Archive pour août 2010
Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Cet arbre et son frémissement
forêt sombre d’appels,
de cris,
mange le coeur obscur de la forêt.
Vinaigre et lait, le ciel, la mer,
la masse épaisse du firmament,
tout conspire à ce tremblement,
qui gîte au coeur épais de l’ombre.
Un coeur qui crève, un astre dur
qui se dédouble et fuse au ciel,
le ciel limpide qui se fend
à l’appel su soleil sonnant,
font le même bruit, font le même bruit,
que la nuit et l’arbre au centre du vent.
(Antonin Artaud)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.
(Pierre de Marbeuf)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
C’est l’histoire de nos bontés
qui rend ce monde tolérable,
et rien d’autre.
Si ce n’était cela,
l’effet des bonnes paroles,
des bons regards, des bonnes lettres,
j’aurai tendance à considérer cette vie
comme une farce du plus mauvais goût.
(Robert Louis Stevenson)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Je voulais savoir
mais ne pus qu’interroger,
je voulais la lumière
mais ne pus que brûler.
Je demandais l’inexprimable
et ne pus que vivre.
Je me plaignis.
Mais personne ne me comprit.
***
Jag ville veta
men fick bara fråga,
jag ville ljus
men fick bara brinna.
Jag begärde det oerhörda
och fick bara leva.
Jag beklagade mig.
Men ingen förstod vad jag mente.
(Pär Lagerkvist)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Découvre ton énigme, petit frère,
que je berce ce soir sous les étoiles.
Les cieux s’assombrissent et le monde est vaste,
le berceau est suspendu aux étoiles.
Découvre ton énigme, la tienne et la mienne,
ensuite tu pourras t’endormir doucement
enveloppé des plus beaux rêves
et rien ne te blessera plus.
***
Gissa din gåta, lillebror,
som jag vaggar i kväll under stjärnor.
Himlarna mörknar och världen är stor,
vaggan är upphängd i stjärnor.
Gissa din gåta, din och min,
och sen kan du somna så stilla
i dina vackraste drömmar in
och intet skall göra dig illa.
(Pär Lagerkvist)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Ô homme, ô puits où se mirent les étoiles.
Combien de fois du regard n’ai-je sondé ta profondeur
et cherché à déchiffrer le double sens de ton énigme.
Combien de fois n’ai-je voulu me désaltérer de clarté,
de certitude
à cette eau impure, profonde,
si bien faite pour refléter les étoiles
mais non pour apaiser la soif et l’angoisse de l’âme.
Ton breuvage est éventé et tes profondeurs troubles
et la brillance de l’étoile n’est chez toi qu’empruntée.
Et pourtant — l’énigme du firmament entier
n’est rien comparée à l’énigme de ton miroir.
***
O människa, du brunn där stjärnor speglas.
Hur ofta stod jag inte och såg ner i djupet
och sökte tyda gåtans dubbla mening.
Hur ofta ville jag ej dricka klarhet, visshet
ur detta icke rena, djupa vatten,
så lämpligt till att spegla stjärnor på sin yta,
men inte till att lindra själens törst och vånda.
Din dryck är unken och ditt djup är grumligt
och stjärnans ljus hos dig är bara l?nat.
Och änd? — hela stjärnevalvets gåta
är ingenting mot gåtan i din spegel.
(Pär Lagerkvist)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Environnée de vide
comme une constellation,
avec d’infinies distances entre ses points de lumière,
entre ses apparitions hors le temps.
Ainsi vit en parfait équilibre,
en une perfection de mort,
la Vérité sur le grand Néant.
L’âme du Vide.
Comme une constellation
portant nom d’une divinité oubliée.
***
Omgiven av tomhet
så som en stjärnbild av rymden,
med oändliga avstånd mellan sina ljuspunkter,
mellan de tidlösa uppenbarelserna av sig själv.
Så lever i fullkomlig jämvikt,
i död fulländning,
Sanningen om det stora Intet.
Tomhetens själ.
Så som en stjärnbild
med en bortglömd gudomlighets namn.
(Pär Lagerkvist)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
L’imagination est l’hôte de l’inconnaissable
Ayant plongé au fond de l’inconnu
Elle en revient en poèmes chez les humains
Leur dit avec les images
C’est inimaginable mais c’est comme ça
(Michel Deguy)
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Publié par arbrealettres le 25 août 2010
Le principe est celui de l’hospitalité
La poésie est l’hôte (du poème) de la circonstance
Quelle est la circonstance?
Mais voici l’essence de l’hôte:
On ne sait pas QUI c’est
(Michel Deguy)
Illustration: Jean-Auguste Dominique Ingres
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