Archive pour septembre 2010
Publié par arbrealettres le 19 septembre 2010
Ah ! la jolie sandwicherie
dont la salade
marque les pages
d’un roman en pain de mie.
J’y lis:
“La vie est une bille
de mie de pain.
On la mange, et hop ! on a toujours faim!”
Sous son store jaune canari,
Ah, comme elle est simple et jolie
l’histoire de la sandwicherie !
(Alain Serres)
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Publié par arbrealettres le 19 septembre 2010
contre les remparts
la mer a poussé
de grands murets d’algues
aux tendons élastiques
si bien tressés
que ton doigt ne peut entrer
dans ce palais charnel
(Katell Antoine)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 19 septembre 2010
Je ne crains pas les coups du sort,
Je ne crains rien, ni les supplices,
Ni la dent du serpent qui mord,
Ni le poison dans les calices,
Ni les voleurs qui fuient le jour,
Ni les sbires ni leurs complices,
Si je suis avec mon Amour.
Je me ris du bras le plus fort,
Je me moque bien des malices,
De la haine en fleur qui se tord,
Plus caressante que les lices ;
Je pourrais faire mes délices
De la guerre au bruit du tambour,
De l’épée aux froids artifices,
Si je suis avec mon Amour.
Haine qui guette et chat qui dort
N’ont point pour moi de maléfices ;
Je regarde en face la mort,
Les malheurs, les maux, les sévices ;
Je braverais, étant sans vices,
Les rois, au milieu de leur cour,
Les chefs, au front de leurs milices,
Si je suis avec mon Amour.
Blanche Amie aux noirs cheveux lisses,
Nul Dieu n’est assez puissant pour
Me dire : ” Il faut que tu pâlisses “,
Si je suis avec mon Amour
(Renée Vivien)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010

Je m’en vais rêvant par les chemins
Du soir. Les collines
Dorées, les pins verts
Les chênes poussiéreux ! …
Où peut-il aller, ce chemin?
Je m’en vais chantant, voyageur
Le long du sentier…
Le jour s’incline lentement.
« Devant mon coeur était clouée
L’épine d’une passion;
Un jour j’ai pu me l’arracher :
Je ne sens plus mon cœur. »
Et toute la campagne un instant
Demeure, muette et sombre,
Pour méditer. Le vent retentit
Dans les peupliers de la rivière.
Mais le soir s’obscurcit encore;
Et le chemin qui tourne, tourne,
Et blanchit doucement,
Se trouble et disparaît.
Mon chant recommence à pleurer :
« Épine pointue et dorée,
Ah! si je pouvais te sentir
Dedans mon cœur clouée. »
***
Yo voy sonando caminos…
Yo voy soisando caminos
De la tarde. Las colinas
Doradas, los verdes pinos,
Las polvorientas encinas ! …
Adonde el camino ira?
Yo voy cantando, viajero
A lo largo del sendero…
—La tarde cayendo esta—.
«En el corazôn tenia
«La espina de una pasion;
«Logré arrancarmela un dia:
«Ya non siento el corazôn ».
Y todo el campo un momento
Se queda, mudo y sombrio,
Meditando. Suena et viento
En los alamos del rio.
La tarde mas se oscurece;
Y el camino que serpea
Y débilmente blanquea,
Se enturbia y desaparece.
Mi cantar vuelve a plaisir:
«Aguda espina dorada,
Quién te pudiera sentir
En el corazôn clavada».
(Antonio Machado)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010
Devant moi
Devant moi, la fenêtre; au dernier plan,
le ciel, rien que le ciel, et puis rien d’autre;
au milieu, ceint de ciel entièrement,
haut et mince, un cyprès; et puis rien d’autre.
Et que le ciel soit serein ou soit noir,
- chante l’azur, bondisse la tempête ?-
toujours égal, l’arbre incline la tête,
tranquille et beau. Rien d’autre. Sans espoir.
(Costis Palamas)
Illustration: Vincent Van Gogh
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010
Brise marine
La chair est triste, hélas! et j’ai lu tous les livres.
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux!
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature!
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs!
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots!
(Stéphane Mallarmé)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010
À la lune
Ô favorable Lune, je me rappelle,
Sur ce col même – voilà, l’année revient -,
e venais te mirer plein d’angoisse;
Et tu pendais alors sur cette sylve,
L’ éclairant toute, comme aujourd’hui.
Mais brumeux, incertain, par les pleurs
Qui montaient sous mes cils, à mes yeux
Paraissait ton visage, car un supplice
Était ma vie; et depuis rien n’a changé d’elle,
Bien-aimée Lune. Et cependant me plaît
La souvenance, et de compter les âges
De ma douleur. Ô comme est chère
Dans le temps juvénile, quand longue est l’espérance
Et brève la carrière du souvenir,
La remembrance des choses disparues,
Encore que tristes et que le tourment dure !
***
Alla luna
O graziosa luna, io mi rammento
Che, or volge l’anno, sovra questo colle
Io venia pien d’angoscia a rimirarti:
E tu pendevi allor su quella selva
Siccome or fai, che tutta la rischiari.
Ma nebuloso e tremulo dal pianto
Che mi sorgea sul ciglio, aile mie luci
Il tuo volto apparia, che travagliosa
Era mia vita: ed è, né cangia stile,
O mia diletta Luna. E pur mi giova
La ricordanza, e il noverar 1′etate
Del mio dolore. Oh come grato occorre
Nel tempo giovanil, quando ancor lungo
La speme e breve ha la memoria il corso,
Il rimembrar delle passate cose,
Ancor che triste, e the l’affanno duri!
(Giacomo Leopardi)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010
L’enfance m’adresse parfois
une carte postale : Te souviens-tu ?
***
Manchmal schreibt mir die Kindheit
eine Postkarte: Erinnerst du dich?
(Michaël Krüger)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010
c’est du bleu pur
la dragée et son amande
les dents de lait
l’oreiller blanc
on plonge dedans
une voix demande,
le paradis, c’est
le bleu tout le temps ?
(Katell Antoine)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010
Je te connais
pour t’avoir rêvée mille fois
sous les feuilles de la forêt
dans ce monde
où l’air et l’eau ne pèsent pas
(Jean Breton)
Illustration
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