Archive pour août 2010
Publié par arbrealettres le 29 août 2010
Qui meurt? qui naît?
qui donc obtient le ciel ou l’enfer?
Les cinq éléments sont issus de l’Inconnaissable,
ensemble ils ont habité,
Puis ils se sont séparés et l’être s’est résorbé dans l’Absolu,
toute différence et tout désir étant abolis.
La jarre est dans l’eau, l’eau dans la jarre,
au-dehors et au-dedans, rien que de l’eau,
La jarre s’est brisée et l’eau s’est mêlée à l’eau :
O Sages, dites-moi, quelle est donc cette Réalité?
A l’origine, rien que l’espace, à la fin, rien que l’espace,
au milieu, rien que l’espace, ô Frère,
Dit Kabîr : qui donc est victime du karman?
Vaine est votre crainte!
(Kabîr)
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Publié par arbrealettres le 29 août 2010
Quand il n’y avait ni air ni eau,
Alors, qui créa l’univers?
Alors il n’y avait ni bouton ni fleur,
Alors il n’y avait ni sein, ni semence.
Alors il n’y avait ni science, ni Véda,
Alors il n’y avait ni parole, ni saveur,
Alors il n’y avait ni corps, ni âme,
Ni terre, ni ciel!
Alors, il n’y avait ni Guru, ni disciple,
Ni Accessible, ni Inaccessible, ni deux Chemins!
Comment décrire la nature de l’Inconnaissable,
qui n’a ni village ni demeure?
Celui qui apparaît à la fois comme Qualifié et Non-qualifé,
comment L’appellerai-je?
(Kabîr)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 29 août 2010
Mon affaire
est la circonférence
(Emily Dickinson)
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Publié par arbrealettres le 28 août 2010

Tout objet de beauté est une joie éternelle :
Le charme en croît sans cesse; jamais
Il ne glissera dans le néant, mais il gardera toujours
Pour nous une paisible retraite, un sommeil
Habité de doux songes, plein de santé, et qui paisiblement
respire.
Aussi, chaque matin, tressons-nous
Des guirlandes de fleurs pour mieux nous lier à la terre,
Malgré les désespoirs et la cruelle disette
De nobles natures, malgré les sombres journées
Et tous les sentiers malsains et enténébrés
Ouverts à notre quête; oui, malgré tout cela,
Une forme de beauté écarte le suaire
De nos âmes endeuillées. Tels sont le soleil, la lune,
Les arbres vieux ou jeunes qui offrent le bienfait de leurs
printaniers ombrages
Aux humbles brebis; tels sont encore les narcisses
Et le monde verdoyant où ils se logent, les ruisseaux
limpides
Qui se bâtissent un frais couvert
En vue de l’ardente saison, le taillis au fond des bois,
Richement parsemé de la splendeur des roses musquées;
Telle, aussi, la magnificence des hautes destinées
Que nous avons rêvées pour les plus grands des morts;
Tels, encore, tous les contes charmants lus ou entendus,
Fontaine intarissable d’un breuvage immortel
Qui s’épanche en nos coeurs du bord même des cieux.
Et ce n’est pas seulement pendant une heure brève
Que nous pénètrent ces essences; non, comme les arbres
Qui chuchotent autour du temple sont bientôt devenus
Aussi précieux que le temple lui-même; ainsi, la lune,
La poésie — cette passion — merveilles infinies,
Nous hantent jusqu’à devenir le réconfortant flambeau
De nos âmes et s’attacher à nous d’un lien si étroit
Que, dans le plein soleil comme sous un ciel couvert et
sombre,
Il nous les faut toujours à nos côtés, ou c’est la mort.
***
A thing of beauty is a joy for ever
A thing of beauty is a joy for ever :
Its loveliness increases; it will never
Pass into nothingness; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing.
Therefore, on every morrow, are we wreathing
A flowery band to bind us to the earth,
Spite of despondence, of the inhuman dearth
Of noble natures, of the gloomy days,
Of all the unhealthy and o’er-darkened ways
Made for our searching : yes, in spite of all,
Some shape of beauty moves away the pall
From our dark spirits. Such the sun, the moon,
Trees old and young, sprouting a shady boon
For simple sheep; and such are daffodils
With the green world they live in; and clear rills
That for themselves a cooling covert make
‘Gainst the hot season; the mid-forest brake,
Rich with a sprinkling of fair musk-rose blooms :
And such too is the grandeur of the dooms
We have imagined for the mighty dead;
All lovely tales that we have heard or read :
An endless fountain of immortal drink,
Pouring unto us from the heaven’s brink.
Nor do we merely feel these essences
For one short hour; no, even as the trees
That whisper round a temple become soon
Dear as the temple’s self, so does the moon,
The passion poesy, glories infinite,
Haunt us till they become a cheering light
Unto our souls, and bound to us so fast,
That, whether there be shine, or gloom o’ercast,
They alway must be with us, or we die.
