Arbrealettres

Poésie

Archive pour août 2010

Le sens du combat (Michel Houellebecq)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


Le sens du combat

Le jour monte et grandit, retombe sur la ville
Nous avons traversé la nuit sans délivrance
J’entends les autobus et la rumeur subtile
Des échanges sociaux. J’accède à la présence.

Aujourd’hui aura lieu. La surface invisible
Délimitant dans l’air nos êtres de souffrance
Se forme et se durcit à une vitesse terrible;
Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

Nous avons traversé fatigues et désirs
Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance
Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
Nous sommes prisonniers de notre transparence.

Au long de ces journées où le corps nous domine
Où le monde est bien là, comme un bloc de ciment,
Ces journées sans plaisir, sans passion, sans tourment,
Dans l’inutilité pratiquement divines

Au milieu des herbages et des forêts de hêtres,
Au milieu des immeubles et des publicités
Nous vivons un moment d’absolue vérité :
Oui le monde est bien là, et tel qu’il paraît être.

Les êtres humains sont faits de parties séparables,
Leur corps coalescent n’est pas fait pour durer
Seuls dans leurs alvéoles soigneusement murés
Ils attendent l’envol, l’appel de l’impalpable.

Le gardien vient toujours au coeur du crépuscule;
Son regard est pensif, il a toutes les clés,
Les cendres des captifs sont très vite envolées;
Il faut quelques minutes pour laver la cellule.

(Michel Houellebecq)

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Comme un ceil (Ludovic Janvier)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


Comme un oeil

Le rien à faire à la taille du vent
les gris les rauques au silence impossible
les cris d’enfants qui dansent le départ
les vols de mouettes aux longs temples de bleu
ce temps couché dont la mer est la table
lorsque debout dans l’éternel retour
jambe tendue tu cherches à déchiffrer
comme en rêvant la figure du sable
ou pris de sel couché dans les éclats
entre le ciel et l’ombre sous les ombres
nageur tu gagnes et tu fends la fraîcheur
le corps dans l’eau comme un oeil grand ouvert

(Ludovic Janvier)

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Doucement avec l’ange (Ludovic Janvier)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


Doucement avec l’ange
Pense à tes grimaces de fou entre tes murs
à ta passion d’enfant puni pour le rien faire
à la honte de ton nom la honte de parler
à tes hurlements de rage en direction du monde
à tes longs pets les soirs de contrariété
au désespoir de jamais réussir à être toi
à tous ces ratés queue en main bel étonné
aux hommes évalués d’un sale oeil tout rancune
à ton envie quelquefois de mordre en pleine chair
à tes sursauts de peur au moindre bruit dans le silence
à tes adieux de lâche aux femmes abandonnées
à tes injures en secret vers les contradicteurs
aux bestioles massacrées à tes coups de pied au chien
à tes stations devant la glace en murmurant pauvre con
alors doucement avec l’ange hein doucement

(Ludovic Janvier)


Illustration

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Levée de nous (Ludovic Janvier)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


Levée de nous tu quittes la chaleur
où nous étions couchés à nous tenir
d’une enjambée tu donnes à voir et tu reprends
offrant le clair de toi offrant le sombre
emportés par ton allure mais suspendus
avec l’odeur qui m’abandonne pour te suivre
nue à trois pas de l’instant qui tremble
tu poses en équilibre entre le monde et moi
souriante à caresser du geste le regret
dans l’air ténu penche-toi que je désespère
un peu plus de te voir là qui recommences
en essayant sur moi le pouvoir d’apparaître

(Ludovic Janvier)

Illustration Pierre Pelot

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À chaque pas (Ludovic Janvier)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


À chaque pas lent hors des pas
hors des pas hors du paysage
on tire à chaque pas trop lent
hors de soi toute l’image
pour aller vers le souvenir
voyageur qui recule en avant
sans bouger de l’énorme instant
dont chaque pas à chaque pas nous sépare

(Ludovic Janvier)

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Sous ton cri (Ludovic Janvier)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


Sous ton cri

Pas seulement ton cri mais le oui sous ton cri
pas seulement le oui mais le ciel sous le oui
pas seulement le ciel mais l’écho sous le ciel
pas seulement l’écho mais la nuit sous l’écho
pas seulement la nuit mais la soif sous la nuit
pas seulement la soif mais le bleu sous la soif
pas seulement le bleu mais l’ombre sous le bleu
l’ombre pas seulement mais le rire sous l’ombre
et sous le rire la campagne en plein été

(Ludovic Janvier)

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Femmes qui passent (Ludovic Janvier)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


Femmes qui passent
Femmes qui passent ne veut pas dire
qu’elles passent au large de moi
mais qu’elles passent à travers moi
regards allures et parfums
en y laissant de multiples traces
aussitôt gonflées comme un plumage
lequel tarde à se refermer

(Ludovic Janvier)

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Je suis un homme meurtri (Franck Venaille)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


Je suis un homme meurtri
Les blessures, cette anxiété qui jamais ne me quitte
La chair la nuit la nudité des corps m’obsèdent
L’appréhension est un rongeur circulant dans mes
poumons
la gueule pleine
Faut-il le dire?
Quand cessera, quand prendra fin ce temps d’épuisement?
Déjà ce corps flottant, déjà
d’amers pressentiments de bras en croix
Par la vie entière!
Je suis un homme meurtri

(Franck Venaille)


Illustration

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La mer est la main universelle (Charles Dantzig)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


La mer est la main
universelle
caressant les corps elle
hérisse les puristes
qui veulent femmes en bure et corps vêtus

voyez d’en haut le nageur avançant
son corps teinté d’ondulations blanches
c’est le passage du plaisir
la mer est la caresse
universelle

(Charles Dantzig)

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Les miroirs (Charles Dantzig)

Publié par arbrealettres le 24 août 2010


Les miroirs rêvent
qu’on les admire.

(Charles Dantzig)

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