De grandes mains sabrent mes lignes
un paysage est détruit
et les éclats se dispersent
(Jacques Dupin)
Publié par arbrealettres le 14 juin 2010
De grandes mains sabrent mes lignes
un paysage est détruit
et les éclats se dispersent
(Jacques Dupin)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
Où est l’ombre
d’un objet appuyé contre le mur?
Où est l’image
d’un miroir appuyé contre la nuit?
Où est la vie
d’une créature appuyée contre elle-même?
Où est l’empire
d’un homme appuyé contre la mort?
Où est la lumière
d’un dieu appuyé contre le néant?
Dans ces espaces sans espaces
est peut-être ce que nous cherchons.
(Roberto Juarroz)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
Le jour je m’égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts.
Qu’il fallait peu de chose à ma rêverie:
un feuille séchée que le vent chassait devant moi,
une cabane dont la fumée s’élevait de la cime dépouillée des arbres,
la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d’un chêne,
une roche écartée, un étang désert ou le jonc flétri murmurait!
Le clocher du hameau, s’élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards;
souvent j’ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête.
Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent;
j’aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait;
je sentais que je n’étais moi-même qu’un voyageur;
mais une voix du ciel semblait me dire:
“Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue;
attends que le vent de la mort se lève,
alors tu déploieras ton vol
vers ces régions inconnues que ton coeur demande.”
Levez-vous vite,
orages désirés
qui devez emporter René
dans les espaces d’une autre vie!
Ainsi disant, je marchais à grands pas,
le visage enflammé,
le vent sifflant dans ma chevelure,
ne sentant ni pluie ni frimas,
enchanté, tourmenté, et comme possédé
par le démon de mon coeur.
(René de Chateaubriand)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
Débaptiser le monde,
sacrifier le nom des choses
pour gagner leur présence.
Le monde est un appel nu,
une voix, pas un nom,
une voix porteuse de son propre écho.
Et la parole de l’homme est une part de cette voix,
non pas un signe du doigt
ni une étiquette d’archive
ni un profil de dictionnaire
ni une carte d’identité sonore
ni un drapeau indicatif
de la topographie de l’abîme.
L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela,
est un acte d’amour: créer de la présence.
L’office de la parole
est que le monde puisse dire le monde,
que le monde puisse dire l’homme.
La parole: ce corps vers tout.
La parole: ces yeux ouverts.
(Roberto Juarroz)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
Je pense qu’en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourais,
personne, ni moi, ne me penserait.
Et ici commence l’abîme,
comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre soutien et me l’ôte.
Je contribue à tapisser d’absence toutes choses.
C’est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver.
(Roberto Juarroz)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
Le langage
est de la poésie fossile.
(Emerson)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
Je ne sais si tout est dieu.
Je ne sais si quelque chose est dieu.
Mais toute parole nomme dieu:
soulier, grève, coeur, autobus.
Et plus,
autobus incendié,
vieux soulier,
grève générale,
coeur près des ruines.
Et plus encore,
autobus sans homme,
soulier sans semelle,
grève générale des morts,
coeur dans les ruines de l’air.
Et plus encore,
autobus immobile pour dieux,
soulier pour aller dans les mots,
grève des morts en guenilles,
coeur au sang des ruines.
Et plus.
Mais n’importe.
J’ai fini de prier.
Je vais chercher maintenant le dos de dieu.
(Roberto Juarroz)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
On me dicte des choses,
non d’un autre monde ou partant d’autres êtres,
mais, plus humblement, du dedans.
Qui donc est au-dedans,
en plus de moi?
Ou peut-être n’y suis-je pas,
peut-être ai-je laissé la place
pour qu’un autre me dicte?
S’il en est ainsi,
peu importe que la dictée
personne ne la comprenne.
Peu importe même
que moi je la comprenne.
Etre n’est pas comprendre.
(Roberto Juarroz)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
Seul un dieu peut encore nous sauver.
La seule possibilité qui nous reste
est de préparer,
par la pensée et la poésie,
une disponibilité à l’apparition du dieu
ou à l’absence du dieu dans notre déclin.
Quand nous déclinions devant la face du dieu absent.
(Heidegger)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
J’attends, je n’attends vraiment,
je n’attendrai jamais
que le visiteur qui jamais ne vient,
du Vishnu Purana.
Cette attente est ce que je dis ici.
Elle prend d’innombrables formes.
Car le Visiteur qui jamais ne vient
peut et doit être attendu en tout.
Il n’est réel qu’en cette attente,
mais il est réel alors:
en elle, pour ainsi dire, il vient.
Il est le sens qui se diffère,
l’espoir ou la vision,
qui s’offrent autant qu’ils se dérobent,
la sérénité, en un mot,
de l’attente qui n’est qu’attente,
mais s’illumine comme attente.
Le Visiteur qui jamais ne vient
est le tissu même de nos jours.
(Roger Meunier)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Roger Meunier), attendre, différer, espoir, jamais, jours, réel, s'illuminer, sérénité, sens, tissu, venir, vision, visiteur | 4 Commentaires »