Arbrealettres

Poésie

Archive pour juin 2010

Habiter un lieu (Georges Perec)

Publié par arbrealettres le 28 juin 2010


Habiter un lieu

Habiter une chambre, qu’est-ce que c’est?
Habiter un lieu, est-ce se l’approprier?
Qu’est-ce que s’approprier un lieu?
A partir de quand un lieu devient-il vraiment vôtre?

Est-ce quand on a mis à tremper ses trois paires de chaussettes
dans une bassine de matière plastique rose?
Est-ce quand on s’est fait réchauffer des spaghettis
au-dessus d’un camping-gaz?

Est-ce quand on a utilisé tous les cintres dépareillés de l’armoire-penderie?
Est-ce quand on a punaisé au mur une vieille carte postale
représentant le Songe de sainte Ursule de Carpaccio?

Est-ce quand on y a éprouvé les affres de l’attente,
ou les exaltations de la passion,
ou les tourments de la rage de dents?
Est-ce quand on tendu les fenêtres de rideaux à sa convenance,
et posé les papiers peints, et poncé les parquets?

(Georges Perec)

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Neige (Minamoto No Sanetomo)

Publié par arbrealettres le 28 juin 2010


Neige

Quelle immense
solitude il contient
au cœur des montagnes
sur ma hutte de chaume
ce crépuscule de neige

(Minamoto No Sanetomo)


Illustration

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Ma gomme (Maurice Carême)

Publié par arbrealettres le 28 juin 2010


Ma gomme

Avec ma gomme, dit l’enfant
-La gomme que j’ai dans le cœur-
Je puis rayer tous les malheurs.
Avec ma gomme, dit l’enfant,
Je pourrais faire disparaître
L’univers et tous ses vivants.
Mais qui jamais sur cette terre
-Fût-il le Dieu le plus fûté -
Serait capable d’effacer
Avec sa gomme de lumière
Le beau visage de ma mère
Du livre de l’éternité !

(Maurice Carême)

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L’arbre (Eugène Guillevic)

Publié par arbrealettres le 28 juin 2010


L’arbre

Au-dehors l’arbre est là et c’est bon qu’il soit là,
Signe constant des choses qui plongent dans l’argile.

Il est vert, il est grand, il a des bras puissants.

Ses feuilles comme des mains d’enfant qui dort
S’émeuvent et clignent.

(Eugène Guillevic)

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Des oiseaux couperaient le jour (Jules Supervielle)

Publié par arbrealettres le 27 juin 2010


Des oiseaux couperaient le jour
De la porte dans leurs vols vifs.
Et pas un homme pas un homme!

Je serai moi-même évasif.

(Jules Supervielle)


Illustration: Mustapha Merchaoui

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La pluie dans la cour d’école (Gilles Guilleron)

Publié par arbrealettres le 27 juin 2010


La pluie dans la cour d’école
donne du bonheur
aux petits pieds mouillés

(Gilles Guilleron)

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Le coeur du vieil homme (Gilles Guilleron)

Publié par arbrealettres le 27 juin 2010


L’écorchure au genou du petit garçon
pique pour toujours le coeur du vieil homme

***

Au fond du coeur du vieillard
bat le coeur
de sa maman

(Gilles Guilleron)


Illustration

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Au café (Gilbert Trolliet)

Publié par arbrealettres le 27 juin 2010


Au café

Les uns
Sortes d’assis
Ressassaient la minute
Qui fondait comme sucre.

D’autres
Entraient
Toujours d’autres
S’en viennent
Poussés par l’habitude
Et le froid du dehors –

Le grand froid du dehors.

(Gilbert Trolliet)

Illustration: Edgar Degas

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Les portes ici (Yves Broussard)

Publié par arbrealettres le 27 juin 2010


Les portes ici
n’ont pas de serrure

entre qui veut

Les meubles
n’ont plus de forme

seulement une odeur

Je sais des recoins
où respirer
enivre

(Yves Broussard)

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Une fleur offerte à ma fille (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


Une fleur offerte à ma fille

Frêle la rose blanche et frêles
Sont aussi les mains qui l’offrirent;
L’âme en est plus pâle et fanée
Que la vague blême du temps.

Rosé frêle et fine — et plus frêle
Encor la sauvage merveille
Que tu voiles dans tes doux yeux,
O mon enfant aux veines bleues.

***

A flower given to my daughter

Frail the white rose and frail are
Her hands that gave
Whose soul is sere and paler
Than time’s wan wave.

Rosefrail and fair —yet frailest
A wonder wild
In gentle eyes thou veilest,
My blueveined child.

(James Joyce)


Illustration: Anne Geddes

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