(John Keats)
Illustration: Edgar Degas
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Publié par arbrealettres le 28 août 2010
Quand j’ai peur, parfois, de cesser d’être
Avant que ma main de poète n’ait glané la moisson de
mon cerveau fertile,
Avant que des volumes hautement étagés n’enserrent en
leur texte,
Comme en riches greniers, la moisson bien mûrie;
Quand je contemple sur la face étoilée de la nuit
D’énormes symboles nuageux d’une merveilleuse légende
Et songe que je ne vivrai peut-être pas assez longtemps
Pour en retracer les ombres, d’une main guidée par la
magie des hasards;
Et quand je sens, ô exquise créature d’une heure,
Que je ne poserai jamais plus les yeux sur toi,
Que jamais je ne savourerai le pouvoir ensorcelant
De l’amour insouciant — alors, sur le rivage
Du vaste monde, seul et debout, je médite
Et l’amour et la gloire s’abîment au néant.
***
When i have fears
When I have fears that I may cease to be
Before my pen has glean’d my teeming brain,
Before high piled books, in charact’ry,
Hold like rich garners the full-ripen’d grain;
When I behold, upon the night’s starr’d face,
Huge cloudy symbols of a high romance,
And think that I may never live to trace
Their shadows, with the magic hand of chance;
And when I feel, fair creature of an hour!
That I shall never look upon thee more,
Never have relish in the faery power
Of unreflecting love! — then on the shore
Of the wide world I stand alone, and think
Till Love and Fame to nothingness do sink.
(John Keats)
Illustration: David Caspar Friedrich
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Publié par arbrealettres le 28 août 2010
Dis moi étoile éternelle,
pourquoi plonges-tu en moi ton regard.
Tel un ennemi scrutant au loin,
tu me surveilles sans répit.
Pénétrant est ce regard qui s’enfonce
au plus profond de mon âme.
Flèche acérée jaillie de l’infini,
je doute que tu veuilles mon bien.
Je ne suis pas éternel, mon essence
se dissout dans le sable.
Pourquoi alors me transpercer
de ta flèche de feu ?
***
Säg mig du eviga stjärna,
varför stirrar du ner i mig.
Som fienden spejar ur fjärran
sa vaktar du ständigt på mig.
Vass är din blick och den borrar
sig ner, djupt ner i min själ.
Spjutspets ur evigheten,
du vill mig nog inte väl.
Jag är ej evig, mitt väsen
rinner i sanden ut.
Varför då genomborra
mig med ditt lågande spjut ?
(Pär Lagerkvist)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Pär Lagerkvist), acérée, éternelle, étoile, ennemi, feu, flèche, infinie, jaillie, pénétrant, plonger, répit, regard, s'enfoncer, scruter, se dissoudre, surveiller, transpercer | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 28 août 2010
Qu’ai-je vécu ce soir là,
un soir d’automne allant chercher du bois pour mère ?
je m’en souviens, aucun soir ne m’est autant resté
en mémoire.
C’est alors que pour la première fois je vis les étoiles.
Le bois sur les bras, je vins à regarder vers le ciel
et je les vis là haut, entourées d’une obscurité sans limite.
Partout au-dessus de moi, elles étaient là dans un vide infini.
Je restai immobile. Et tout en moi disparut,
tout ce qui avait été jusque là, tout ce qui fut à moi,
mon petit cheval de bois à trois pattes, ma balle
de caoutchouc,
ma joie de me réveiller le matin,
la lumière du soleil, les billes en pierre et le gros calot
de verre,
tous mes jouets.
Quand je revins vers mère et posai le bois près du fourneau
rien de particulier ne se remarqua en moi, certainement.
Mais quand je m’en fus m’asseoir sur mon tabouret à l’écart
des autres
je n’étais plus un enfant.
***
Vad upplevde jag den kvällen,
höstkvällen när jag gick efter ved åt mor ?
Jag minns den så väl , ingen kväll minns jag som den.
Det var då jag för första gången såg stjärnorna.
Med vedträna i famnen kom jag att se upp i himlen
och då såg jag dem däruppe, omgivna av sitt gränslösa mörker.
Överallt ovanför mig fanns de i en ödslighet utan gräns.
Jag stod alldeles stilla. Och allting försvann för mig,
allt som funnits förut, allt som varit mitt,
min lilla häst med tre ben, min gummiboll,
min glädje att vakna om morgonen,
solskenet, stenkulorna och den stora kulan av glas,
alla mina leksaker.
När jag kom in ti ll mor igen och lade ifrån mig vedträna vid
köksspisen
märktes säkert ingenting särskilt på mig, säkerligen inte.
