Arbrealettres

Poésie

Archive pour septembre 2010

Impérissable créature (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 30 septembre 2010


Impérissable créature,
D’où te vient, non ta valeur,
Mais ce qu’en notre âme tu es,
Cette force que trahison,
Désillusion jamais n’épuisent,
Qui, toujours vive, à vous nous condamne ? Invincibles
Vous rôdez dans l’obscure trame
De nos cités, vous maintenez en vie
Une race détruite, vous les ultimes
Ministres de l’espérance, fût-elle vaine
En fin de compte !

Faut-il adoucir des souffrances :
Une femme le pourra ; un homme désespère
De son destin : c’est encore une femme
Qui le soutiendra le long du rocailleux chemin ;
Un homme brise son épée :
La femme aimée la lui remet,
Pure et brillante, en main.
Et pourtant nous savons
Combien cruelle, vile, traîtresse
Elle est.

Siècles et millénaires
S’étaient entassés l’un sur l’autre
Et désormais elle languissait, se défaisait
La race humaine, jadis glorieuse…
Sur la pourriture, sur le purin
Quelque chose flottait et c’était une femme.

***

Inesauribile creatura,
Donde ti viene, non già il tuo valore,
Ma quello che nel nostro anima sei,
Quella virtù che tradimento,
Che delusione non sgomenta,
Che sempre viva a voi ci sforza ? Invitte
Voi vi aggirate per l’oscura trama
Delle nostre città, serbate in vita
Una razza distrutta, voi ministre
Ultime di speranza, e sia pur vana
Infne !

Un male è da lenire
Una donna potrà ; dispera un uomo
Del suo destino : ed una donna ancora
Lo sosterrà lungo la via ronchiosa ;
Un uomo spezza la sua spada
Schietta e lucente nella mano
A lui la riporrà la donna amata.
E tuttavia sappiamo pure
Quanto feroce, vile, traditrice,
Ella.

S’erano i secoli, i millenni
L’uno sull’altro accatastati
Ed oramai languiva e si sfaceva
La stirpe umana, un di gloriosa…
Sul putridume, sul liquame
Qualcosa galleggiava : era una donna.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: William Bouguereau

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En vain (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 30 septembre 2010


En vain le soleil assène
Ses messages de vie aux planètes mortes.
La terre s’éteindra et en un long
Retour d’années le Soleil
La bercera encore entre ses rayons d’or

Sans en tirer le moindre frémissement.
Elle resplendit, la poésie,
Au-dessus de ma tête ;
Pourtant, dans mon jardin elle n’éveille
Aucune fleur.

***

Invano il sole vibra i svoi messaggi
Di vita ai morti pianeti :
Si spengerà la Terra e per un lungo
Volgere d’anni ancora il Sole
La cullerà tra raggi d’oro,
Senza cavarne un solo fremito.

Splende bensi la poesia
Sulla mia testa ;
Pure, nel mio giardino non ridesta
Un solo fiore.

(Tommaso Landolfi)

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Horreur si longtemps redoutée (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 29 septembre 2010


Horreur si longtemps
Redoutée, en rêve je tombai
Dans l’eau noire d’un lac
Niché au creux d’un cirque pyrénéen.
Je nageais, mais la rive était loin.
De tous côtés menaçait la montagne ;
Plages enneigées ; inébranlables,
Impraticables rocs…
Je nageais sans pouvoir aborder ;
Je me sentais mourir,
Suffoquer d’épouvante…
Puis, éveillé, je vis que je nageais
Dans une eau noire entre des rocs
Inébranlables, entre d’impraticables
Plages enneigées, et que jamais
Je ne donnerai un chaste baiser
A la jeune fille de mon rêve,
Et ne déposerai mon fardeau à ses pieds.

***

Orrore tanto a lungo
Temuto, caddi in sogno
Nell’acqua nera d’un lago
Annidato in un circo pirenaico.
Nuotavo, ma la sponda era lontana.
D’ogni parte incombeva la montagna ;
Piagge nevose ; ferrigni,
Impraticabili scogli…
Nuotavo, e non giovava ;
Mi sentivo morire,
Soffocare dallo spavento…
Poi, desto, vidi che nuotavo
In un’acqua nera tra scogli
Ferrigni, tra impraticabili
Piagge nevose, e che non mai
Avrei raggiunto la proda,
Avrei recato un casto bacio
Alla fanciulla di sogno,
O desposto ai suoi piedi il mio fardello.

(Tommaso Landolfi)


Illustration

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Ah combien j’étais fou (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 29 septembre 2010


Ah combien j’étais fou, moi qui cherchais parfois
A te représenter : tu n’es pas de la terre,
Tu n’as pas nom humain, ton beau visage
Est le soleil épars sur les choses,
Ta voix est un frisson d’étoiles ;
Ou encore, quand s’ouvre le ciel, tu souffles
Une trop étrange parole.
Et pour cela jamais personne
Ne proclamera ta venue.
D’où vient, pourtant, que tu parles en mon cœur ?
Oh, puisque tu me parles, tu dois m’entendre ?
Si tu m’entends, je ne te demande qu’une grâce,
A toi mon errante et passagère compagne :
Celle de blasphémer ou de prier un dieu.

