Archive pour août 2010
Publié par arbrealettres le 26 août 2010
Ma nostalgie n’est pas mienne.
Elle est vieille comme les astres.
Un jour, comme eux,
née du Néant,
du vide illimité.
Le bruissement des arbres,
le roulement de la vague sur le rivage,
les hautes montagnes au loin —
éveillent ma nostalgie.
Mais non pour une chose d’ici.
Pour une autre chose infiniment lointaine,
et d’il y a très, très longtemps —
Longtemps avant la mer, avant les montagnes, avant les vents —
***
Min längtan är inte min.
Den är gammal så som stjärnorna.
Född ur Intet engång
som dc,
ur den gränslösa tomheten.
Suset i träden,
vågens slag mot stranden,
de stora bergen långt borta —
de väcker min längtan.
Men inte till någonting här.
Till något oändligt långt borta,
någonting för länge länge sen —
Långt före havet, långt före bergen, långt före vindarna —
(Pär Lagerkvist)
Illustration: Guillaume Dubufe
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Publié par arbrealettres le 26 août 2010
Là s’avancent au loin par des sentiers bleus
têtes ceintes de couronnes d’argent
des être majestueux que jamais personne ne vit —
Là des rois soulèvent la couronne royale
et de lumière inconnue scintillent ses pierres
et tout est aube et première fois,
matin éternel et soleil levant.
***
Där vandrar fjärran på blåa stigar
med huvud krönta av silverkronor
gestalter höga som ingen skådat —
Där lyfter konungar kungakronan
och okänt ljus i dess stenar glimmar
och allt är morgon och första gång,
en evig morgon och soluppgång.
(Pär Lagerkvist)
Illustration: William Turner
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Publié par arbrealettres le 26 août 2010
J’écoute le vent, il efface mes traces.
Le vent qui ne se souvient de rien
et ne comprend ce qu’il fait ni ne s’en inquiète,
mais qui est si beau à écouter.
Le vent doux,
doux comme l’oubli.
Lorsque poindra l’aube nouvelle
je poursuivrai ma route.
Dans l’aube sans vent j’entamerai la marche à nouveau
posant mon tout premier pas
dans le sable merveilleusement intact.
***
Jag lyssnar till vinden som sopar igen mina spår.
Vinden som ingenting minns
och som inte alls förstår eller bryr sig om vad den gör,
men som är så vacker att lyssna ti ll .
Den mjuka vinden,
mjuk som glömskan.
När den nya morgonen gryr
skall jag vandra vidare.
I den vindstilla gryningen skall jag börja vandringen på nytt
med det allra första steget
i den underbart orörda sanden.
(Pär Lagerkvist)
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Publié par arbrealettres le 26 août 2010
Toi, voie lactée couvrant la solitude de l’âme,
Toi, attente infinie.
Brûle, brûle longtemps après moi,
longtemps encore quand je ne serai plus,
moi qui jamais ne pus gravir ton arche.
Brûle pour le peuple qui un jour surgira des espaces
et qui passera sans crainte au-dessus des abîmes
sur un pont d’étoiles.
***
Du vintergata över själens ensamhet,
du eviga längtan.
Brinn, brinn långt efter mig,
långt efter att jag inte finns,
jag som aldrig fick bestiga din bro.
Brinn för det folk som skall komma vandrande engång
genom rymderna,
som skall vandra tryggt över avgrunden på en bro av stjärnor.
(Pär Lagerkvist)
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Publié par arbrealettres le 26 août 2010
Je suis celui qui continue
lorsque tu t’attardes,
qui sort dans la nuit
lorsque tu te livres au repos.
Qui ouvre la porte sur l’obscurité
et poursuit sa route,
vers les ténèbres et les étoiles
qui poursuit sa route.
Sur un sentier incertain,
un sentier qui peut-être n’existe pas,
je t’abandonne.
***
Jag är den som fortsätter
när du dröjer kvar,
som stiger ut i natten
när du går till vila.
Som öppnar porten till mörkret
och går vidare,
till mörkret och stjärnorna
och går vidare.
På en oviss stig,
en stig som kanske inte alls finns,
överger jag dig.
(Pär Lagerkvist)
Illustration: Olivier Gingras
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Publié par arbrealettres le 26 août 2010
Éphémère comme un coquelicot, comme le pli
dans le vêtement de celui qui marche
un voyageur inconnu
vers un but inconnu.
Qui suis-je?
Comme la flexion d’un brin d’herbe sous le vent.
Lorsqu’il se relève rien ne s’est passé,
absolument rien.
Mais qui est-il, le voyageur?
