Arbrealettres

Poésie

Archive pour septembre 2010

Fille versatile (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Fille versatile

Tantôt tu es tout près de moi
Tantôt tu vagabondes
Jusqu’à l’horizon
Où fusionnent le ciel
Et la terre qui s’éloigne du soleil
Pour entrer dans la nuit.

Tu me fuis parfois
Mais tu reviens toujours.
Je sais qu’un jour
Tu m’oublieras.
Même des braises attisées
Ne peuvent ranimer
Un feu qui s’est éteint.

Ton rire fait fuir la nuit
Que retenaient les étoiles
Tu perçois en marchant
Tous les frissons de la terre

Sous les nuages endormis
Tu vas au hasard des routes.
Ta voix me parvient
Pour s’unir à la mienne
Mais je crains toujours de te perdre.

Quand je te retrouve
Au paroxysme de l’angoisse
Tu partages avec moi
Tous les secrets
Que tu as percés
Au cours de tes rencontres
Et ta nudité énigmatique
Provoque de nouveaux fantasmes
Dans le désordre des miroirs amoureux

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Pascal Renoux

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Souvenirs avec toi (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Souvenirs avec toi

Tu fais revivre pour moi
Tous les êtres et les choses
Que nous avons connus
Et je peux ainsi
Boire de nouveau
A la source de nos souvenirs communs.

Sous un soleil qui gambade
Sur ta chair hardiment offerte
A mes doigts intimidés
Nous assistons enlacés
Aux noces d’azur et d’émeraude
Du ciel et de la mer
A l’étreinte de l’abeille et de la fleur.

Main dans la main
Nous parcourons une nature en harmonie
Avec nos désirs les plus cachés
Et les gens du village
Qui voudraient bien jaser
Sourient à notre passage.

Nous courons sur la grève déserte
Où tu ramasses pour te parer
Des algues et des coquillages
Où se grave la voix de la mer.

Avant de regagner la maison des étreintes
Nous verrons les étoiles danser
Sur la corde de l’horizon
Et le phare de Cancale
Balayer la baie
Dans l’air frais du soir.

Erotiquement mienne
Et née de l’ombre
Tu me mèneras
Vers la clarté universelle.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Ton corps dans sa nudité (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Ton corps dans sa nudité

Ton cœur captif
Rêve d’évasion.
Impudique
Ton corps attire
La clarté nonchalante
D’une lampe qui déplace
Des taches de lumière
Et des ombres furtives
Dans une maison mystérieuse
Où règne une paix passagère
Et dont les vitres fébriles
S’ouvrent sur le mystère des eaux.

Une lumière impassible éclaire
Les contours indécis d’un tableau
Où se profilent tes traits harmonieux
Et ton regard capte des images
Venues d’ailleurs
Peut-être des limites de l’espace.

Alors que j’erre dans l’aube forestière
Tu te livres au repos
Nue dans la sérénité de ton corps.

Notre rencontre scellera
L’union du charme et de l’esprit
Du rêve et de la réalité
Et nous connaîtrons des saisons sanctifiées.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Pascal Renoux

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Réconfort (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Réconfort

J’habite un pays serein
D’où le chemin s’éloigne
Interminable et raide
Vers un endroit de douleur
Les soirs sont tièdes
Je me protège de moi-même
Dans l’espoir de durer
Jusqu’à l’aube de partir

Je m’enflamme
À une lumière sacrée
Pour découvrir
Qu’on m’a mortifié
Je m’inflige au coeur et à la chair
D’éternelles brûlures
Pour justifier sans détours
Ma brûlante existence

Avec sa blouse de labeur
Je revêts le chemin
Et j’entends dans le lointain
Battre des mains de femme
Dans ta chaumière la chanson
Monte derrière la vitre
Les vaches te donnent leur lait
Pour le beurre du matin

Avec sa gorge jeune
Ton corps m’a troublé
J’espère que tu n’iras pas
Te confesser dimanche

