Arbrealettres

Poésie

Archive pour août 2010

Qu’est-ce qu’on n’emportera pas au paradis ?(Jo Hoestlandt)

Publié par arbrealettres le 22 août 2010

P

Qu’est-ce qu’on n’emportera pas
Au paradis ?
On n’emportera pas la pauvreté,
Ni les pleurs, ni les peines,
Ni les problèmes.
On n’emportera pas les punitions,
Ni la peste, ni les prisons,
Ni la poudre à canon.

Alors, qu’emportera-t-on au paradis ?
Un peu de pluie,
Juste un peu de pluie
Pour la poésie.

(Jo Hoestlandt)


Illustration: Marc Chagall

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Je divague (Alain Jégou)

Publié par arbrealettres le 22 août 2010


Je divague.
J’erre de vague en vague
et cherche mon amer,
mon aber,
mon havre calfeutré
dans sa cotte de pensées.
La solitude me sied.
Je n’appelle plus personne.
Personne ne m’appelle.
Plus de liens.
Plus de chaleur.
Plus de cœur.
Plus de chair.
Plus de désirs.
Plus d’âme.
Plus de pensées torves
et tourmenteuses.
Donc plus de souffrances ni de nausées.
Plus rien que la mer spacieuse
et silencieuse.
Elle, éternelle, inébranlable,
et moi
qui ne me sentirait jamais aussi vivant
que lorsqu’elle m’accorde
ses plus tendres et sensuels effleurements.

(Alain Jégou)


Illustration: Clark Little

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Les grenouilles (Gérard Le Gouic)

Publié par arbrealettres le 22 août 2010


Dans l’âtre au centre des eaux
où brûlent des feuillages de galaxies,
des sarments de nébuleuses,

les grenouilles ont des poses
de grillon

(Gérard Le Gouic)

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Baume (Birago Diop)

Publié par arbrealettres le 20 août 2010


Baume

Voici aux primes averses
Les mots fanés, les mots flétris
Dont jadis nous fûmes nourris
Qui renaissent et nous bercent.

Et sur la sente que traverse
Le ruisseau si longtemps tari
Remontent les bruits désappris
Les sons qui passent et nous percent.

A nouveau tout va se remplir
De l’arôme des souvenirs
Mois vides et semaines mornes,

Passé si loin, passé si près
Que jalonnaient, tristes cyprès,
Les jours faits de rêves sans bornes.

(Birago Diop)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Sympathie (Birago Diop)

Publié par arbrealettres le 20 août 2010


Sympathie

Abreuvés aux mêmes rivages
Et nourris aux mêmes festins,
Victimes des mêmes breuvages
Nous eûmes les mêmes destins.

Maintenant meurtris seuls et sages
Assis au bord des longs chemins
Nous cherchons les jeunes visages
Qui charmèrent nos beaux matins.

Les pas traînants et lents des heures
Qui hantent le soir nos demeures
Bercent parfois l’atroce ennui;

Et les silences de la nuit
Sur la rumeur des jours enfuis
Tissent un linceul à nos leurres.

(Birago Diop)


Illustration: Gilbert Garcin

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Les yeux secs (Birago Diop)

Publié par arbrealettres le 20 août 2010


Les yeux secs

Les yeux secs qu’aucun pleur n’humecte
Défendant au soleil d’entrer
Dans l’âme où le spleen se délecte
Des plus sombres pensera.

Ils ne brillent plus de la flamme
Qui consume tout en dedans
Et l’on peut mentir à la Femme
Lui mentir aisément.

Hélas les larmes non tombées
Peu à peu corrodent le cœur
Comme une pierre imbibée
D’infernales liqueurs.

Le pleur qui n’a pas chu augmente
La sourde rumeur des sanglots
Et la rumeur monte pesante
Ainsi qu’un lourd fardeau.

