Archive pour juin 2010
Publié par arbrealettres le 13 juin 2010
J’ai un oiseau noir
pour qu’il vole de nuit.
Et pour qu’il vole de jour
j’ai un oiseau vide.
Mais j’ai découvert
que les deux se sont mis d’accord
pour occuper le même nid,
la même solitude.
C’est pourquoi, parfois,
je leur ôte ce nid,
pour voir ce qu’ils font
quand leur manque le retour.
Ainsi j’ai appris
un incroyable dessin:
le vol sans conditions
dans l’absolument ouvert.
(Roberto Juarroz)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
La poésie est le thème du poème,
C’est d’elle que part le poème,
Vers elle qu’il retourne.
***
Poetry is the subject of the poem,
From this the poem issues and
To this returns.
(Wallace Stevens)
Illustration: Maurice Denis
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
Un espace
ne peut en effacer un autre,
mais bien le mettre aux abois.
Car les espaces occupent aussi un lieu,
dans une autre dimension qui est plus que l’espace.
Il est des espaces à la voix unique,
d’autres aux voix nombreuses
et même des espaces sans voix,
mais tout espace est seul,
plus seul que ce qu’il recèle.
Même si tout espace
se confond finalement avec tout autre.
Même si tout espace
est un jeu impossible,
car rien ne tient dans rien.
(Roberto Juarroz)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
Les personnages de mon rêve
sont venu converser avec moi
hors de mon rêve.
Et cela, ils n’ont pas pu le supporter.
Ils se sont sentis prisonniers
des formes truquées
de ce rêve à l’envers.
je n’ai pas su les retenir.
Je n’ai pas su créer pour eux un autre rêve au
dehors.
Un rêve véritable.
Pourrai-je me remettre à présent
à converser avec eux au-dedans?
(Roberto Juarroz)
Illustration: Maurice Denis
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
L’inépuisable lutte entre les êtres
est la première condition d’être.
Etre une rose c’est lutter contre une autre rose,
visible ou invisible,
contre toutes les roses.
Et même plus:
c’est lutter contre ce qui n’est pas une rose.
Et plus encore:
c’est lutter contre sa propre absence de rose.
La lutte scandaleuse
entre deux êtres qui s’aiment
est une évidente affirmation d’être.
La défaite de l’amour
est son triomphe.
(Roberto Juarroz)
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.
(Roberto Juarroz)
Illustration: Anne-François-Louis Janmot
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
L’impression que je devrais être ailleurs
ne m’abandonne jamais,
pas même quand je ne suis nulle part.
Je sais que cette impression ne m’abandonnerait pas davantage
si j’étais en cet autre endroit,
dont personne ne sait où il est,
comme personne ne sait où il est
nulle part.
Peut-être mon impression vient-elle justement
de ce que je cherche à être quelque part,
simplement en un seul endroit
mais sachant où il est.
Ou bien mon impression provient-elle
de vouloir être ici.
(Roberto Juarroz)
Illustration: Alexandre Séon
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
Un bourdonnement de fond
témoigne de la présence des choses.
Nous avons besoin de la parole et du vent
pour le supporter.
Un bourdonnement de fond
dénonce l’absence des choses.
Nous devons inventer une autre mémoire
pour ne pas devenir fous.
Un bourdonnement de fond
annonce qu’il n’y a rien
qui ne puisse exister.
Nous avons besoin d’un silence doublé de silence
pour admettre que tout existe.
Un bourdonnement de fond
souligne le froid et la mort.
Nous avons besoin de la somme de tous les chants,
du résumé de tous les amours
pour pouvoir apaiser ce bourdonnement.
Ou bien un soir,
sans autre condition que son ajour,
un oiseau viendra se poser sur l’air
comme si l’air était une branche.
Alors cesseront tous les bourdonnements.
(Roberto Juarroz)
Illustration: Giotto
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
Il n’y a pas de silence.
Penser n’est pas silence,
une chose n’est pas silence,
la mort n’est pas silence.
Etre n’est pas silence.
Aux alentours de ces faits
il n’y a que lambeaux de nostalgie:
la nostalgie du silence
qui peut-être un jour exista.
Ou peut-être n’exista jamais
et peut-être devons-nous le créer?
(Roberto Juarroz)
Illustration: Johann Heinrich Füssli
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2010
Il ne suffit pas de lever les mains,
Ni de les abaisser
ou de dissimuler ces deux gestes
sous les embarras intermédiaires.
Aucun geste n’est suffisant,
même s’il s’immobilise comme un défi.
Reste une seule solution possible:
ouvrir les mains
comme si elles étaient des feuilles.
(Roberto Juarroz)
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