INLASSABLEMENT gronde l’océan,
Inlassablement les feuilles s’agitent,
Inlassablement tout homme est souffrant,
Inlassablement choses sont petites…
(Attila Jozsef)
Publié par arbrealettres le 2 juillet 2010
INLASSABLEMENT gronde l’océan,
Inlassablement les feuilles s’agitent,
Inlassablement tout homme est souffrant,
Inlassablement choses sont petites…
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010
Je ne savais pas
J’écoutais tous ces gens disserter du péché,
C’était pour moi autant de fables. Et le pire,
J’en riais: le péché, quelle idée insensée!
En parler, c’est être trop lâche pour agir.
J’ignorais que mon cœur abritait la tanière
De tant de monstruosités! Moi qui croyais
Qu’il battait pour offrir du rêve, à la manière
D’une maman berçant l’enfant qui s’endormait!
La lumineuse vérité m’apprit bientôt
Que la méchanceté, datée du premier temps,
Se dresse noire dans mon cœur, obscur tombeau.
Moi muet, que ma bouche, en un gémissement,
Dise: je suis pécheur, soyez-le tous sur terre!…
Et je ne serai plus tout à fait solitaire.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010

Berceuse
Le ciel ferme ses grands yeux bleus,
La maison ferme tous ses yeux,
Le pré dort sous son édredon.
Endors-toi, mon petit garçon.
Sur ses pattes la mouche a mis
Sa tête et dort. La guêpe aussi,
Avec elles dort leur bourdon.
Endors-toi, mon petit garçon.
Le tramway rêve doucement
Endormi sur son roulement,
Dans son rêve il sonne à tâtons.
Endors-toi, mon petit garçon.
Sur la chaise la veste dort
Et son accroc dort corps à corps.
Il n’en deviendra pas plus long.
Endors-toi, mon petit garçon.
La balle est vaincue, le sifflet
Somnole comme la forêt.
Et même il dort le gros bonbon.
Endors-toi, mon petit garçon.
Tu auras l’espace et la terre
Comme tu as ta bille en verre.
Tu seras géant pour de bon.
Endors-toi, mon petit garçon.
Tu seras pilote et soldat,
Berger des fauves tu seras.
Ta maman dort, et sa chanson.
Endors-toi, mon petit garçon.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010
J’étais son hochet
Moi le hochet de ma Luce – devant
Tout un chacun ma Luce m’agitait…
Pour ma chérie, mes trésors s’épuisant,
Meilleur amant jamais je ne trouvais.
Et moi, poêle fêlé tremblant de froid,
Juste nourri par le lait que je bois…
Plus souffrant que moi, point n’en existait!
C’est Dieu qui garde – et j’en ai grand besoin -
Mon cœur, pauvre bol déjà ébréché.
Qu’on vienne à le prendre entre ses deux mains,
Qu’on l’attire à soi, c’est toujours chagrin…
Humain en somme, il est bon et mauvais,
Cette fois pourtant, bon ou pas, sachez
Que c’est tendrement qu’il faudrait l’aimer.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010
Les feuilles de l’arbre
Sur l’arbre le feuillage
S’agite doucement.
Tout jaune se courbant,
Flétri est son pelage.
Un oiseau sans tapage,
Sur l’arbre va et vient.
Le feuillage devient
L’espace de sa cage.
Mon âme la voici,
Et qui de branche en branche,
Déambule et s’épanche,
Muette comme lui.
M’envoler je ne puis.
Le rameau se balance.
Le silence s’avance,
Fragile et indécis.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010
C’est tout près des rails que j’habite,
près du va-et-vient permanent
des vitres de ces trains en fuite
dans le vent nocturne ondoyant.
Dans la nuit éternellement,
Foncent les jours qui se font suite.
Dans chacun des compartiments
c’est moi qui m’accoude et médite.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010
Le grand bonheur, le bonheur doux,
pesant deux quintaux, je l’ai vu.
Sur l’herbe austère de la cour
tanguait son sourire crépu.
Dans la flaque tiède étendu
il grogna vers moi, et le jour
caressait, hésitant, ses rudes
soies blondes – je le vois toujours.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010
Est adulte seul celui qui
n’a dans le cœur aucun parent
et sait qu’il doit rendre sa vie
à la mort, simple supplément,
comme un objet trouvé se rend;
celui qui jamais n’officie,
qui n’est le dieu ou révérend
ni de lui-même ni d’autrui.
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010
J’ai entendu le fer pleurer,
j’ai entendu rire la pluie,
j’ai vu se fendre le passé,
tous les faux-semblants qu’on oublie;
sous mes fardeaux lourds, je ne puis
rien entreprendre, sauf aimer -
ô pourquoi, conscience qui luis,
dois-tu être en arme forgée?
(Attila Jozsef)
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Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010
Silence au guet – une heure tinte.
Rentre à tes débuts, rentre aux gris
murs moites en ciment qui suintent,
et t’imagine libre, ami,
me dis-je. Et me dressant debout,
je vis qu’au ciel, dessus ma tête,
le Grand Chariot brillait, verrou
d’une vaste prison muette.
(Attila Jozsef)
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