(Birago Diop)

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Le monde m’apparaît à l’envers! (Kabîr)

Publié par arbrealettres le 20 août 2010


O Yogî, réfléchis à cette sagesse—là:
Ceux qui sont montés dans la barque se sont noyés,
ceux qui sont restés sans appui ont traversé!

Ceux qui marchaient hors du chemin ont atteint la ville,
ceux qui suivaient la route se sont perdus!
Tous ont été liés des mêmes liens:
qui donc est lié, qui donc est libre?

Ceux qui étaient dans la maison ont été trempés,
ceux qui sont restés dehors ont été au sec!
Ceux qui ont été blessés à la tête sont restés joyeux,
ceux qui ont été épargnés sont affligés!

Ceux qui ont perdu la vue contemplent le monde entier,
ceux qui ont des yeux pour voir sont aveuglés!
Dit Kabîr, voilà ma pensée: le monde m’apparaît à l’envers!

(Kabîr)


Illustration: Gilbert Garcin

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Immobiles (Kabîr)

Publié par arbrealettres le 20 août 2010


Cupidité et égarement sont les deux poteaux,
où la balançoire de l’Esprit est suspendue,
Tous les êtres du monde s’y balancent,
et il n’est pas de lieu stable.

Les sages se balancent avec leur sagesse,
rois et sujets se balancent,
Le soleil et la lune se balancent,
et nul n’a deviné le mystère.

Les myriades d’êtres vivants se balancent,
tandis que la Mort médite:
Des millions d’âges sont passés,
et jamais elle n’a essuyé une défaite!

La terre et le ciel se balancent,
l’eau et le vent se balancent,
Hari Lui-même revêt un corps pour entrer dans la danse,
mais les «parfaits» contemplent immobiles, dit
Kabîr.

(Kabîr)


Illustration

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Le Singe, est éveillé (Kabîr)

Publié par arbrealettres le 20 août 2010


Tous sont égarés, nul n’est éveillé,
Ainsi le Voleur en profite pour piller la maison!

Les Pandit se sont égarés en lisant les Purâna,
Les Yogî se sont égarés dans leurs méditations;

Les ascètes se sont égarés dans leur orgueil,
Les pénitents se sont égarés dans leurs pratiques de pénitence;

Seuls sont éveillés Cukadeva, Udhâva, Akrûra,
Hanumat, le Singe, est éveillé

(Kabîr)

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Ce sera l’Été — tôt ou tard (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 20 août 2010


Ce sera l’Été — tôt ou tard.
Des Dames — avec ombrelles —
Des Messieurs flânant — avec Cannes —
Des Fillettes — avec Poupées —

Coloreront le paysage blême —
Comme un éclatant Bouquet -
Bien que le Bourg, sous du Paros -
En ce jour — soit enseveli —

Les Lilas — ployant depuis mainte année —
Balanceront leur fardeau pourpre -
Les Abeilles — ne bouderont pas le chant -
Qu’ont bourdonné — leurs Ancêtres —

L’Églantine — rougira au Marais —
L’Aster — sur la Colline
Lancera — sa mode éternelle —
La Gentiane — ses plissés —

Puis l’Été repliera son miracle —
Comme les Femmes — plient — leur Robe -
Ou les Prêtres — rangent les Symboles —
Le Sacrement — administré —

***

It will be Summer — eventually.
Ladies —- with parasols —
Sauntering Gentlemen — with Canes —
And little Girls — with Dolls —

Will tint the pallid landscape -
As ’twere a bright Boquet —
Th0’ drifted deep, in Parian —
The Village lies — today —

The Lilacs — bending many a year —
Will sway with purple load —
The Bees — will not despise the tune —
Their Forefathers — have hummed —

The Wild Rose — redden in the Bog —
The Aster — on the Hill
Her everlasting fashion — set —
And Covenant Gentians — frill —

Till Summer folds her miracle —
As Women — do — their Gown —
Or Priests — adjust the Symhols —
When Sacrement — is done —

(Emily Dickinson)


Illustration: Claude Monet

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