Arbrealettres

Poésie

Archive pour juin 2010

En regardant les esquifs à San Sabba (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


En regardant les esquifs à San Sabba

J’entendis leurs cœurs
Crier vers l’amour
Dans le vol des rames
Et les herbes des
Prairies soupirer :
Ah, ne reviens plus!

O cœurs, soupirs d’herbes,
D’amour éventés
Que vos bannerets
Vainement lamentent!
Le vent fou qui passe
Ne s’en revient plus.

***

Watching the needleboats at San Sabba

I heard their young hearts crying
Loveward above the glancing oar
And heard the prairie grasses sighing:
No more, return no more!

O hearts, O sighing grasses,
Vainly your loveblown bannerets mourn!
No more will the wild wind that passes
Return, no more return.

(James Joyce)


Illustration

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L’amour vint à nous un jour qui n’est plus (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


L’amour vint à nous un jour qui n’est plus,
L’un timidement jouait dans le soir.
L’autre était tout près et tremblait de crainte -
Car d’abord l’amour n’est que tremblement.

Nous fûmes de graves amants. L’amour
Est passé qui eut mainte heure si douce.
Et, vois, bienvenus nous semblent enfin
Les nouveaux chemins que nous foulerons.

***

Love came to us in time gone by
When one at twilight shyly played
And one in fear was standing nigh —
For Love at first is all afraid.

We were grave lovers. Love is past
That had his sweet hours many a one,
Welcome to us now at the last
The ways that we shall go upon.

(James Joyce)


Illustration: John Everett Millais

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Ne chante pas l’amour qui meurt (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


Ne chante pas l’amour qui meurt.
Amie, avec des chants si tristes;
Laisse là ta tristesse et chante
Qu’il suffit de l’amour qui passe.

Chante le long sommeil profond
Des amants morts, et dis comment
Tout amour dormira sous terre :
L’amour est si las maintenant.

***

Gentle lady, do not sing
Sad songs about the end of love;
Lay aside sadness and sing
How love that passes is enough.

Sing about thé long deep sleep
Of lovers that are dead, and how
In the grave all love shall sleep:
Love is aweary now.

(James Joyce)


Illustration: William Merritt Chase

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Viens légère ou légère pars (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


Viens légère ou légère pars:
Bien que ton cœur te fasse voir
Chagrin, vallons, soleils noyés,
Que ton rire, Oréade, danse
Jusqu’à ce que l’air des sommets
Rebrousse avec irrévérence
Ta chevelure déployée.

Sois légère et toujours ailée:
Les nues qui voilent les vallées
Quand monte l’étoile du soir
Sont les plus humbles des suivants
Rire et amour se fassent chant
Si le cœur renonce à l’espoir.

***

Lightly come or lightly go:
Though thy heart presage thee woe,
Vales and many a wasted sun,
Oread, let thy laughter run,
Till the irreverent mountain air
Ripple all thy flying hair.

Lightly, lightly — ever so:
Clouds that wrap the vales below
At the hour of evenstar
Lowliest attendants are;
Love and laughter song-confessed
When the heart is heaviest.

(James Joyce)


Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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En silence elle peigne, peigne ses longs cheveux (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


En silence elle peigne,
Peigne ses longs cheveux.
En silence, avec aise
Et maint air gracieux.

Le soleil luit par place
Dans l’herbe et dans les saules,
Elle, devant la glace,
Peigne ses longs cheveux.

Ah, cesse, je te prie,
De peigner tes cheveux :
J’ai ouï d’une magie
Sous un air gracieux

Qui rend aussi léger
Le séjour que l’adieu,
Belle aux airs gracieux,
Belle aux airs nonchalants.

***

Silently she is combing,
Combing her long hair,
Silently and graciously,
With many a pretty air.

The sun is in the willow leaves
And on the dappled grassy
And still she’s combing her long hair
Before the looking-glass.

I pray you, cease to comb out,
Comb out your long hair,
For I have heard of witchery
Under a pretty air,

That makes as one thing to the lover
Staying and going hence,
Ail fair, with many a pretty air
And many a negligence.

(James Joyce)


Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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Courtoisement pars la chercher (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


Courtoisement pars la chercher,
Annonce-moi,
Vent épicé, perpétuel
Épithalame.
Hâte-toi par les sombres terres,
Cours sur la mer,
Terre ni mers ne doivent pas
Nous séparer.

