Archive pour juin 2010
Publié par arbrealettres le 28 juin 2010
Ce n’est pas moi qui crie
Ce n’est pas moi qui crie, c’est la terre qui gronde.
Attention, attention, le diable est devenu fou!
Blottis-toi au creux des sources,
colle-toi contre la vitre,
cache-toi derrière les feux des diamants,
sous des pierres, parmi des insectes,
oh, cache-toi dans le pain à peine sorti du four,
0 toi, mon pauvre,
pénètre dans la terre avec l’averse fraîche
C’est en vain que tu plonges ta face en toi-même,
tu ne peux la laver que baignée en une autre.
Sois la mince nervure d’une herbe,
et tu seras plus grand que l’axe de ce monde.
0 machines, oiseaux, frondaisons, étoiles,
notre mère stérile, en suppliant, réclame des enfants.
Ainsi, ô toi, mon pauvre,
que ce soit terrible ou bien merveilleux,
ce n’est pas moi qui crie, c’est la terre qui gronde.
(Attila Jozsef)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010
Instantané
La ribambelle d’oiseaux chante.
Le bois s’en est émerveillé.
L’enfant paysan barbouillé
Court au fleuve, au bas de la pente.
Soleil. Chaleur partout présente.
L’air même en est incendié.
Nul nuage n’a vacillé
Dans le grand ciel que rien n’évente.
Le gamin s’étend près de l’eau,
Le soleil lui brûle la peau,
Puis il se roule dans le sable.
Il voit un caillou plat, le prend,
Le jette en cette eau navigable,
Et puis s’éloigne en sifflotant.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010

Le chagrin
Gris et muet, le chagrin est facteur.
Bleus sont ses yeux. Son visage est maigreur.
Une sacoche pend de son épaule fine.
Sombre est son vieux manteau comme charbon de mine.
Et bat, dans sa poitrine,
Un tic-tac bon marché.
Ayant, sur le trottoir, timidement marché,
Rasé les murs… sous un porche, il arrive.
Il disparaît telle une âme craintive.
Il frappe. On ouvre. Il tend une missive.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010
Crépuscule d’automne
A mon cher professeur, Bêla Tettamanti
Sous les flocons neigeux de l’automne expirant,
Le crépuscule brun palpite faiblement.
Mon épaule perçoit ton cou chaud plein de grâce.
Ah! ton baiser lointain qui sur ma lèvre passe!
Le froid gémit et je ne peux mettre à l’abri
Sur ton giron brûlant mon visage meurtri.
Triste est le crépuscule et tu sembles lointaine
Et tombent les flocons… Ils reflètent ma peine.
(Attila Jozsef)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010
Hiver
II faudrait faire un feu… bien grand, bien haut,
Pour que tous les humains se chauffent à sa flamme.
Nous jetterions dedans tel bibelot vieillot,
Tels objets ébréchés, cassés, tel jeu de dames,
Les jouets des enfants, tel autre jeu,
M’entends-tu, chat perché? Et dans ce feu,
Nous éparpillerions, je le proclame,
Tout ce qui semble beau. L’on entendrait soudain
L’incandescente flamme offrir au ciel serein
Les ardeurs de son chant. Les gens d’une même âme,
Ou d’un même pays, se donneraient la main.
Il faudrait faire un feu d’une folle envergure,
Car le givre a couvert les villes et les prés;
Faire sauter la si froide serrure
De nos garde-manger. Et que les jets pourprés
Reçoivent de nos mains leur riche nourriture
Pour donner en retour la chaleur douce et pure.
Il faudrait, oui, faire ce noble feu
Afin que les humains se dégèlent un peu.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010
Demande de baisers au printemps
Tes lèvres de bronze, d’un baiser,
Marta, lentement, je les veux aspirer.
D’un odorant baiser maléfique.
Avec eux :
Tes cheveux !
Mon désir révolté t’en fait la supplique.
