Arbrealettres

Poésie

Archive pour août 2010

A qui est depuis longtemps confiné dans la ville (John Keats)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


A qui est depuis longtemps confiné dans la ville,
Il est fort doux de perdre son regard
Dans le beau visage ouvert du ciel — d’exhaler une prière
En plein sourire du bleu firmament.
Qui serait plus heureux, lorsque, le coeur comblé,
I1 se laisse choir, très las, en quelque délicieuse couche
D’herbes onduleuses, et, lit une courtoise
Et douce histoire sur l’amour et ses peines ?
Rentrant au logis, le soir, l’oreille attentive
Aux plaintes de Philomèle, et l’oeil
Epousant la course d’un petit nuage brillant qui passe,
Il se lamente qu’un tel jour ait pu si vite s’enfuir,
S’enfuir comme une larme répandue par un ange
Qui tombe dans la transparence de l’éther, silencieusement.

***

To one who has been long in city pent,
‘ Tis very sweet to look into the fair
And open face of heaven — to breathe a prayer
Full in the smile of the blue firmament.
Who is more happy, when, with heart’s content,
Fatigued he sinks into some pleasant lair
Of wavy grass, and reads a debonair
And gentle tale of love and languishment ?
Returning home at evening, with an ear
Catching the notes of Philomel, — an eye
Watching the sailing cloudlet’s bright career,
He mourns that day so soon has glided by :
E’en like the passage of an angel’s tear
That falls through the clear ether silently.

(John Keats)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

La sauterelle et le grillon (John Keats)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


La sauterelle et le grillon

La poésie de la terre ne meurt jamais :
Quand tous les oiseaux défaillent par le brûlant soleil
Et se blottissent dans la fraîcheur des arbres, une voix
s’élève et court
D’une haie à l’autre, tout autour des prairies nouvellement
fauchées;
C’est la voix de la sauterelle — elle dirige le choeur
Des riches plaisirs de l’été — elle n’est jamais au bout
De ses réjouissances : quand elle est épuisée d’avoir joué
comme une folle,
Elle se délasse à l’aise au pied d’une herbe exquise.
La poésie de la terre ne cesse jamais :
En un soir d’hiver solitaire, quand la gelée
A bâti son édifice de silence, voici que du poêle s’élève
un cri aigu,
La chanson du grillon, qui, toujours plus chaleureuse,
Semble à l’ouïe à demi perdue dans la somnolence
Le chant de la sauterelle parmi l’herbe des collines.

***

On the grasshopper and cricket

The poetry of earth is never dead :
When all the birds are faint with the hot sun,
And hide in cooling trees, a voice will run
From hedge to hedge about the new-mown mead;
That is the Grasshopper’s — he takes the lead
In summer luxury, — he has never done
With his delights; for when tired out with fun
He rests at ease beneath some pleasant weed.
The poetry of earth is ceasing never :
On a lone winter evening, when the frost
Has wrought a silence, from the stove there shrills
The Cricket’s song, in warmth increasing ever,
And seems to one in drowsiness half lost,
The Grasshopper’s among some grassy hills.

(John Keats)


Illustration

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Laisse mon ombre se fondre dans la tienne (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


Laisse mon ombre se fondre dans la tienne.
Laisse-moi me perdre moi-même
sous les grands arbres.
Ceux-là mêmes qui perdent leur couronne au crépuscule
et s’en remettent au ciel et à la nuit.

***

Låt min skugga försvinna i din.
Låt mig förlora mig själv
under de stora träden.
De som själva förlorar sin krona i skymningen,
överlämnar sig åt himmelen och natten.

(Pär Lagerkvist)

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Seul ce qui est incandescent devient cendre (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


Seul ce qui est incandescent
devient cendre.
La cendre est sacrée.

Tu m’as touché
et je suis devenu cendre.
Mon moi, mon être est devenu cendre, consumé par toi.

Ainsi parlent l’amant et le croyant.
Tu m’as touché. Je suis sacré.
Non pas moi, mais ma cendre est sacrée.

***

Det är bara det glödande
som blir aska.
Askan är helig.
Du rörde vid mig
och jag blev till aska.
Mitt jag, mitt själv blev till aska, förtärt av dig.
Så säger den älskande och den troende.
Du rörde vid mig. Jag är helig.
Inte jag men min aska är helig.

(Pär Lagerkvist)


Illustration

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Si tu crois en dieu (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


Si tu crois en dieu et qu’il n’est pas de dieu
alors ta foi est un miracle plus grand encore.
Vraiment elle est alors quelque chose
d’inconcevablement grand.

