Archive pour septembre 2010
Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010
Requis
Sur l’arbre, la feuille
Translucide encore
Et déjà
Le vent de la chute.
Tu veux croire
Que cette feuille-là
C’est pour toi
Qu’elle traduit l’humus.
Tout l’inoubliable
Que les jours
Ont consommé
Du lierre au rocher,
Il y en a toujours
Pour te murmurer :
Dis-le moi.
Tu t’es fait des chemins
Là où il ne fallait pas
Laisser de traces.
Que tes yeux
Ne quittent pas
Trop longtemps le sol
Où tu es requis.
Ce qui
En toi se tait
Croit que ton corps
Est sans limites.
(Guillevic)
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010
Élégie
Lorsque nous tremblions
L’un contre l’autre dans le bois
Au bord du ruisseau,
Lorsque nos corps
Devenaient à nous,
Lorsque chacun de nous
S’appartenait dans l’autre
Et qu’ensemble nous avancions,
C’était alors aussi
La teneur du printemps
Qui passait dans nos corps
Et qui se connaissait
(Guillevic)
Illustration: Sylvia Postel
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010
Un mur
Ce n’est pas facile
D’être un mur,
Tout seul
Entre deux propriétés.
De temps en temps,
Le vent, un oiseau.
Le mur ne peut écrire
Qu’au ciel, au tilleul,
Mais il sait, lui,
Qu’il écrit en incluant sa
base.
(Guillevic)
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010
De l’hiver
Il y a toujours
Noël qui arrive,
Il y a toujours dans le plus noir des noirs
de la lumière à supposer,
à voir déjà monter,
même en dehors de soi,
Surtout lorsque la nuit où l’on patauge
est la plus longue.
C’est un tunnel sans voûte
qui débouche
dès maintenant
sur un enfant dans la lumière.
(Guillevic)
Illustration: Giotto
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010
Il s’agit toujours d’avancer,
Mais avancer dans quoi ?
Pas seulement
Dans cet espace
Qui s’étale devant toi
Et que tu crois connaître,
Non, avancer
Dans un nouvel espace
Dont tu ne désires
Que ce que dit ton besoin,
Un espace qui toujours
te demandera de l’aimer,
De te fondre en lui,
Vous deux portés par cet amour
Qui vous engloutira
Dans ce qui nous appelle.
(Guillevic)
Illustration: Xana
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010
Ton rire
Les fleurs se prosternent
Devant tes pas menus
Tu ris dans l’herbe
Sous un gai soleil
Ou sous la pluie
Qui te fait cet adorable visage
Mouillé qui reste enjoué
Et qu’on a envie d’essuyer
Non avec un mouchoir
Mais avec des baisers
Et dans la candeur de l’aube
Ton regard en prend la couleur
Tu ris sous le feuillage attentif
D’un arbre qui songe
Déjà à une abondance de fruits
Rien que pour te faire plaisir
Car il aime te voir croquer ses pommes
Et danser autour de lui
Dans le pré verdoyant
En légère robe d’été
Qui incite au péché.
(Jean-Baptiste Besnard)
Illustration: Kendrick Sydney
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010

A ta rencontre
Alors que l’esprit pensif
Je traverse des lieux
De tentation et de perversité
Tu m’attends sagement
Dans ta chaumière
Cousant pour des dames patronnesses
Sur ta machine Singer.
Sous un soleil vindicatif
Je parcours une campagne en deuil
Dont l’horizon fuit devant moi
Tandis que la mer abandonne le rivage
Et que la grève se déroule sous mes pieds.
Mais j’arrive avec l’espoir de te retrouver
Pour partager avec toi
Ce que je cherche encore
Et en te serrant dans mes bras
Je prépare dans mon cœur
Les mots que je vais prononcer
Pour n’en pas détruire la magie.
J’étreins ton corps
Mais ton cœur est ailleurs
En quête d’un autre.
Je percerai les secrets
De ton regard énigmatique
Si bleu qu’il en devient froid
Et qu’il fascine les êtres.
Je poserai des baisers ardents
Sur tes lèvres de glace
Et saurai te faire fondre
En caressant ta chair
Avec des gestes d’amour.
Oublions les aubes prématurées
Et les jours avortés
Et que refleurissent les buissons
Qui embaumaient nos étreintes !
(Jean-Baptiste Besnard)
Illustration: Pierre-Auguste Renoir
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010

Dans la nature
Beauté exquise
Dans une lumière intense
Près d’un feu ardent
Tu mesures le jour
Au nombre de tes joies
Et à la transparence du matin.
Alors que l’horizon arbore
Les plus riches couleurs
Tu vas sous un ciel habité
Par un soleil sphériquement parfait
Enchâssé dans un nuage
Et la rêverie du jardin
T’empreint de mélancolie.
Les fleurs se prosternent devant toi
Tu ris dans l’herbe
Sous un gai soleil
Et dans la candeur d’un vierge univers.
Ton regard prend la couleur de l’eau.
Tu ris sous le feuillage attentif
D’un arbre qui songe
Fécond et intarissable de fruits
Quand la prairie recèle
Les germes de tes rêves.
Dans le soir noir et froid
La bise froisse le miroir
Des eaux polies
Et déforme l’image
Des branches du saule pleureur.
La lune y grimace
Alors que ton visage
Garde sa pureté.
(Jean-Baptiste Besnard)
Illustration: Katarina Smuraga
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010
Marines
1
Sirène énigmatique
Et égérie des marins
Tu tiens tout un port dans ta main
Avec tous les navires
Voiles et cheminées
En instance de départ
Amarres bientôt larguées.
Tu refermes la main sur la rade
Et la mer s’éloigne
En agitant le ciel
Tandis que les oiseaux donnent des coups de bec
A la brise du large.
Une ombre de paix se déploie sur la muraille.
Sirène énigmatique
Et égérie des marins
La vague déjà froide te flatte le bas du corps
Tu la chevauches et elle t’enlace
Tu redeviens la fille de l’écume.
2
Beauté délicate
Sous la lumière de la lampe
Et près d’un feu généreux
Tu écoutes l’ombre s’avancer
Et tu finis par la toucher.
Dans le luxe du printemps
Où le jour limpide
Eclaire un horizon de moissons.
Un sang juvénile coule en toi
Et ton regard s’imprègne
Tantôt du vert du feuillage
Tantôt du bleu de la mer
Quand tu foules le sable ravi
Où sautillent de joyeuses vagues
Ou que tu traverses une forêt
(Jean-Baptiste Besnard)
Illustration: Herbert James Draper
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Publié par arbrealettres le 20 septembre 2010
Final provisoire
Jamais ne se cicatrisent vraiment
Les blessures du cœur.
Je succombe peu à peu
Aux heures mortelles d’ennui
Dont le venin s’instille en moi
Minute par minute
Au rythme régulier
Et lancinant
Du balancier
Et mon regard suit
Inlassablement
Hypnotisé
Le disque de cuivre ciselé
Qui brille comme un soleil
De pacotille
Et oscille comme un débile
Dans les entrailles de l’horloge
Mais sans battre comme un cœur.
(Jean-Baptiste Besnard)
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