Or donc, pars vite, je te prie,
Bon vent, de grâce,
Entre dans son petit jardin,
Chante à sa vitre;
Chante : Le vent nuptial souffle
Car l’amour est en son midi;
Ton amant sera près de toi,
Bientôt, bientôt.

***

Go seek her out courteously.
And say I come,
Wind of spices whose song is ever
Epithalamium.
O, hurry over the dark lands
And run upon thé sea
For seas and land shall not divide us
My love and me.

Now, wind, of your good courtesy
I pray you go,
And come into her little garden
And sing at her window;
Singing : The bridal wind is blowing
For Love is at his noon;
And soon will your true love be with you,
Soon, O soon.

(James Joyce)


Illustration: Zhaoming Wu

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Qui passe ainsi par le bois vert (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


Qui passe ainsi par le bois vert,
Toute parée par le printemps?
Qui va par le joyeux bois vert
Le rendre plus joyeux encore?

Suivant au soleil des sentiers
Qui connaissent son pas léger.
Qui passe dans le doux soleil
Avec un port si virginal?

Toutes les allées du sous-bois
Brillent d’un feu tendre et doré —
Pour qui le bois ensoleillé
Revêt-il si riche appareil?

Oh, c’est pour mon unique amour
Que les bois vêtent leur richesse.
Oh, c’est pour mon amour, mon bien,
Elle qui est si jeune et belle.

***

Who goes amid thé green wood
With springtide ail adorning her?
Who goes amid the merry green wood
To make it merrier?

Who passes in the sunlight
By ways that know thé light footfall?
Who passes in thé sweet sunlight
With mien so virginal?

The ways of ail the woodland
Gleam with a soft and golden fire —
For whom does ail thé sunny woodland
Carry so brave attire?

Or, it is for my true love
The woods their rich apparel wear —
O, it is for my own true love,
That is so young and fair.

(James Joyce)


Illustration

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Mon amour en légers atours (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


Mon amour en légers atours
Va passant parmi les pommiers,
Là où les vents joyeux ne rêvent
Que de courir de compagnie.

Où s’attardent les vents joyeux
Pour courtiser les jeunes feuilles
Mon amour s’en va lentement
Penchée vers son ombre dans l’herbe.

Où le ciel tend sa coupe bleue
Par-dessus la terre qui rit,
Mon amour relève, légère,
Sa robe d’une exquise main.

***

Y love is in a light attire
Among the apple-trees,
Where the gay winds do most desire
To run in companies.

There, where the gay winds stay to woo
The young leaves as they pass,
My love goes slowly, bending to
Her shadow on the grass;

And where the sky’s a pale blue cup
Over the laughing land,
My love goes lightly, holding up
Her dress with dainty hand.

(James Joyce)

Illustration

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Quand la timide étoile monte (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


Quand la timide étoile monte,
Inconsolable et virginale,
Entends dans le noir assoupi
Celui qui chante à ton portail
Un chant plus doux que la rosée,
Il ne vient là que pour te voir.

Ne rêve plus, baissant la tête,
Quand il s’en vient au crépuscule:
“Qui peut bien être ce chanteur
Dont le chant assaille mon coeur?”
Au chant d’amour reconnais-le,
C’est moi qui suis ton visiteur.

***

When the shy star goes forth in heaven
All maidenly, disconsolate,
Hear you amid the drowsy even
One who is singing by your gate.
His song is softer than the dew
And he is come to visit you.

O bend no more in revery
When he at eventide is calling.
Nor muse: Who may this singer be
Whose song about my heart is falling?
Know you by this, the lover’s chant,
‘Tis I that am your visitant.

(James Joyce)


Illustration

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Des cordes dans l’air (James Joyce)

Publié par arbrealettres le 26 juin 2010


Des cordes dans l’air et la terre
Font une douce musique,
Des cordes près de la rivière
Ou les saules se rejoignent.

De la musique au bord de l’eau
Car l’Amour va s’y promenant,
De pâles fleurs sur son manteau,
Dans ses cheveux des feuilles sombres.

Tout doucement il va jouant,
Tête penchée vers la musique,
Et les doigts qui traînent
Sur un instrument.

***

Strings in the earth and air
Make music sweet;
Strings by the river where
The willows meet.

There’s music along the river
For Love wanders there,
Pale flowers on his mantle,
Dark leaves on his hair.

All softly playing,
With head to the music bent,
And fingers straying
Upon an instrument.

(James Joyce)

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