Nulle brèche sur la paroi du jour.
Nulle fenêtre d’osmose où commencer l’amour…
Dehors est un ovale intact,
impérissable œuf de plomb décomposé sur nos sols.
Et il y a la surface intérieure,
paysage rentré sous nos arches de sang.
La mer et la montagne s’évaporaient
lentement dans la brume.
Devant pesait le vase
sans périple du temps.
Si la jeunesse était le chemin
sous la peau de cette veine qui revient,
évasifs, d’un doigt parmi nos spirales sanguines,
nous réinventerions le jour,
et ses fêtes rétractiles sous l’arbre du dedans.
Je l’avais compris un soir de légende
Si profondément que j’en avais peur,
Et notre amitié devenait si grande
Que nous n’en pouvions saturer nos cœurs.
Je ne connaissais que toi de si rare,
De si lumineux dans le haut chemin;
Je croyais que seule la mort sépare
Et que ton absence aurait une fin.
Par les soirs cruels de l’indifférence,
Je vivais dans ta très douce présence,
Attendant des jours tranquilles et clairs.
J’ai veillé longtemps, sans âme et sans force :
Peut-être as-tu su déchirer l’écorce
Qui voilait si mal un coeur si désert!
Ton corps s’ouvre comme un regard
Comme une fleur au soleil d’un regard
Tu t’ouvres
Beauté sans appui
Un clignement
Tout se précipite dans un oeil sans fond
Un clignement
Tout reparaît dans le même oeil
Le monde brille
Tu resplendis à la limite de l’eau et de la lumière
Tu es le beau masque du jour.
… quand nous éprouvions
qu’il n’est que quelques neiges
capables d’un creux dans la mémoire
capables d’éblouissantes fougères sur une vitre
qu’une bouche à l’aube couvre de buée
Peuple des nuages,
inaccessible et qui passe,
qui s’en va.
Ils naissent à l’horizon,
au-dessus de la mer.
Ils apparaissent par magie,
comme s’ils n’avaient jamais cessé d’exister.
Je les regarde et je sens au fond de moi
quelque chose de doux et de léger qui gonfle,
qui traverse mon corps.
Je sens sur la peau de mon visage
les taches claires et sombres qui bougent.
C’est en regardant les nuages qu’on devine le bonheur.
On ne possède plus rien,
mais on est abandonné, et on vole.
Mouvement de balancier de la mer,
frémissant des feuilles des arbres,
mouvement des pluies et reptation de l’eau des fleuves,
il y a tout cela dans le simple passage des nuages.
Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler, d’une possible fièvre
Partir, où personne ne part
Aimer jusqu’à la déchirure
Aimer, même trop, même mal
Tenter, sans force et sans armure
D’atteindre l’inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l’étoile
Peu m’importent mes chances
Peu m’importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l’or d’un mot d’amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon coeur serait tranquille
Et les villes s’éclabousseraient de bleu
Parce qu’un malheureux
Brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s’en écarteler
Pour atteindre l’inaccessible étoile