Arbrealettres

Poésie

Archive pour juillet 2010

Les montres molles (Jacqueline Astégiano)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


Les montres molles

Ondulant
Comme la mer
A quoi sert une montre
Puisqu’une heure
Peut être
Ou si courte
ou si longue.

(Jacqueline Astégiano)


Illustration: Salvador Dali

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L’ombre (Valentin Bérestov)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


L’ombre

Qui pourrait t’être plus fidèle
Que ton ombre? C’est toujours elle
Qui te suit partout avec zèle,
Sans qu’on l’appelle -
Plus légère qu’une aile,
Plus douce qu’une tourterelle.
Mais c’est justement elle,
Si docile et fidèle,
Qui ne peut pas t’aider,
Te cacher, te sauver
En plein désert, sous le soleil
Le plus cruel…

(Valentin Bérestov)

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Les mots de couleur (Guenrikh Sapguir)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


Les mots de couleur

L’herbe a des mots tout verts
qui chuchotent dans l’air.

Le vent a des mots bleus
qui sont parfois houleux.

Le soleil à l’aurore
a des mots rouge et or.

Et les mots se répondent
en repeignant le monde.

(Guenrikh Sapguir)

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Le papillon (Guenrikh Sapguir)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


Le papillon

Ce matin dans ma chambre
un papillon
est rentré par la fenêtre
et s’est posé à mon chevet
en déployant ses ailes,
en agitant ses antennes
tout près de ma tête.
Puis il s’est envolé
par la fenêtre…

Que voulait-il me dire,
me confier?

(Guenrikh Sapguir)

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Un Secret (Félix Arvers)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


Un Secret

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère:
Un amour éternel en un moment conçu:
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas! J’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas;

A l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle:
“Quelle est donc cette femme?” et ne comprendra pas.

(Félix Arvers)

Illustration: Fabienne Contat

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Le maître et l’élève (Daniil Kharms)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


Le maître et l’élève

-Y a-t-il quelque chose qui ait le moindre sens
et qui soit capable de changer le cours des évènements,
aussi bien sur terre que dans les autres mondes?
ai-je demandé à mon maître.

-Oui bien sûr, m’a répondu mon maître.
-Qu’est-ce donc?
-C’est…

Soudain mon maître s’est tu.
Debout, plein d’attention, j’attendais
sa réponse …

Nous nous taisions tous les deux
Oui, debout, nous nous taisions tous les deux !

(Daniil Kharms)

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Mon ami Johnnie (Boris Zakhoder)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


Mon ami Johnnie,
Ce petit vaurien,
N’avait rien de rien:
Rien à manger
Rien à se mettre
Rien à penser
Rien à vouloir
Rien à regretter
Rien à craindre
Et rien à perdre…
Un sacré veinard,
Rien à dire!

(Boris Zakhoder)


Illustration

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La première chanson (Valentin Bérestov)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


La première chanson

Il était un iguanodon
Haut et lourd comme une maison,
Qui écoutait un volatile.
Son amie la ptérodactyle.
L’oiseau ne chantait pas, pourtant,
Mais seulement grinçait des dents
Et gémissait horriblement.

L’iguanodon était aux anges
Parce que pour lui tous ces sons,
jamais horribles ni étranges,
Etaient la première chanson
De notre sauvage planète
Encore sans hommes, sans poètes.

(Valentin Bérestov)

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Conte russe (Boris Zakhoder)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


Conte russe

Dans une plaine à l’infini
Tout était blanc absolument,
Les neiges recouvraient la plaine
Depuis l’origine des temps.
Au milieu de la blanche plaine
Se dressait un palais tout blanc:
Toiture et murs, portes de glace
Et grand perron de marbre blanc.

A l’intérieur tous les plafonds
Et le sol allait blanchissant:
Plein de chambres, de salles blanches
Et d’escaliers étincelants.

Là, dans la plus blanche des salles,
Calme et sans souci, tel un loir,
Sur le plus blanc des édredons
Dormait un chat – un chat tout noir.

Plus noir que l’aile d’un corbeau,
De la queue jusqu’au fond du coeur,
Noir par dessus, noir par dessous,
Plus noir encore que la noirceur!

(Boris Zakhoder)

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Dénuement (Armen Lubin)

Publié par arbrealettres le 7 juillet 2010


Dénuement

N’ayant plus de maison ni logis
Plus de chambre où me mettre,
Je me suis fabriqué une fenêtre
Sans rien autour.

(Armen Lubin)


Illustration: René Magritte

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