Arbrealettres

Poésie

Archive pour juillet 2010

Morbidesse (Birago Diop)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Morbidesse

Sous l’effet d’une puissante drogue
Je voudrais dormir, dormir
Sans rêves et sans souvenirs
Dans les bras du Temps qui vogue.

Dormir jusqu’à jamais, pour
M’évader de la hantise
Qui peuple et qui brise
Tout ce que j’aimai un jour.

Mon cœur sans libre
Sort de l’amour où
Pour lui tout vibre
Quand rien ne lui est doux.

Et tel le squelette pâle
Du tableau de Goya,
Soulevant la dalle
De sa tombe, il dit: «Nada!».

(Birago Diop)


Illustration: Zhaoming Wu

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Misère (Birago Diop)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Misère

Larme, larme importune
qui choit sans bruit, dans la nuit
Comme un rayon de lune
dans la nuit qui fuit.
Le cœur vaste comme un rêve
un rêve d’enfant
Souffrant ailleurs
Vous pleure
Serments, leurres
des heures
d’antan.

Murmures, murmures indistincts
qu’on égrène sans fin
qu’on égrène en vain
sur les longs chemins,
Sur les chemins indistincts.
Les peines,
Les petites peines,
Les grandes peines
les peines lointaines
Reviennent
Ternir
le souvenir

Plainte, plainte douce
sans cesse envolée
Que pousse
l’âme esseulée
Sur l’aile d’un rêve
Elle crève
Comme le sachet
d’un
parfum
secret.

(Birago Diop)


Illustration: Zhaoming Wu

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Impossibilité (Birago Diop)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Impossibilité

Je voudrais vous dire des choses si tendres,
Vous murmurer des mots si doux,
Que seules les fleurs mortes peuvent entendre
Car c’est tout ce que j’ai de vous.

Je voudrais vous confier mon rêve de folie
Mon beau rêve si insensé,
Hanté par le spectre de la mélancolie
Où viennent sombrer mes pensers.

Je voudrais vous dire pourquoi mon âme pleure
Quand tout aime et refleurit,
Pourquoi elle gémit à la fuite de l’heure
Qui part sans apporter l’oubli.

Je voudrais vous dire comment je vous adore.
Hélas je ne le pourrais pas,
Et c’est en mon rêve qui s’envole à l’aurore
Que je dois le dire tout bas.

(Birago Diop)


Illustration: Zhaoming Wu

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Vernale (Birago Diop)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Vernale

Un sanglot qui se brise
Meurt dans un parfum de lilas,
Une chimère hier exquise
Laisse mon coeur bien las.

L’odeur seule persiste
Sur un bouquet déjà fané
Et mon coeur est triste, triste
comme un coeur de damné.

J’avais fait un beau rêve
Rien qu’un d’amour aujourd’hui.
Mais comme une bulle qu’on crève
Mon rêve s’est enfui.

(Birago Diop)


Illustration

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Femme noire (Léopold Sédar Senghor)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté!
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux.
Et voilà qu’au coeur de l’Eté et de Midi, je te découvre,
Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur,
comme l’éclair d’un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir,
bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs,
savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète,
aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes,
les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.

Délices des jeux de l’Esprit,
les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse
aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres
pour nourrir les racines de la vie.

(Léopold Sédar Senghor)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

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Ce blé criant sa soif (Yves Prié)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Et ce blé criant sa soif
sa fièvre de ne jamais
rompre le chant

(Yves Prié)

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Le livre (Alain Boudet)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Le livre

Le livre qu’elle regardait
rangé très haut sur l’étagère
ouvert pour la première fois
un jour d’effroi
malgré le ciel

Le livre ouvert sur des pays
aux formes simples
transparences

Celui qu’elle prend
toujours surprise

forme et couleur
comme un trésor

Ce livre
est devenu
son Louvre.

(Alain Boudet)

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Envolé sur la lune (Jacqueline Held)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Le L s’est envolé
Sur la lune
Avec
Le léopard limpide,
La libre libellule
Et les lutins ludiques
Pour lire et laisser lire.

(Jacqueline Held)

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P’Oasis (Robert Desnos)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


P’Oasis

De nous naissent les pensées.
- Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

Les mots sont nos esclaves.
- Nous sommes
- Nous sommes
- Nous sommes les lettres arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

Nous n’avons pas d’esclaves. Sœur Anne, ma sœur Anne, que vois-tu venir vers Sainte-Anne ?
- Je vois les Pan C
- Je vois les crânes KG
- Je vois les mains DCD
- Je les M
- Je vois les pensées BC et les femmes ME
et les poumons qui en ont AC de l’RLO
poumons noyés des ponts NMI.
Mais la minute précédente est déjà trop AG.

- Nous sommes les arborescences qui fleurissent sur les déserts des jardins cérébraux.

(Robert Desnos)

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Ce pays reste doux dans le gel (Yves Prié)

Publié par arbrealettres le 8 juillet 2010


Ce pays reste doux dans le gel

Quelque chose comme l’envie
de caresser le silence

et la crainte d’y déranger
le fil du chemin

(Yves Prié)

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