Arbrealettres

Poésie

Archive pour août 2010

La Différence (Jean-Pierre Siméon)

Publié par arbrealettres le 19 août 2010


La Différence

Pour chacun une bouche deux yeux
deux mains deux jambes

Rien ne ressemble plus à un homme
qu’un autre homme

Alors
entre la bouche qui blesse
et la bouche qui console

entre les yeux qui condamnent
et les yeux qui éclairent

entre les mains qui donnent
et les mains qui dépouillent

entre le pas sans trace
et les pas qui nous guident

où est la différence
la mystérieuse différence ?

(Jean-Pierre Siméon)

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Les mlaisirs les plus himples (Jean Guichard-Meili)

Publié par arbrealettres le 19 août 2010


Les mlaisirs les plus himples

Il a passé une femise blanfe
mis un vlip propre
revêtu son nostume vert mistache
noué une bravate à quois
enfilé ses xaussures pernies
et puis il est sorti dans la lue
tout content sous le joleil

simplement parce qu’il était teureux de bibre
et qu’il faisait très meau.

(Jean Guichard-Meili)

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Vous qui me lisez (Robert Sabatier)

Publié par arbrealettres le 19 août 2010


Vous qui me lisez

Vous qui lisez mon poème peut-être
vous croyez-vous dans mon intimité.
Détrompez-vous car je suis dans la vôtre
et j’ai grand peur d’être bien indiscret.

Rien, je n’ai rien à vraiment vous apprendre.
Vous savez tour puisque vous existez
du matin pâle à la nuit vagabonde,
d’un jour à l’autre au fil de votre vie.

Rejetez-moi car je suis inutile
avec ces mots mille fois répétés.
Abreuvez-vous à votre propre source,
Elle est plus pure ici-bas que mon encre.

Rejetez-moi comme une peau d’orange.
Eh bien!
C’est fait.
Déjà vous me quittez.

(Robert Sabatier)

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Marée descendante (Katell Antoine)

Publié par arbrealettres le 19 août 2010


marée descendante
calligraphies d’algues
grandes laminaires
aux alifs tremblés

(Katell Antoine)


Illustration

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Je sais un lieu où l’Été lutte (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 18 août 2010


Je sais un lieu où l’Été lutte
Contre un Gel si expert —
Que — tous les ans — ramenant ses Pâquerettes —
Elle note en bref — «Perdues» -

Mais quand le Vent du Sud éveille les Étangs
Et se démène sur les chemins —
Son Cœur La trahit, touchant Son Serment —
Et dans le giron Adamantin

Elle verse de doux Refrains —
Des épices — et la Rosée —
Qui sans bruit se fige en Quartz —
Sur son Chausson Ambré —

***

I know a place where Summer strives
With such a practised Frost —
She — each year — leads her Daisies hack —
Recording briefly — “Lost” —

But when the South Wind stirs the Pools
And struggles in the lanes —
Her Heart misgives Her, for Her Vow —
And she pours soft Refrains

Into the lap of Adamant —
And spices — and the Dew —
That stiffens quietly to Quartz —
Opon her Amber Shoe —

(Emily Dickinson)


Illustration

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Comme des Fleurs, ayant ouï parler de Rosées (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 18 août 2010


Comme des Fleurs, ayant ouï parler de Rosées,
Sans penser que cette humide couronne
Attendait leur — humble Front —

Ou des Abeilles – prenant le nom de l’Été
Pour la rumeur d’un Délire
Dont nul Été — ne Les pourrait — emplir —

Ou d’Arctiques Créatures, troublées —
Par l’Accent Tropical — qu’à la Forêt
Apporte l’Oiseau Voyageur —

Ou le vif signal du Vent à l’Oreille —
Rendant banal, et austère,
Ce qui, connu, comblait hier —

Le Ciel – à l’improviste advient
Aux Vies qui croyaient l’Adoration
Un trop présomptueux Psaume -

***

Like Flowers, that heard the news of Dews,
But never deemed the dripping prize
Awaited their — low Brows —

Or Bees — that thought the Summer’s name
Some rumor of Delirium,
No Summer — could — for Them —

Or Arctic Creatures, dimly stirred -
By Tropic Hint — some Travelled Bird
Imported to the Wood —

Or Wind’s bright signal to the Ear —
Making that homely, and severe,
Contented known, before —