Celui qui n’est pas éphémère comme moi.
J’interroge. Mais comment pourrait-il m’expliquer?
Tout m’est incompréhensible
sous un ciel criblé d’étoiles.
***
Tillfällig som en vallmo, som vecket i en vandrandes kläder,
en okänd vandrare
med ett okänt mål.
Vem är jag?
Som ett grässtrås böjning i vinden.
När det reser sig igen har ingenting hänt,
ingenting som helst.
Men vem är han, vandraren?
Han som inte är tillfällig som jag.
Jag frågar. Men hur skulle han kunna förklara det för mig?
Obegripligt är mig allting
under en himmel fullskriven med stjärnor.
(Pär Lagerkvist)
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Publié par arbrealettres le 26 août 2010
Je ne sais pas danser sur mes Orteils —
Nul Homme ne m’a instruite —
Mais maintes fois, en pensée,
Une Jubilation me saisit,
Qui si j’étais Experte en Ballet —
Se traduirait en Cabriole
À faire pâlir une Troupe —
Ou rendre une Étoile, folle,
Et sans avoir de Robe de Tulle —
Ni de Frisottis, sur la Tête,
Ni sautiller pour des Publics — comme un Oiseau —
Une Griffe en l’Air —
Ni lancer mon corps en Boules d’Eider,
Ni rouler sur des roues de neige
Avant d’être hors de vue, dans le son,
Tant la Salle m’acclame —
Ni que l’on sache que je sais l’Art
Dont je parle — à l’aise — Ici —
Ni qu’aucune Affiche ne me vante —
C’est plein comme l’Opéra —
***
I cannot dance opon my Toes —
No Man instructed me —
But oftentimes, among my mind,
A Glee possesseth me,
That had I Ballet Knowledge —
Would put itself abroad
In Pirouette to blanch a Troupe —
Or lay a Prima, mad,
And though I had no Gown of Gauze —
No Ringlet, to my Hair,
Nor hopped for Audiences — like Birds —
One Claw opon the air —
Nor tossed my shape in Eider Balls,
Nor rolled on wheels of snow
Till I was out ofsight, in sound,
The House encore me so —
Nor any know I know the Art
I mention — easy — Here —
Nor any Placard boast me —
It’s full as Opera —
(Emily Dickinson)
Illustration: Edgar Degas
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Son ombre tomba sur la terre.
Passait-il dehors dans la clarté des étoiles?
Devant notre campement en route
vers autre chose que nous?
Son ombre tomba sur nos tentes
et nous fûmes réveillés dans la nuit
comme par une forte lueur.
Son ombre n’est pas lui,
mais la lumière se fit dans les tentes.
Cette nuit-là nous restâmes sans dormir.
***
Hans skugga föll över jorden.
Gick han förbi ute i stjärnljuset?
Förbi vår boplats på väg till någonting annat än vi?
Hans skugga föll över våra tält
och vi vaknade i natten som av ett starkt sken.
Hans skugga är inte han,
men det blev ljust i tälten.
Den natten kunde vi inte sova mer.
(Pär Lagerkvist)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Martinet aux ailes trop larges,
qui vire et crie sa joie autour de la maison.
Tel est le coeur.
Il dessèche le tonnerre.
Il sème dans le ciel serein.
S’il touche au sol, il se déchire.
Sa repartie est l’hirondelle.
Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour?
Sa pause est au creux le plus sombre.
Nul n’est plus à l’étroit que lui.
L’été de la longue clarté,
il filera dans les ténèbres,
par les persiennes de minuit.
Il n’est pas d’yeux pour le tenir.
Il crie, c’est toute sa présence.
Un mince fusil va l’abattre.
Tel est le coeur.
(René Char)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Sois soumis, mon chagrin, puis dans ton coin sois sourd.
Tu la voulais la nuit, la voilà, la voici:
Un air tout obscurci a chu sur nos faubourgs,
Ici portant la paix, là-bas donnant souci.
Tandis qu’un vil magma d’humains, oh, trop banals,
Sous l’aiguillon Plaisir, guillotin sans amour,
Va puisant son poison aux puants carnavals,
Mon chagrin, saisis-moi la main; là, pour toujours,
Loin d’ici. Vois s’offrir sur un balcon d’oubli,
Aux habits pourrissants, nos ans qui sont partis;
Surgir du fond marin un guignon souriant;
Apollon moribond s’assoupir sous un arc,
Puis ainsi qu’un drap noir traînant au clair ponant,
Ouïs, Amour, ouïs la Nuit qui sourd du parc.
(Georges Perec)
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