Arbrealettres

Poésie

Archive pour juillet 2010

J’ai regardé du fond du soir les roues dentées du firmament (Attila Jozsef)

Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010


J’ai regardé du fond du soir
les roues dentées du firmament -
des fils scintillants du hasard
y fut tissée la loi du temps!
Du fond de mes rêves déments
j’ai coulé un nouveau regard
et vu que ledit tissu tend
à crever toujours quelque part.

(Attila Jozsef)


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La liberté (Attila Jozsef)

Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010


A l’intérieur est la souffrance,
mais au-dehors est sa raison.
Ta blessure est ce monde ardent,
mais l’âme en fièvre ta lésion.
Le rebelle reste en prison -
La liberté vient seulement
si tu bâtis une maison
sans propriétaire dedans.

(Attila Jozsef)


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Dehors et dedans (Attila Jozsef)

Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010


Je suis bien maigre : un peu de pain,
voilà ma pitance; entouré
d’âmes déchues, sans un rotin,
je cherche plus sûr que les dés.
Je ne jouis pas des baisers
ni d’un rôti ni d’un enfant -
nul chat ne saura attraper
la souris dehors et dedans.

(Attila Jozsef)

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Le monde où tout se superpose est comme du bois entassé (Attila Jozsef)

Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010

Le monde où tout se superpose
est comme du bois entassé
dont les bûches, effets et causes,
se tiennent serrées et pressées, les voici donc déterminées!
Du seul néant pousse la rose,
fleurira seul qui n’est pas né;
tout ce qui est se décompose.

(Attila Jozsef)

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Le Village (Attila Jozsef)

Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010


Le Village

Telle une pleine potée de patates,
Lentement fume dans la sage
Et tiède soirée du village
Une foison d’ardoises écarlates.

Faisant alors un signe au paysage,
Espoir, une svelte fumée
S’attarde dans la cheminée,
Puis pour monter, dans le doute s’engage.

L’acacia, l’ombre va l’accueillir,
Et son menu sein ferme tremble.
Le petit arbre exhale ensemble
Air et papillon, un petit soupir.

Et cependant que me couvre, m’entoure
Le buisson de mélancolie,
Tombent les abois dans l’oubli
Sur de grands pays de velours.

Péniblement, les femmes, tortillées,
Déjà vont allumer la lampe.
Ame opprimée, la flamme rampe,
Tandis qu’au ciel elle veut s’élancer.

Et tout s’éteint. La lune maternelle
Baigne le pré dans son halo.
Là, une branche de sureau
Vers la clarté tend sa main fraternelle.

De l’éternel bonheur la source mouille
D’une simple tuile un haillon,
Et bouddahs d’émeraude sont
Dans la fraîche pelouse les grenouilles.

De sabre au clair, l’avoine de naguère
A courbé aujourd’hui son front,
Et murs en ruine seront
Bientôt sa gloire et sa force d’hier.

Là règne le silence. On y perçoit
Peut-être une voix cristalline.
Sans bien l’entendre on la devine.
Seul maintenant le silence en fait foi.

Ce qu’il comprend, l’esprit, quand il s’éclaire,
Emergeant seule de la nuit,
C’est cette parole d’ici,
De la charrue, de la bêche de fer.

Ces mots sont aussi ceux du paysan :
Au soleil, au sol, à la pluie.
Ces mots sont les miens aujourd’hui.
Le temps soigneux sera leur confident.

Ces mots sont là, comme pour un sourire
Au nourrisson; la flatterie
A un cheval: tout ce qu’ici
Contient le pur, le grave pour le dire.

Dans le sommeil le village est plongé.
Des rêves angoissés voltigent,
Qui frôlent de l’herbe la tige
Où l’ombre somnolente est engagée.

Dorment les fouets, les bottes, les couteaux,
Les cieux, les prés, les grands, les sages
Espaces entre les feuillages
Et les nervures fines des rameaux.

Le rude paysan, dans son sommeil,
Peu à peu devient sécheresse
Et tel un chagrin qui lui blesse
Le cœur, là-haut je suis assis, je veille.

(Attila Jozsef)

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Chanson subsidiaire (Attila Jozsef)

Publié par arbrealettres le 1 juillet 2010


Chanson subsidiaire

Le train m’entraîne. Je viens te rejoindre.
Dès aujourd’hui, qui sait, je peux t’atteindre…
Alors le feu de mon front s’éteindra.
Mais, tout bas, peut-être, tu me diras:

«Va donc prendre un bain; j’ai ouvert l’eau tiède,
Pour te sécher voilà une serviette.
Si tu as faim, la viande est à chauffer.
Ton lit est toujours où je suis couchée.»

(Attila Jozsef)


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