Arbrealettres

Poésie

Archive pour septembre 2010

Si j’étais roi (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 18 septembre 2010


Si j’étais roi de la forêt,
Je mettrais une couronne
Toute d’or; en velours bleuet
J’aurais un trône.

En velours bleu, garni d’argent
Comme un livre de prière,
J’aurais un verre de diamant
Rempli de bière,

Rempli de bière ou de vin blanc.
Je dormirais sur des roses.
Dire qu’un roi peut avoir tant
De belles choses.

(Charles Cros)


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Inquiétude (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


Inquiétude

Si mes mains se blessent à l’écorce
Qui sue la résine
C’est pour cueillir des fruits
Mais serai-je aussi patient que la sève ?

Dans l’air joyeux
Un orage est suspendu
La pluie se fait silence
Effrayé par l’espace
L’oiseau se pose
Sur l’ombre de la branche

Alors que le jour se taillade les veines
Que des étoiles vont neiger sur la nuit
Je ne tiens pas à réveiller les heures assoupies.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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La maison du temps (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


La maison du temps

Du matin au soir
La fenêtre suit le soleil
Avec un regard malicieux
La maison se hausse sur ses fondations
Dans une lumière à peine esquissée
Au pied d’un arbre ventripotent

Le lierre encadre les pommettes de la façade
Qui m’offre le sourire de sa porte
Le soleil ne cicatrise pas
Les blessures du toit

La maison se lézarde
D’avoir trop ri et d’avoir trop pleuré
Et d’avoir trop prié

Le temps consume sa bougie
Chaque goutte de cire
Est une heure qui coule

La flamme diminue
Avant de s’éteindre

La mèche n’est jamais assez longue.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Poème avec cycliste (Franz Hodjak)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


Poème avec cycliste

Le cycliste, ici
dans la forêt, n’est pas
ni. Il roule, toujours

plus vite, file à toute allure, dépasse
le vent, le commencement, son propre
arrêt cardiaque, la poste, la liberté, la

lumière. À la vitesse qu’il
vient d’atteindre, il
est à peine encore visible. Il incarne

notre conviction, qui
ne peut plus toujours
se permettre les deux : le poursuivi

et le poursuivant. Il est
aussi bien que. Nous sommes
fiers de lui. Nous parions

sur sa victoire.

***

Gedicht mit Radfahrer

Der Radfahrer, hier
im Wald, er ist weder
noch. Er radelt, immer

schneller, er rast davon, überholt
den Wind, den Anfang, den eignen
Herzinfarkt, die Post, die Freiheit, das

Licht. In der Geschwindigkeit, die
er inzwischen erreicht hat, ist
er kaum noch sichtbar. Er verkörpert

unsre Überzeugung, die sich
nicht mehr immer und ewig
beides leisten kann, Verfolgten

und Verfolger. Er ist
sowohl als auch. Wir sind
stolz auf ihn. Wir setzen

auf seinen Sieg.

(Franz Hodjak)

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Le poème (Jürgen Theobaldy)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


Le poème n’est pas un rêve
mais la réponse au rêve.

***

Das Gedicht its kein Traum,
es ist die Antwort auf den Traum

(Jürgen Theobaldy)


Illustration: Théodore Chassériau

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Quelque (Michaël Donhauser)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


Quelque m’a ou
dis-je et
feuillage, chose
effleuré

Crépite à peine
pendant, alors que
sur l’asphalte
cela tournoie

oscille, afin
qu’impassible
venté, oui
et puis s’en va

***

Hat mich oder
sag ich und
Blattwerk, etwas
leicht bewegt

Knistert kaum
während, wenn
am Asphalt
es sich dreht

Wippend, daß
unbetört
windig, ja
und vergeht

(Michaël Donhauser)

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Anges (Kurt Drawert)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


Anges

Les anges du bonheur
Centimètre par centimètre
ils s’éloignent de moi.

Les uns, pleins d’élégance,
la face tournée vers moi encore
et en une tendre révérence

les autres sans dire mot,
passant la froideur dans l’épaule
devant la place du créancier.