Il veut, ce désir,
Fasciné par l’amour, les saisir.
Les étreindre.
Et ces bras trop fidèles pour feindre,
Tremblants, amoureux,
Cependant que j’évoque tes chers beaux yeux
Vont vers tes genoux si doux – si j’ose -
Et jusqu’au nid de la rose.
Le feuillage frémit dans le vent.
Qu’elle est verte, la colline!
Nous y courons lestement,
Je t’y vois encline.
Il parle de baisers, il chante, le vent.
Quelle extase!
Il m’embrase.
Et mon sang, par-là, par-ci,
Autour de mon cœur, chante avec lui.
C’est fort bien ainsi.
Mais à présent, silence, petite.
Je veux un baiser de toi. Donne-le vite!
(Attila Jozsef)
Illustration: Carolus Duran
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010
Ivresse
De mon âme qui chante, ô combien j’aimerais
Guérir les tristes cœurs et secouer le monde!
Je pardonne à présent, je pardonne à la ronde
Les offenses d’hier. Je le sens. Je le sais.
L’esclave douloureux qui lutte pour la vie,
J’aimerais ô combien le serrer sur mon cœur!
Je voudrais rappeler et le frère et la sœur,
Tous ceux qu’on ne voit plus, que la mort s’approprie.
J’aimerais que tournât un peu plus lentement,
Que s’arrêtât enfin la gigantesque roue
Qui hâte les destins, qui de l’homme se joue.
Mais surtout je voudrais… aimer profondément.
Je voudrais concevoir, avec des doigts de fée,
Du grand et du splendide… et du miraculeux.
Après cela: périr. Oui, périr, je le veux.
C’est que je suis l’ivresse, à tout excès portée.
(Attila Jozsef)
Illustration: Sylvie Lemelin
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010
A la mer
Mer! ô miracle trépidant!
De la mélancolie
Où se complaît ton chant
Enveloppe mon âme! Elle aspire à la vie.
Bannis de mon cœur endurci, de son tréfonds,
Tout cet univers d’ombre et d’obtuses chansons.
Trop lâche est l’humaine nature.
Rare celui qui se mesure
A ton secret pouvoir!
Et si l’obscurité m’entoure et me fait choir,
Elle m’imposera ma sépulture,
Me fera dépérir,
Mourir à petit feu, patiente et tenace.
Cette fin qui menace
Tarde à venir.
(Attila Jozsef)
Illustration: Alexandre Séon
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010
Depuis la nuit des temps, les minutes s’écoulent.
Depuis la nuit des temps, toutes les larmes roulent.
Et par malheur, d’autres suivront. Il en est tant!
Et les flots de la mer débordent en hurlant.
Cent sources en tous lieux se lamentent sans cesse.
La pauvre mère, pour l’enfant, n’a que tendresse,
Et les flots de la mer débordent en hurlant.
Lasse, mon âme étreint l’éclatant mouvement.
Mais où vont-elles donc, les minutes qui coulent?
Nous dira-t-on pourquoi toutes ces larmes roulent?
Et les flots de la mer débordent en hurlant.
La mer, un jour, s’abîmera dans le Néant.
(Attila Jozsef)
Illustration: Lina Davidov
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Publié par arbrealettres le 28 juin 2010

Soupir
Si des larmes ruissellent
Et si une âme pleure,
Et si un cri résonne,
Si un ciel tonne, ça
Se passe sur la terre,
Se passe n’importe où.
C’est que ce sont mes larmes,
C’est seulement mon cri,
C’est seulement mon âme,
Et c’est mon chatiment
Sur la planète terre.
Et n’importe où que j’aille,
Toujours ce sont mes larmes,
Mes larmes qui ruissellent,
Tant que pleure mon âme,
Et que mon cri résonne…
Oui, le ciel est tonnerre!
Ah! c’est qu’elle est maudite
Ici, partout, ma tête,
Une tête maudite,
Bien au-dessus de toi.
(Attila Jozsef)
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