Sur le toit de chaume
S’accrochent la chair du jour
Et des lambeaux d’étoiles
Arrachés à l’espace.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Préambule à une terreur métaphysique (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Préambule à une terreur métaphysique

Gravite une maison isolée surplombant la mer

Mon esprit se disloque dans le labyrinthe des passions

Irrité par la circonférence toujours close mon être secret et meurtrier cherche son
salut

L’angoisse du temps porte un masque et l’obsession un soir de me coucher seul me
poursuit
mais la grâce du langage revêt une profonde langueur
L’épiderme ardent sur une terre aride égaré dans un océan fouetté par les vents
accablé par les couleurs violentes je regrette les outrages et les rancoeurs
car dans l’amplitude de l’espace cette crotte de terre est l’endroit absolu pour
s’enfuir.

Gouttes du temps la forêt navigue le vent retrousse la vague
l’étoile se referme dans la captivité où ricane l’horizon

Un rire de chair dans le miroir de l’âme au rythme de la marche toute la forêt
tremble et la marée des moissons retourne à la source du sommeil où bourdonne le
jardin.

L’inquiétude des eaux ouvre mon cœur à la cruauté des choses
et je glisse ma main dans l’étoffe des nuits pour palper le sien.

Le mur a l’aspérité qu’il faut pour que mes doigts le reconnaissent
car le poli est anonyme et ne renvoie à rien
Rugosité tu es la présence de la matière
et le ciment lie la pierre à la pierre pour édifier dans l’espace vide
le lieu de l’étreinte de deux corps qui se prennent
et de deux coeurs qui s’éprennent

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Insatisfaction (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Insatisfaction

Que cela me suffise
La joie des arbres fruitiers
Se gorgeant de soleil
Des sentiers bordés de haies
Où mûrissent des baies

Que cela me suffise
L’odeur de l’herbe et des feuilles
Une aube souriante
Un matin jovial
Un jour clair dans les mains de la marée

Que cela me suffise
Un soir de paix
Une nuit animale
Qui rampe sans bruit
Dans son pelage d’étoiles

Que cela me suffise
La chair d’une orange
Et celle de ton corps
Quand s’ouvre la maison de tes doigts

Mais cela ne me suffit pas.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Anne-François-Louis Janmot

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La maison de la rivière (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


La maison de la rivière

L’eau dort dans un grand lit
De mousse et d’herbes flottantes
Je bois l’aube
La rivière monte
Et la maison de mes désirs s’ouvre

La maison trempe ses pieds dans la rivière
Si un poisson glisse entre ses orteils
Elle se trémousse jusqu’au toit
Et la fumée danse

La maison s’assoupit
Et se réveille en sursaut
Avec un bâillement de porte

J’aperçois le jour à travers les volets
Éteins le feu
Il n’en est plus besoin
Trop de flammes nous entourent
Pour que nous ayons froid.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Et puis dans ma Raison (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Et puis dans ma Raison une Planche a craqué
Et je suis tombée bas, de plus en plus bas -
Et j’ai heurté un Monde, à chaque palier,
Et cessé de savoir – à ce moment là -

(Emily Dickinson)

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Si je ne suis plus vivante (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Si je ne suis plus vivante
Au retour des Rouges-Gorges,
Donne à l’Etranglé de Rouge,
Une miette au Mémorial.

Si je ne puis te dire merci,
A cause d’un sommeil profond,
Sache au moins que j’essaie
De mes lèvres de Granit!

(Emily Dickinson)


Illustration

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J’ai vu un Oeil Mourant (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


J’ai vu un Oeil Mourant
Faire plusieurs fois le tour d’une Chambre -
Comme s’il cherchait Quelque Chose -
semblait-il -

Puis devenir plus Nuageux -
Et puis – s’emplir de Brouillard -
Et puis – être soudé
Sans découvrir ce que c’était
Qu’il aurait été heureux d’avoir vu -

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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