Et ce qu’hier encore comptait
est maintenant la neige
sur les bras qui du sapin se baissent.

***

Engel

Die Engel des Glücks,
Zentimeter für Zentimeter
gehen sie von mir.

Die einen stilvoll,
das Gesicht noch zu mir gewandt
und in sanfter Verneigung,

die anderen wortlos,
mit kalter Schulter
am Standort des Gläubigers vorbei.

Und was gestern noch zählte,
ist heute der Schnee
auf den sinkenden Armen der Tanne.

(Kurt Drawert)


Illustration: Kandl

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Blue Box (Barbara Köhler)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


Blue Box

D’où vient tant de tristesse nous en parlions justement
La doctrine teinte en bleu : ne rien attendre
prendre tout ce qui vient donner ce qui va
vers nous entre venir et aller le milieu
s’appelle rester entre prendre et donner
il n’y a rien à attendre. Ce sont des mots
c’est tout. Le parler
n’a pas d’issue. Le milieu vide un espace
l’espérance inhabitable Il ne reste rien
derrière le rebord du deuil de l’amour
les faits ne sont pas à la femme d’un homme
pas à l’homme d’une femme, neutre le contre peut attendre
pour un bout le bleu me fait rester : ce

***

Blue Box

Woher so traurig Grade noch sprachen wir
Die eingebläute Lehre : nichts erwarten
alles nehmen was kommt geben was geht
uns zwischen Kommen und Gehen die Mitte
heißt Bleiben zwischen Nehmen und Geben
gibts nichts zu erwarten Das sind Worte
ist alles. Die Ausweglosigkeit
des Sprechens Die leere Mitte ein ZwischenRaum
die unbewohnbare Hoffnung Es bleibt
nichts übrig hinterm Trauerrand der Liebe
nicht der Frau eines Mannes nicht dem Mann
einer Frau sind Taten sächlich kann Gegen warten
für ein Stück Blau laß mich bleiben : es

(Barbara Köhler)


Illustration: Rafal Olbinski

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Meubles (Barbara Köhler)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


Meubles

Quitter toute sécurité,
les phrases utilisées, taire
le dit jusqu’à ce qu’il aille,
jusqu’à ce qu’il aille aux choses,
qui se dressent immobiles dans la pièce :
la table
les deux chaises
le lit.
Sortir, fermer la porte, laisser
les choses pour elles,
pour toi.

Tout ainsi se transforme,
et vient le temps :
nous nous rencontrons
dans l’autre, une autre fois
la porte s’ouvre comme ça,
assis sur les chaises, attablés,
assis sur le lit, nous rêvons
encore une fois au retour du bois
dans les forêts.

***

Möbel

Alles Verläßliche verlassen,
die benutzten Sätze, das Besagte
verschweigen bis es geht,
bis zu den Dingen geht,
die im Raum stehen unbewegt :
der Tisch
die zwei Stühle
das Bett.
Hinaus gehen, die Tür schließen, die Dinge
stehen lassen für sich,
dir zu.

So wird alles anders
so wird es Zeit :
wir begegnen im Anderen
einander, ein andermal
öffnet sich so die Tür,
wir sitzen auf den Stühlen, am Tisch,
auf dem Bett träumen wir
noch einmal das Holz zurück
in die Wälder.

(Barbara Köhler)


Illustration: René Magritte

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L’air est comme la porcelaine (Raoul Schrott)

Publié par arbrealettres le 17 septembre 2010


dans ce froid l’air
est comme la porcelaine
et le ciel
une jatte – une fêlure
du clocher au
sommet – une fissure
par laquelle la nuit
regarde jusqu’à ce que la terre
éclate en étoiles

***

in dieser kälte ist die
luft wie porzellan
und der himmel eine
schüssel – ein sprung
vom kirchturm bis
zum gipfel – ein riß
durch den die nacht
schaut bis die erde
zu sternen zerspringt

(Raoul Schrott)


Illustration

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