Archive pour juillet 2010
Publié par arbrealettres le 9 juillet 2010
Dictamen
Chercher dans ses pensées les ombres de ses rêves,
Chercher dans le rêve un peu de réalité;
Dans la course folle des minutes si brèves
Chercher l’Eternité,
Et sur un corps de femme un peu de beauté.
Croire à tous les serments, malgré tous les mensonges,
Croire à la Bonté malgré les méchancetés,
Malgré le doute affreux qui broie et qui nous ronge
Croire à la Vérité,
Et malgré l’obscurité croire à la clarté.
Aimer, aimer chaque heure et toutes les femmes,
Aimer malgré les trahisons, les vanités,
Aimer ce qui peine, aimer ce qui réjouit l’âme,
Ce qui la fait pleurer,
Et toujours vouloir, chercher, ailer l’Unité.
(Birago Diop)
Illustration: Pierre-Yves Vigneron
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Publié par arbrealettres le 9 juillet 2010
Dyptique
Le Soleil pendu par un fil
Au fond de la Calebasse teinte à l’indigo
Fait bouillir la Marmite du Jour.
Effrayée à l’approche des Filles du feu
L’Ombre se terre au pied des pieux.
La Savane est claire et crue
Tout est net, formes et couleurs.
Mais dans les Silences angoissants faits des Rumeurs
Des Bruits infimes, ni sourds ni aigus,
Sourd un Mystère lourd,
Un Mystère sourd et sans contours
Qui nous entoure et nous effraie…
Le Pagne sombre troué de clous de feu
Etendu sur la Terre couvre le lit de la Nuit.
Effrayés à l’approche des filles de l’Ombre
Le Chien hurle, le Cheval hennit
L’Homme se terre au fond de la case.
La Savane est sombre,
Tout est noir, formes et couleurs,
Mais dans les Silences angoissants faits des Rumeurs.
Des Bruits infinis ou sourds ou aigus,
Les Sentes broussailleuses du Mystère
lentement s’éclairent
Pour Ceux qui s’en allèrent
Et pour Ceux qui reviennent.
(Birago Diop)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 9 juillet 2010
Regrets
Je sais que j’aurais dû n’en rien faire
Et garder toujours mon secret;
Et sans nullement chercher à être aimé
Me contenter de pouvoir plaire.
Entre l’homme et la femme l’Amitié
C’est de l’amour même discrète,
Et un jour tu aurais eu pitié
En devinant ma passion muette.
…
Mais tu pars, tu me quittes, il fait si noir,
Que te devinant ne pouvant plus te voir,
A chaque ombre qui bouge, je dis: c’est Elle…
Et mon rêve dans les senteurs de la nuit,
Monte lentement, lentement sur vos ailes
Phalènes du soir qui mourez comme lui.
(Birago Diop)
Illustration: Pierre-Yves Vigneron
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Publié par arbrealettres le 9 juillet 2010
Incantation
Ouvre à l’Ombre de l’Homme
Ouvre, ouvre à mon Double…
Ouvre à l’Ombre de l’Homme
Qui va vers l’Inconnu
Laissant seul dans le Somme
Le Corps inerte et nu.
Ouvre à l’Ombre de l’Homme
Ouvre, ouvre à mon Double…
Ouvre, ouvre à mon Double
Les Sentiers broussailleux,
Le jour chemins troubles,
La nuit si lumineux.
Ouvre à l’ombre de l’Homme
Ouvre, ouvre à mon Double…
Mon Double viendra dire
Tout ce qu’il aura vu
Aux portes de l’Empire
D’où les Morts sont venus.
Ouvre à l’Ombre de l’Homme
Ouvre, ouvre à mon Double…
(Birago Diop)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 9 juillet 2010
Rumeurs
Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs
J’ai collé mon Oreille lasse et alourdie
Pour écouter à travers vos vaines Clameurs
L’écho d’une Voix mourante, morte, assourdie
Par l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.
Dans l’Aube froide et blême et sale et mal venue
Et qui n’enfantera qu’un Avorton de Jour,
Le Mur est monté, monté plus haut que les Nues,
Roc sans une faille, sombre Bloc sans contours
Dans l’Aube froide et blême et sale et mal venue.
A la Méridienne, s’écaillant de Lueurs,
Le Mur épais devenait un vaste Incendie
D’où coulaient et grésillaient Larmes et Sueurs,
Larmes d’Enfants, Sueurs d’Hommes, Chair engourdie
Dans la Méridienne s’écaillant de Lueurs.
Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs
J’ai posé mes pieds plats pauvre Pêcheur perclus,
Tirant de la Gangue gluante de torpeurs
La Pirogue partant pour tous les Pays perdus
Dans l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.
L’âpre Mur s’est dressé au rouge Crépuscule,
Comme un Mont, Roc rugueux au Soleil rougissant,
Bloc noir de Sang figé où poussaient des Pustules
Alors qu’il fut bâti sur du sang innocent
L’âpre Mur dressé dans le rouge Crépuscule.