The Heaven — unexpected come,
To Lives that thought the Worshipping
A too presumptuous Psalm —

(Emily Dickinson)

Illustration: William Blake

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L’Âme connaît des moments de Garrot (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 18 août 2010


L’Âme connaît des moments de Garrot —
Où figée par l’effroi —
Elle sent qu’une Horreur sans nom approche
Et s’arrête pour la fixer —

La saluer, de ses longs doigts —
Caresser ses cheveux froids —
Boire, Gnome, aux lèvres mêmes
Sur quoi — planait — l’Amant -—
Une infâmie, que si vile pensée
Aborde un si — beau — Thème —

L’Âme connaît des moments d’évasion —-
Où enfonçant toutes les portes —
Elle danse, dans les airs, comme une Bombe
Et se balance sur les Heures,

Comme, longtemps Cloîtrée loin de sa Rose -
L’Abeille — en son vol de délire -
Touche à la Liberté — oubliant tout —
Sauf Midi, et le Paradis -

Mais les moments de reprise —
Où, Criminelle qu’on emmène,
Avec des fers à ses pieds emplumés
Et des rivets, dans son chant,

L’Horreur l’étreint à nouveau, ces moments
Quelle Langue peut les hurler —

***

The Soul has Bandaged moments —
When too appalled to stir —
She feels some ghastly Fright come up
And stop to look at her —

Salute her, with long fîngers —
Caress her freezing hair —
Sip, Goblin, from the very lips
The Lover — hovered — 0′er —
Unworthy, that a thought so mean
Accost a Theme — so — fair —

The Soul has moments of escape —
When bursting all the doors —
She dances likes a Bomb, abroad,
And swings upon the Hours,

As do the Bee — delirious borne —-
Long Dungeoned from his Rose —
Touch Liberty — then know no more —
But Noon, and Paradise —

The Soul’s retaken moments —
When, Felon led along,
With shackles on the plumed feet,
And staples, in the song,

The Horror welcomes her, again,
These, are not brayed of Tongue -

(Emily Dickinson)


Illustration: William Blake

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Un Oiseau, avança dans l’Allée (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 18 août 2010


Un Oiseau, avança dans l’Allée —
Je le voyais à son insu -
De son bec il coupa un Lombric
Qu’il avala, tout cru,

Puis, sur une Herbe à portée
Il but de la Rosée -
Puis, sautillant de biais jusqu’au Mur,
S’effaça devant un Scarabée -—

Il lançait des regards très vifs,
En hâte, tout alentour —
Ses yeux semblaient des Perles effarées,
Il secoua sa Tête de Velours. —

Comme en péril, Circonspect,
]e lui offris une Miette,
Alors il déplia ses plumes
Et rama vers son Nid -

Plus doucement que Rames, de l’Océan
Divisent l’argent lisse,
Ou que des Rives de Midi, plongent
Les Papillons, sans clapotis.

***

A Bird came down the Walk —
He did not know I saw —
He hit an Angle Worm in halves
And ate the fellow, raw,

And then, he drank a Dew
From a convenient Grass —
And then hopped sidewise to the Wall
To let a Beetle pass —

He glanced with rapid eyes,
That hurried all abroad —
They looked like frightened Beads, I though,
He stirred his Velvet Head —

Like one in danger; Cautious,
I offered him a Crumb,
And he unrolled his feathers,
And rowed him softer Home —

Than Oars divide the Ocean,
Too silver for a seam,
Or Butterflies, off Banks of Noon,
Leap, plashless as they swim.

(Emily Dickinson)


Illustration

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Doux scepticisme du Cœur (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 17 août 2010


Doux scepticisme du Cœur —
Qui sait — et ne sait pas —
Oscille comme une Flotte Balsamique —
Assaillie par la neige —
Invite et puis retarde la vérité
De crainte que le Sûr ne s’use
Comparé aux affres exquises
D’une extase que la Peur aiguise —

***

Sweet skepticism of the Heart —
That knows — and does not know —
And tosses like a Fleet of Balm -
Affronted by the snow —
Invites and then retards the truth
Lest Certainty he sere
Compared with the delicious throe
Of transport thrilled with Fear —

(Emily Dickinson)


Illustration: Katerina Belkina

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Eblouissante douceur (Joseph Paul Schneider)

Publié par arbrealettres le 17 août 2010


Eblouissante
douceur
du
silence

(Joseph Paul Schneider)

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