Pourquoi y a-t-il couché dans les ténèbres un être
qui crie après ce qui n’existe pas ?
Pourquoi cela est-il ainsi ?

Il n’y a personne pour entendre que quelqu’un crie
dans les ténèbres. Mais pourquoi ce cri ?

***

Om du tror på gud och någon gud inte finns
så är din tro ett ändå större under.
Då är den verkligen någonting ofattbart stort.

Varför ligger det en varelse nere i mörkret och ropar på
något som inte finns ?
Varför förhåller det sig sä ?

Det finns ingen som hör att någon ropar i mörkret. Men varför
finns ropet ?

(Pär Lagerkvist)


Illustration: Edvard Munch

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Qui es-tu qui remplis mon coeur de ton absence ? (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


Un étranger est mon ami, quelqu’un que je ne connais pas.
Un étranger loin, très loin.
A cause de lui mon coeur est en détresse.
Parce qu’il n’est pas près de moi.
Parce que peut-être il n’est pas ?

Qui es-tu qui remplis mon coeur de ton absence ?
Qui remplis la terre entière de ton absence ?

***

En främling är min vän, en som jag inte känner.
En främling långt långt borta.
För hans skull är mitt hjärta fullt av nöd.
För att han inte finns hos mig.
För att han kanske inte alls finns ?

Vem är du som uppfyller mitt hjärta med din frånvaro ?
Som uppfyller hela världen med din frånvaro ?

(Pär Lagerkvist)

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Ce n’est pas dieu qui nous aime, c’est nous qui l’aimons (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


Ce n’est pas dieu qui nous aime, c’est nous qui l’aimons.
Qui nous tendons vers lui dans le désir d’autre chose,
de quelque chose au-delà de nous,
comme fait l’amour.
Et d’autant plus ardent notre désir qu’il est moins entendu,
plus profond notre désespoir de comprendre que nous
sommes abandonnés.
Que nous ne sommes aimés de personne.
Qu’y a-t-il de profond comme le manque,
comme l’amour sans réponse.

***

Det är inte gud som älskar oss, det är vi som älskar honom.
Som sträcker oss efter honom i längtan efter något annat,
något utöver oss själva,
så som kärleken gör.
Och vår längtan blir hetare ju mindre den besvaras,
vår förtvivlan djupare ju mer vi förstår att vi är övergivna.
Att vi är älskade av ingen.
Vad är djupt som saknad, som obesvarad kärlek.

(Pär Lagerkvist)

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le dieu qui n’existe pas (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


Le dieu qui n’existe pas,
c’est lui qui embrase mon âme.
Qui fait de mon âme une terre désertique,
une terre fumante, une terre brûlée
qui fume après les flammes.
Parce qu’il n’existe pas.
C’est lui qui sauve mon âme en la rendant aride
et calcinée.
Le dieu qui n’existe pas.
Le dieu redoutable.

***

Den gud som inte finns,
det är han som tänder min själ i lågor
Som gör min själ ti ll en ödemark,
till en rykande mark, en svedjemark som ryker efter eld.
För att han inte finns.
Det är han som frälsar min själ genom att göra den utarmad
och förbränd.
Den gud som inte finns.
Den fruktansvärde guden.

(Pär Lagerkvist)

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Qu’y a-t-il de profond comme le manque (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


Qu’y a-t-il de profond comme le manque,
qui remplisse le coeur comme le vide,
qui comble l’âme comme la nostalgie de cela qui n’est pas,
qu’elle sait n’être pas.

D’autres trouvent le repos près de toi.
D’autres se consument en ton feu,
reposent entre tes bras enflammés.
Mais qu’est-ce que leur bonheur
à côté de ma vacuité,
leur union ardente avec toi
à coté de ma solitude.

***

Vad är djupt som saknad.
Vad fyller hjärtat så som tomhet.
Vad uppfyller själen så som längtan efter något
som inte finns,
som den vet inte finns.
Andra får ro hos dig.
Andra brinner i din eld, vilar i dina lågande armar.
Men vad är deras lycka
mot min tomhet,
deras glödande förening med dig
mot min ensamhet.

(Pär Lagerkvist)

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Éphémère (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 28 août 2010


Comme les nuages,
comme le papillon,
comme la trace de l’haleine sur un miroir —

Éphémère,
changeant,
disparu en un instant.

Ô seigneur de tous les cieux, de toutes les terres,
de tous les destins,
qu’as-tu voulu de moi ?

***

Som molnen,
som fjärilen,
som den lätta andningen på en spegel —

Tillfällig,
föränderlig,
borta på en liten stund.

O herre över alla himlar, alla världar, alla öden,
vad har du menat med mig ?

(Pär Lagerkvist)


Illustration

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 73 followers