sur le point de s’abandonner…”

(American Beauty)

American Beauty (film) Scène du sac plastique

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L’insoutenable légèreté de l’être (Milan Kundera)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2010


L’insoutenable légèreté de l’être

L’être humain, guidé par le sens de la beauté
transpose l’évènement fortuit
(une musique de Beethoven, une mort dans une gare)
pour en faire un motif
qui va ensuite s’inscrire
dans la partition de la vie.

(Milan Kundera)

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Un homme seul (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2010


Un homme seul,
dans une chambre fermée,
lève le bras dans un geste d’adieu.

Un autre homme seul,
Sur un chemin désert,
lève son bras dans le même mouvement.

Un soupçon presque impossible
relie les deux gestes:
la blessure de prendre congé
finit de s’ouvrir
quand il n’y a rien ni personne
de qui prendre congé.

Et ces gestes deviennent
la clé de l’homme:
être un pur congé.

(Roberto Juarroz)

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L’ombre de ton absence file les tendresses qui vagabondent dans l’air (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2010


Tout donne de l’ombre,
jusqu’à l’invisible.

L’ombre de la pensée
suture les crevasses
de l’aléatoire réalité.

L’ombre des mots
dit ce que ne disent pas les mots.

L’ombre de ton absence
file les tendresses
qui vagabondent dans l’air.

Toute ombre aussi donne une autre ombre,
comme si les formes ne parvenaient pas
à compléter le paysage
dont nos yeux ont besoin.

Et plus tard ou plus tôt,
les yeux même doivent apporter
leur quote-part d’ombre.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Zhaoming Wu

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Tout poème n’est qu’un balbutiement (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2010


Il y a des choses qui occupent tellement leur place
qu’elles parviennent à se déplacer elles-mêmes
et repoussent tout alentour,
comme d’invraisemblables créatures qui débordent de leur peau
et ne peuvent se réabsorber.

Ainsi parfois la poésie ne me laisse pas écrire.
L’écriture reste alors écrasée
comme la pâture sous un gros animal.
Et il n’est possible de recueillir que peu de paroles
piétinées dans l’herbe.

Mais tout poème n’est qu’un balbutiement
sous le balbutiement sans fin des étoiles.

(Roberto Juarroz)

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J’oublie parfois l’amour, comme j’oublie ma main (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2010


J’oublie parfois l’amour,
comme j’oublie ma main.
Eux seuls peuvent prendre le monde
et le mettre devant moi
pour que je puisse le toucher,
mais ils ne me rappellent pas ce qu’ils font.

Oublier l’amour et la main
me permet de me souvenir des choses
et aussi de me souvenir de moi.
Si par contre j’oubliais tout
je n’oublierais pas alors
ma main ni l’amour.

Vivre c’est aussi oublier qu’on vit.
Et aimer oublier qu’on aime.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Katerina Belkina

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L’amour parfois se tronque comme un membre amputé (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2010


L’amour parfois se tronque
comme un membre amputé,
mais le vide continue de faire ses gestes,
que quelqu’un peut-être recevra.

Bien que l’amour s’en aille,
le mouvement d’aimer ne cesse de se tendre.
C’est pourquoi il n’est pas surprenant
que si l’amour revient
ses gestes s’entremêlent
avec les gestes antérieurs.
Et qu’apparaissent des amours
qui errent de par le monde
avec des gestes doubles,
des amours qui semblent deux amours.

Il n’est pas rare, de la sorte,
que nous confondions un amour avec un autre,
jusqu’à aimer celui qui n’est plus
à la place de celui qui est.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Johann Heinrich Füssli

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Un rideau de lumière (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2010


Un rideau de lumière
interrompt l’office des ténèbres.
Alors nous comprenons que la lumière
est aussi un office,
le rite originaire,
la liturgie nue
d’une révélation
sans autre exégèse.

Et l’ombre le sait.
C’est pourquoi elle s’ouvre devant la lumière.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Odilon Redon

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II y a un moment (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2010


II y a un moment j’étais jeune.
Depuis un moment je suis vieux.
Il y a un moment j’étais vivant.
Depuis un moment je suis mort.

Quelqu’un épie dans un coin
l’aberration du temps.
Quelqu’un attend dans un coin
que tout cela passe.

Et d’un autre coin
ou peut-être du même
monte une pluie
qui va effacer le ciel.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Hans Baldung Grien

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Les choses rêvent leurs rêves propres (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2010


Méconnaître que le fleuve est une épée
et que les choses rêvent leurs rêves propres
c’est ignorer qu’ici,
près de notre regard
en existe un autre:
le regard secret du monde.

Quand on le découvre,
la vie se retourne comme un gant
qui dégage la main qu’il enfermait
et le tact libéré
touche pour la première fois tout ce qui existe.

La réalité est un temps plié
qu’il faut déplier comme une toile
d’une singulière délicatesse
pour trouver au dedans
une autre main qui attend.

(Roberto Juarroz)


Illustration: René Magritte

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