Savoir qu’il faut encore
Découvrir un visage
Où le même regard
Te vient d’une autre femme.
(Guillevic)
Publié par arbrealettres le 20 octobre 2010
Savoir qu’il faut encore
Découvrir un visage
Où le même regard
Te vient d’une autre femme.
(Guillevic)
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Publié par arbrealettres le 20 octobre 2010
Essaie, toi, de réussir
Tu sais bien quoi:
Ce que les racines
Font avec la terre.
Pénètre.
(Guillevic)
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Publié par arbrealettres le 20 octobre 2010
Sanglot perdu
Les étoiles d’or rêvaient éternelles;
Seul, sous leurs regards, songeant, loin de tous,
Devant leur douceur tombant à genoux,
Moi je sanglotais longuement vers elles.
“Ah! pourquoi, parlez, étoiles cruelles!
La Terre et son sort? Nous sommes jaloux!
N’a-t-elle pas droit aussi bien que vous
À sa part d’amour des lois maternelles ?
u Quelqu’un veille-t-il, aux nuits solennelles?
Qu’on parle! Est-ce oubli, hasard ou courroux?
Pourquoi notre sort? C’est à rendre fous!”…
— Les étoiles d’or rêvaient éternelles…
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 20 octobre 2010
Éclair de gouffre
J’étais sur une tour au milieu des étoiles!
Soudain, coup de vertige. Un éclair où, sans voiles,
Je sondais grelottant d’effarement, de peur,
L’énigme du Cosmos dans toute sa stupeur!
Tout est-il seul ? Où suis-je? Où va ce bloc qui roule
Et m’emporte? Et je puis mourir! mourir, partir,
Sans rien savoir! Parlez! O rage, et le temps coule
Sans retour! Arrêtez! arrêtez! et jouir?
Car j’ignore tout, moi ! Mon heure est là peut-être :
Je ne sais pas! J’étais dans la nuit, puis je nais.
Pourquoi? D’où l’univers ? Où va-t-il? Car le prêtre
N’est qu’un homme. On ne sait rien! Montre-toi, parais,
Dieu, témoin éternel! Parle, pourquoi la vie?
Tout se tait! Oh! l’espace’ est sans coeur! Un moment!
Astres! Je ne veux pas mourir! J’ai du génie!
Ah! redevenir rien irrévocablement!
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 20 octobre 2010
Méditation grisâtre
Sous le ciel pluvieux noyé de brumes sales,
Devant l’Océan blême, assis sur un îlot,
Seul, loin de tout, je songe, au clapotis du flot,
Dans le concert hurlant des mourantes rafales.
Crinière échevelée ainsi que des cavales,
Les vagues se tordant arrivent au galop
Et croulent à mes pieds avec de longs sanglots
Qu’emporte la tourmente aux haleines brutales.
Partout le grand ciel gris, le brouillard et la mer,
Rien que l’affolement des vents balayant l’air.
Plus d’heures, plus d’humains, et solitaire, morne,
Je reste là, perdu dans l’horizon lointain
Et songe que l’Espace est sans borne, sans borne,
Et que le Temps n’aura jamais… jamais de fin.
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 20 octobre 2010
Excuse mélancolique
Je ne vous aime pas, non, je n’aime personne,
L’Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours;
Puis, mon coeur est trop vieux pour fleurir comme aux jours
Où vous eussiez été mon unique madone.
Je ne vous aime pas, mais vous semblez si bonne.
Je pourrais oublier dans vos yeux de velours,
Et dégonfler mon coeur crevé de sanglots sourds
Le front sur vos genoux, enfant frêle et mignonne.
Oh! dites, voulez-vous? Je serais votre enfant.
Vous sauriez endormir mes tristesses sans causes,
Vous auriez des douceurs pour mes heures moroses,
Et peut-être qu’à l’heure où viendrait le néant
Baigner mon corps brisé de fraîcheur infinie,
Je mourrais doucement, consolé de la vie.
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 20 octobre 2010
Chaste rosace d’or, d’azur et de cinabre,
Va, je viendrai souvent lire en toi, loin du jour,
L’Illusion, plus morne en son chahut macabre,
Et me noyer en toi, crevé, crevé d’amour!
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 19 octobre 2010
Résignation
Parasite insensé d’une obscure planète,
Dans l’infini tonnant d’éternelles clameurs,
Sur un point inconnu j’apparais et je meurs,
Et je veux qu’aussitôt tout le sache, et s’arrête!
Je veux que pour un cri perdu dans la tempête
Les océans soudain sèchent leurs flots hurleurs,
Et que pour apporter sur ma tombe des fleurs,
Les soleils en troupeaux accourent de leur Fête!
Pauvre coeur insensé! brise-toi, tu n’es rien.
Et bien d’autres sont morts dont le cœur fut le tien,
Et la terre elle-même ira dans le silence.
Tout est dur et sans coeur et plus puissant que toi.
Souffre, aime, attends toujours et danse
Sans même demander l’universel Pourquoi.
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 19 octobre 2010
Dans les jardins
De nos instincts
Allons cueillir
De quoi guérir…
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 19 octobre 2010
Complainte d’un certain dimanche
L’homme n’est pas méchant, ni la femme éphémère.
Ah! fous dont au casino battent les talons,
Tout homme pleure un jour et toute femme est mère,
Nous sommes tous filials, allons!
Mais quoi! les Destins ont des partis-pris si tristes,
Qui font que, les uns loin des autres, l’on s’exile,
Qu’on se traite à tort et à travers d’égoïstes,
Et qu’on s’use à trouver quelque unique Évangile.
Ah! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.
Dans ce village en falaises, loin, vers les cloches,
Je redescends dévisagé par les enfants
Qui s’en vont faire bénir de tièdes brioches;
Et rentré, mon sacré-coeur se fend!
Les moineaux des vieux toits pépient à ma fenêtre,
Ils me regardent dîner, sans faim, à la carte;
Des âmes d’amis morts les habitent peut-être ?
Je leur jette du pain : comme blessés, ils partent!
Ah! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.
Elle est partie hier. Suis-je pas triste d’elle?
Mais c’est vrai ! Voilà donc le fond de mon chagrin!
Oh! ma vie est aux plis de ta jupe fidèle!
Son mouchoir me flottait sur le Rhin….
Seul. — Le Couchant retient un moment son Quadrige
En rayons où le ballet des moucherons danse,
Puis, vers les toits fumants de la soupe, il s’afflige…
Et c’est le Soir, l’insaisissable confidence…
Ah! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Faudra-t-il vivre monotone?
Que d’yeux, en éventail, en ogive, ou d’inceste,
Depuis que l’Être espère, ont réclamé leurs droits!
Ô ciels, les yeux pourrissent-ils comme le reste?
Oh! qu’il fait seul! oh! fait-il froid!
Oh! que d’après-midi d’automne à vivre encore!
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos rêves se vautre!
Or, ne pouvant redevenir des madrépores,
Ô mes humains, consolons-nous les uns les autres.
Et jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Tâchons de vivre monotone.
(Jules Laforgue)
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