Men när jag gick och satte mig på min pall långt borta från de
andra
var jag inte längre något barn.
(Pär Lagerkvist)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Pär Lagerkvist), étoiles, disparu, immobile, infini, joie, jouet, se réveiller, soir, vécu, vide | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 28 août 2010
Je te vois mieux — dans la Nuit —
Nul besoin de Lumière —
Mon Amour pour Toi — est un Prisme —
Plus vif que le Violet —
Je te vois mieux avec les Ans
Qui dressent leur monticule —
Brille — la Lampe du Mineur —
Et la Mine s’annule —
Mieux que partout je Te vois — dans la Tombe —
Ses Panneaux étroits
S’illuminent — Tout vermeils — de la Lampe
Que je tins si haut, pour Toi —
Qu’ont-ils besoin de Jour —
Ceux dont la Nuit — possède — un Soleil si splendide —
Qu’il s’estime être — Sans cesse -
À son Zénith?
***
I see thee better — in the Dark —
I do not need a Light —
The Love of Thee — a Prism be —
Excelling Violet —
I see thee better for the Years
That hunch themselves between —
The Miner’s Lamp — sufficient be —
To nullify the Mine —
And in the Grave — I see Thee best —
It’s little Panels be
Aglow —All ruddy — with the Light
I held so high, for Thee —
What need of Day —
To Those whose Dark — hath so — surpassing Sun —
It deem it be — Continually —
At the Meridian ?
(Emily Dickinson)
Publié dans poésie | Tagué: (Emily Dickinson), briller, lampe, mine, nuit, s'annuler, tombe, vermeil, voir, zénith | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 28 août 2010
C’était un Poète —
Cet Être
Qui extrait un sens surprenant
De Signes Ordinaires —
Une si vaste Essence
Des espèces familières
Ayant péri à la Porte —
Qu’on s’étonne de ne pas Soi-même
L’avoir captée — d’abord —
D’Images, Révélateur —
Le Poète — Lui et nul autre —
Nous investit — par Contraste —
D’une incessante Pauvreté —
De la Partie — si inconscient —
Qu’un Vol ne le saurait léser —
Lui-même — pour Lui — Trésor —
Au Temps — étranger —
***
This was a Poet —
It is That
Distills amazing sense
From Ordinary Meanings —
And Attar so immense
From the familiar species
That perished by the Door —
We wonder it was not Ourselves
Arrested it — before —
Of Pictures, the Discloser —
The Poet — it is He —
Entitles Us — by Contrast —
To ceaseless Poverty —
Of Portion — so unconscious —
The Robbing — could not harm —
Himself — to Him — a Fortune —
Exterior — to Time —
(Emily Dickinson)
Publié dans poésie | Tagué: (Emily Dickinson), étranger, être, essence, image, incessante, inconscient, léser, pauvreté, poète, révélateur, signe, surprenant, temps, trésor, vaste, vol | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 28 août 2010

La mer
Éternellement elle chuchote autour
Des rivages désolés et de sa houle puissante
Gorge deux fois dix mille cavernes, jusqu’au moment
où le charme
D’Hécate les abandonne à leurs antiques rumeurs
indistinctes.
Souvent vous la trouverez d’humeur si douce
Que c’est à peine si le plus minuscule coquillage
Quitte pendant des jours la place où jadis il échoua,
Quand les vents du ciel la dernière fois se déchaînèrent.
O vous dont les prunelles sont irritées et lasses
Faites-les se repaître de l’immensité de la mer;
O vous dont les oreilles sont assourdies d’un affreux
tintamarre,
Ou nourries à l’excès de quelque écoeurante mélodie,
Asseyez-vous où bée une antique caverne, et rêvez
Jusqu’au brusque réveil où vous croirez entendre
le choeur des nymphes de la mer.
***
On the sea
It keeps eternal whisperings around
Desolate shores, and with its mighty swell
Gluts twice ten thousand caverns; till the spell
Of Hecate leaves them their old shadowy sound.
Often ’tis in such gentle temper found,
That scarcely will the very smallest shell
Be mov’d for days from where it sometime fell,
When last the winds of heaven were unbound.
Oh ye who have your eyeballs vexed and tir’d,
Feast them upon the wideness of the sea;
Oh ye whose ears are dinn’d with uproar rude,
Or fed too much with cloying melody,
— Sit ye near some old cavern’s mouth, and brood
Until ye start, as if the sea-nymphs quir’d!
(John Keats)
Publié dans poésie | Tagué: (John Keats), abandonner, assourdie, éternellement, béer, chuchoter, désolé, douce, entendre, gorge, houle, humeur, indistinct, mélodie, mer, prunelle, puissante, rivage, rumeur, s'asseoir, se déchaîner, se repaître | Laisser un Commentaire »