***

Ah quanto folle che cercai talvolta
D’affigurarti : tu non sei terrena
E non hai nome umano, il tuo bel volto
È il sole sparso sulle cose
Et la tua voce un fremito di stelle ;
O, fratto il cielo, soffi
Una favella troppo forestiera.
Per questo mai nessuno
Proclamerà il tuo avvento.
Donde, pure, che tu mi parli in cuore ?
O, dal momento che mi parli, m’odi ?
E se m’odi, una Bola grazia chiedo
A te, compagna errante e casuale :
Di bestemmiare o di pregare un dio.

(Tommaso Landolfi)

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J’ai cherché à le maintenir en vie (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 29 septembre 2010


J’ai cherché à le maintenir en vie

Oh, avec quels
Soins infinis
J’ai cherché
A le maintenir en vie :
Chaque jour
Amoureusement
Je l’insultais,
Chaque jour
Je le vitupérais
Pour son oeuvre
Funeste.
Ciel, quelle fête,
Quelle belle théorie,
Comme c’était facile,
Comme c’était commode,
Comme c’était juste
A la mesure de l’homme !
Quand Dieu existait,
Non, il n’y avait
Pas de problèmes.
Mais après ?
Quel triste
Maudit
Etat.
Maintenant :
De tout
Je ne puis accuser que moi.

***
Ho cercato di mantenerlo in vita

Oh con quale
Cura infinita
Ho cercato
Di mantenerlo in vita :
Tutti i giorni
Amorosamente
Lo bestemmiavo,
Tutti i giorni
Lo vituperavo
Per l’opera sua
Funesta.
Cielo, che festa,
Che bell’assunto,
Com’era facile,
Com’era comodo,
Com’era, appunto,
A misura d’uomo !
Quando Dio era,
No, non si dava
Problema.
E invece
Che tristo
Dannato
Stato
Adesso :
Di tutto
Non posso dare colpa che a me stesso.

(Tommaso Landolfi)

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Jamais je ne serai libre (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 29 septembre 2010


Jamais je ne serai libre
Jamais je ne pourrai exhaler
Le souffle végétal du jonc creux ;
Les formes compactes
Imparties à l’empire
Du monde m’étouffent.

***
lo non saro mai libero,
No mai potro spirare
L’aura vegetale
Del guinco vuoto :
Le forme compatte
Cui è concesso l’impero
Del mondo mi soffocano.

(Tommaso Landolfi)


Illustration

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J’espère m’éloigner sous peu (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 29 septembre 2010


J’espère m’éloigner sous peu :
D’abord sur une planète,
De là sur l’orbite solaire,
De là encore sur une orbite galactique,
Et encore encore, sur l’orbite
Où courent des essaims de galaxies ;
Puis me perdre dans des nébuleuses inconnues.
Loin, bien sûr, mais pas au point
Que ne me joignent plus ta main
Et ton humide langue.

***
Spero tra poco lontanare :
Dapprima su una planetaria
Indi su un’orbita solare,
Indi ancora su un’orbita galattica,
E ancora ancora, sull’orbita
Che corrona gli sciami di galassie ;
E perdermi tra ignote nebulose.
Lontano certo, ma non tarito
Che non mi giunga la tua mano
E l’umida tua lingua.

(Tommaso Landolfi)


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La main délicate d’une femme (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 29 septembre 2010


La main délicate d’une femme
Nous tirait. Mais où ? – Un labyrinthe,
Un fouillis d’ifs et de buis…
Et après ? As-tu vraiment trouvé le fond,
Le sens premier de ces ardents baisers ?

Oh, furieux désir
D’éternité toujours déçu, assauts
Non de toi, femme : de l’infini.

***

La mano delicata d’una donna
Ci traeva. Ma dove ? – Un laberinto,
Un’ambage di bossoli e di tassi…
Et poi ? Davvero tu trovavi il fondo,
Il senso primo in quei struggenti baci ?

O furioso volere
D’eternità sempre deluso, assalti
Non a te, donna : all’infinito.

(Tommaso Landolfi)


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Etre baigné par les fougères (Tommaso Landolfi)

Publié par arbrealettres le 29 septembre 2010


Etre baigné par les fougères
Et renouveler l’immersion
Dans l’obscur bosquet d’yeuses -
Telle fut sans doute la plus ancienne image :
Quand à l’onde originelle se mêla
L’humeur de la moite matrice.

Sortir à grand peine de l’eau…
Pour aspirer aussitôt
Au ventre protecteur de la mère.

***

Esser bagnati dalle felci
E rinnovare il lavacro
Nell’atro bosco d’elci -
Tale forse l’immagine più antica :
Ove alla primigenia onda si mesce
L’umore della madida matrice.

Trarsi dall’acqua con fatica…
Per subito agognare
Il grembo della madre protettrice.

(Tommaso Landolfi)


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Le seul problème (Patrice de La Tour du Pin)

Publié par arbrealettres le 29 septembre 2010


Le seul problème

Tu chantes ce qui fait battre ton coeur,
Toute la part animale du vent,
Celle qui souffre, qui geint, qui prend peur,
Celle qui bouscule l’âme en avant.

Lorsqu’un jour tu sauras que tu la tiens
Serrée dans tes bras fous, jusqu’à sentir
Le rythme d’un coeur si pareil au tien,
Beaucoup plus sourd et proche de mourir,

Toute l’alchimie des mages savants,
La science de l’âme et celle du corps,
Te forceront à chercher dans la mort
Ce joyau secret de quel orient!

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Odilon Redon

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