Arbrealettres

Poésie

Archive pour septembre 2010

Je déboutonne ton chemisier (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Tu accroches
tes robes
un peu
partout
dans la chambre
de bonne
où tu loges
tes vingt ans

Moi je viens
mettre
mon nez
dedans
comme on ouvre
des huîtres
pour
respirer l’air
du grand
large
et de la marée

Sur un gaz de
fortune
tu as laissé
des lentilles
gonfler
sans pudeur
dans l’eau
comme
grossit un désir

Bouton
de nacre après
bouton
je déboutonne
ton
chemisier
vert pomme
et laitue tendre

Comme on ouvre
à la bourse
d’Anvers
les sachets pliés
pleins
de diamants bruts

(Werner Lambersy)


Illustration

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C’est un poème que j’ai commencé à minuit dix (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


C’est un poème
que j’ai
commencé
à minuit dix
ça je le sais
tu venais
de remonter
le bathyscaphe
rose
de ta langue

Et
tes cuisses
me
quittaient
comme
des tours
qu’un séisme
vient
d’ébranler

Alors
j’ai regardé
l’heure

juste pour
savoir
quand la fin
du monde
venait
d’avoir lieu

(Werner Lambersy)


Illustration

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Je remercie le papillon (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Je remercie
le papillon
qui hier après-midi
a bien voulu
passer le quart
de sa vie avec moi

même si je ne savais
pas non plus
quand il faudrait
mourir

ni
s’il y aurait
d’autres buissons
où nous
pourrions
nous retrouver plus
tard

(Werner Lambersy)

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Mon fils regardait l’eau (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Mon fils
regardait l’eau
et l’eau
le regardait aussi

Il avait six ans
et l’eau
ne disait pas
son âge

Il n’y avait pas
entre eux
l’épaisseur
d’un ange
et pourtant
ils étaient deux

Le jour
ne comptait pas
ses heures
et le bonheur
tenait ses libellules
dans la légèreté

Le pouls
des galaxies battait
de son imperceptible
paupière
et d’un lent
bouillonnement
de lait
sur un feu doux

Un souffle
dans les feuilles
faisait voler des fils
de la Vierge
comme
des cils de faon

Mon fils
rêvait sur la berge
et l’eau
s’en retournait
vivre
dans son nuage
au-dessus de la mer

(Werner Lambersy)

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Le chant s’était tu (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Le chant s’était tu
ou quelque chose dans le chant
on ne sait pas
quelque chose
qui n’avait plus sa place
et faisait du silence
une paupière sur une absence d’oeil

C’était sans importance
pour le commerce ou les rapports
de force
c’était sans importance
dites-vous bien qu’on pouvait
s’en passer : la parole sans miracle
avait encore de beaux jours

Sauf chez quelques-uns peut-être
pour qui les mots
restaient insupportablement vides
et l’âme
la partie la plus fine du corps
comme un drapeau
qu’on avait oublié au balcon

Sauf peut-être pour quelques-uns
plus mal en point
dans le grand lit des solitudes
où le coeur
est une goutte de mercure
ou de la gomme de résine
lentement sur l’écorce d’un tronc

Et l’univers qu’on croit indifférent
parce qu’il est loin
alors qu’on est dedans
l’univers qu’on croit connaître
parce qu’on y est né
alors qu’on sait si peu de soi
et du silence en soi

L’univers attendait sans rien dire
car le chant s’était tu
ou quelque chose dans le chant
on ne sait pas
mais quelques-uns pensaient
à ces oiseaux qu’un seul hiver
rendait muets pour toujours

*

C’était sans importance
on écrirait là-dessus
comme sur le reste et cela suffit
sauf peut-être pour certains
qui eux non plus ne savaient plus
et restaient sans rien dire
lorsque le chant ne chantait pas

L’univers attendait
la voix qui entrerait en lui
comme la lumière dans un fruit
ou l’eau
dans le pis des racines
et comme de l’air
dans les poumons d’un nouveau-né

L’univers attendait
le danseur immobile de l’âme
le rêveur d’interdits
derrière les barbelés du verbe
des camps de la peur
et cette folie entre deux corps
encordés par leurs souffles

(Werner Lambersy)

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C’est habité (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Le corps a beau oublier
jeter dessus pelisses
voluptés d’astrakan et de loutres
puis bâches
rudes toiles de tente
et même la mort par pelletées
de mottes grasses

Rien n’y fait
l’âme tire aux coutures
faufile sa lumière entre les fentes

Et c’est comme une maison
qui s’allume le soir
sous les portes et les volets


dans la nuit de nos égarements
c’est habité


dans les ténèbres du beau
brûle un feu bien présent

(Werner Lambersy)


Illustration: Suzanne Clairac

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Cette envie de danser en pleurant (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Lents mouvements
de glotte pour la soif
au long cou féminin de
ce jour

Et ce sanglot angoissé
de joie
qui prend aux épaules
et secoue
la montagne la plus rude

Jamais silence plus serein
parce que c’est trop
de n’avoir à porter
sans autre obstacle

Qu’un passage invisible
vers un mystère vide

Dernière raideur de nuque
à tant lever le poids
des yeux
si haut si loin

Et cette envie de danser
en pleurant
sur l’obscur remuement
où nous sommes

(Werner Lambersy)


Illustration: Gilbert Garcin

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La beauté (Jean-Marie Pontévia)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Tout a peut-être commencé
par la beauté

(Jean-Marie Pontévia)


Illustration: Odilon Redon

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Dette d’amour (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Reconnaître cette dette d’amour
dont nous restons à jamais les débiteurs insolvables,
puisque du néant il nous est advenu de naître, d’être là,
doués, infectés, affectés de parole,
comme l’immensité des ténèbres l’est
d’une lumière rare et mystérieuse.

(Werner Lambersy)


Illustration: Odilon Redon

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Un poème (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2010


Un poème est d’abord ce qui veut bien se “monstrer”,
être surpris, monstre et merveille à la fois, comme vous et moi,
dans le silence, le bruit et les “fureurs héroïques” de l’amour.

(Werner Lambersy)

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