Et c’est la Nuit. La noire et froide et vaste Nuit
La noire Nuit où les Voix ont peur d’elles-mêmes;
Les Rumeurs et les Cris, les Sueurs et les Bruits
Engrossent l’âpre Mur de nos âcres Blasphèmes
Dans la noire Nuit, dans la froide et vaste Nuit.
Sur l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.
J’ai collé mon Oreille alourdie et plus lasse,
Pour écouter à travers vos vaines Clameurs
L’Echo d’une Voix, le Bruit d’un Souffle qui passe
Dans l’épais Mur, l’âpre Mur des rauques Rumeurs.
(Birago Diop)
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Publié par arbrealettres le 9 juillet 2010
Vanité
Si nous disons, doucement, doucement
Tout ce qu’un jour il nous faudra bien dire,
Qui donc écoutera nos voix sans rire,
Mornes voix geignardes de mendiants
Qui vraiment les écoutera sans rire?
Si nous crions rudement nos tourments
Depuis toujours montant couche à couche,
Quels yeux regarderont nos larges bouches
Faites au gros rire de grands enfants
Quels yeux regarderont nos larges bouches?
Quel coeur entendrait nos vastes clameurs
Quelle oreille nos colères chétives
Qui restent en nous comme des tumeurs
Dans le fond noir de nos gorges plaintives?
Quand nos Morts sont venus avec leurs Morts
Quand ils nous ont parlé de leurs voix lourdes;
Comme nos oreilles ont été sourdes
A leurs cris, à leurs appels les plus forts
Comme nos oreilles ont été sourdes,
Ils ont laissé sur la Terre leurs cris,
Dans l’air, sur l’eau, ils ont tracé leurs signes
Pour nous Fils aveugles sourds et indignes
Qui ne voyons rien de ce qu’ils ont mis
Dans l’air, sur l’eau où sont tracés leurs signes.
Et puisque nos morts nous sont incompris
Puisque nous n’entendrons jamais leurs cris
Si nous pleurons doucement, doucement
Si nous crions rudement nos tourments
Quel coeur entendra nos vastes clameurs
Quelle oreille les sanglots de nos coeurs?
(Birago Diop)
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Publié par arbrealettres le 9 juillet 2010
Présage
Un soleil tout nu – un soleil tout jaune
Un soleil tout nu d’aube hâtive
Verse des flots d’or sur la rive
Du fleuve tout jaune.
Un soleil tout nu – un soleil tout blanc
Un soleil tout nu et tout blanc
Verse des flots d’argent
Sur le fleuve tout blanc.
Un soleil tout nu – un soleil tout rouge
Un soleil tout nu et tout rouge
Verse des flots de sang rouge
Sur le fleuve tout rouge.
(Birago Diop)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010
Lassitude
Je traîne à chaque pas un boulet trop lourd
Fait de regrets, d’ennuis, de souvenirs moroses;
Mais parfois, remembrant mes plus vieilles amours
Je trouve un doux parfum aux plus tristes des choses.
D’autres fois, le plus souvent quand s’abîme le jour,
Je me sens seul, en proie à un cafard sans cause,
Seul et veule et sans joie, invoquant le secours
D’un sourire défunt qui vaincrait ma névrose.
Étreintes et aveux où donc vous trouvez—vous ?
Sans vous je ne veux que pleurer ma peine amère.
Car le temps est parti portant je ne sais où
Tout ce que j’eus en moi de tendre et de sincère:
Echos d’un murmure et reflets d’un souvenir,
Mes rêves les plus doux, Mes plus fougueux désirs.
(Birago Diop)
Illustration: Bernard Buffet
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010
Sagesse
Sans souvenir, sans désirs et sans haine
Je retournerai là-bas au pays,
Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine
Enterrer tous mes tourments vieillis.
Sans souvenirs, sans désirs et sans haine,
Je rassemblerai les lambeaux qui restent
De ce que j’appelais jadis mon cœur
Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes;
Et si tout n’est pas mort de sa douleur
J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.
Dans le murmure infini de l’aurore
Au gré de ses quatre Vents, alentour
Je jetterai tout ce qui me dévore,
Puis, sans rêves, je dormirai — toujours —
Dans le murmure infini de l’aurore.
(Birago Diop)
Illustration: Alexandre Séon
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010
«À quoi tient l’amour» ?
Aux mots, à leur accent, aux choses,
Aux mille questions que l’on pose,
Au lourd silence inopportun,
Aux rêves qui fuient un à un;
Aux sanglots réduits au silence,
Au lourd silence fait de souffrance,
Aux souffrances faites d’aveux
Qu’on ne dit plus dès qu’on est deux;
À l’aspect des lieux que l’on hante,
Aux mots qu’on ne dit pas, aux mots
Qu’on a dits peut—être trop tôt,
Aux nerfs sensibles d’une amante
Et à l’énervance de l’air
Un soir trop parfumé, trop clair.
(Birago Diop)
Illustration: Fabienne Contat
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