Archive pour novembre 2010
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010
Chagrin de la nuit somnolente aux rides assoupies
Lentes sont les fissures de l’aube certaine
L’étoile m’a attelé à son aile ô sourde beauté
Fol oiseau je suis dans la demeure hantée
Eclair je te pardonne mon coeur est de foudre
Fendre la montagne hâlée le silence n’est que tempête
***
The sorrow of a languid night with drowsy wrinkles
Slow in coming are the cracks of the certain dawn
The star has harnessed me to its wing o deaf beauty
Mad bird I am in the haunted abode
Lightning I forgive you my heart is made of a thunderbolt
Splitting the sunburnt mountain the silence is only storm
(Tahar Bekri)
Publié dans poésie | Tagué: (Tahar Bekri), assoupie, éclair, étoile, beauté, chagrin, coeur, demeure, fendre, fissure, foudre, montagne, oiseau, pardonner, ride, silence, somnolente, sourde, tempête | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010
J’avais une terre au bout de ma peine
La mort l’a habitée
J’avais une coupe de mes chants pleine
L’étoile l’a renversée
J’avais une source au sein de la fontaine
La mer l’a ignorée
J’avais un soleil qui caressait la plaine
La nuit l’a dérobé
J’avais un fleuve pour lit pour ma reine
Le désert l’a ensorcelé
J’avais une oasis que je partageais avec la lune
L’ombre l’a brûlée
***
I had a land at the end of my sorrow
Death has inhabited it
I had a cup full of my songs
The star has overturned it
I had a spring at the heart of the fountain
The sea has ignored it
I had a sun which caressed the plain
The night has stolen it
I had a river as a bed for my queen
The desert has bewitched it
I had an oasis that I shared with the moon
The shade has burned it
(Tahar Bekri)
Illustration: Francine Van Hove
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Tahar Bekri), étoile, chant, coupe, dérober, désert, ensorceler, fontaine, ignorer, mer, mort, oasis, partager, peine, reine, soleil, terre | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010
Je n’ai su parler que de moi.
Mon monde est exigu comme celui des fourmis,
Et j’ai chargé comme elles sur un bien faible dos
Un lourd et dur fardeau.
J’ai emprunté comme elles — pour grimper vers le faîte —
Une route marquée de peine et de dur labeur.
Une gigantesque main, hostile et assurée,
Se joue de moi et me fait reculer.
Ma peur secrète de la main gigantesque
Souvent m’a fait pleurer, dévier en chemin.
Pourquoi m’avoir appelée, rivages enchantés ?
Pourquoi m’avoir leurrée, clartés dans le lointain ?
(Rachel Bluwstein)
Illustration: Odilon Redon
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Rachel Bluwstein), appelée, clarté, enchanté, exigu, faîte, fardeau, fourmi, gigantesque, hostile, labeur, leurrée, lointain, moi, parler, peur, pleurer, reculer, route, secrète | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010

Expression
Je connais tant d’adages, de formules précieuses,
De tournures pompeuses,
Martelant leur passage dans la phrase,
Pleins d’emphase.
Mais mon coeur me porte vers l’expression naïve
Comme l’enfant nouveau né,
Humble comme poussière.
J’ai connu des mots par milliers —
J’ai choisi de me taire.
Sauras-tu discerner même au sein du silence
Ma parole éloquente ?
La capter, la garder, en compagnon, en frère,
La blottir en ton sein comme ferait une mère ?
(Rachel Bluwstein)
Illustration: Francine Van Hove
Publié dans poésie | Tagué: (Rachel Bluwstein), adage, éloquence, blottir, coeur, connaître, emphase, expression, garder, humble, mère, naïve, nouveau-né, se taire, sein, silence | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010

Mille chagrins et dix mille regrets,
Du jeune homme que je suis
Accaparent le coeur.
Rêve brisé,
Dans l’hôtel solitaire, je me réveille de mon ivresse.
La nuit est longue et insipide.
Hélas! cet amour partagé sur l’oreiller
Pour tous les deux aujourd’hui est fini.
Orphelin,
Je n’ai plus que mes insomnies
Et suis de plus en plus affaibli.
Mon mal empire,
Mais que faire ?
Je n’y peux rien,
Si je suis déprimé.
Seul et perdu dans mes pensées,
Souvent je pleure.
Je ne sais pourquoi ces choses me reviennent,
Pourquoi je ne puis les chasser de ma tête.
Finalement,
Je vous le demande,
Que faut-il faire ?
(Liu Yong)
Illustration: Bernard Buffet
Publié dans poésie | Tagué: (Liu Yong), accaparer, affaibli, brise, chagrin, déprimé, insipide, insomnie, ivresse, orphelin, rêve, regret, solitaire | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010
Comme ils désirent fermer les rideaux parfumés
Pour se parler d’amour, l’un contre l’autre serrés!
Elle fronce les sourcils, déjà chagrinée de la brièveté de la nuit.
Que son jeune amant se couche le premier,
Qu’il réchauffe le lit, sous l’édredon aux canards mandarins !
Mais l’ouvrage en train est bien vite délaissé
Et la jupe de soie retirée,
Pour faire naître des désirs sans fin.
« Laisse la lampe allumée devant la courtine,
Que je puisse contempler à loisir,
Ce visage tant aimé. »
(Liu Yong)
Illustration: Rembrandt
Publié dans poésie | Tagué: (Liu Yong), aimer, amant, amour, édredon, brièveté, contempler, désir, désirer, jupe, lampe, nuit, parfumé, parler, soie, sourcil, visage | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010
Des tapis de brocart, des paravents de soie,
Une longue et sinueuse galerie.
La nuit est paisible et j’ai du temps libre pour lui rendre visite.
La nouvelle lune se lève sur les degrés de jade et les rampes sculptées.
Une porte vermillon s’entrebâille, on échange des regards.
Le brasero qui fume a bientôt réchauffé la courtine.
Arbre et rameaux de jade
Souplement s’entrelacent.
La force du vin aidant, le désir se déchaîne
Et l’édredon d’amour ondule en vagues rouges.
(Liu Yong)
Illustration: Koryusai
Publié dans poésie | Tagué: (Liu Yong), amour, édredon, brocart, désir, galerie, jade, lune, onduler, paravent, regard, rouge, soie, tapis, vermillon, vin | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010
Penché dans la brise légère, au sommet de la tour,
Je scrute les lointains, et une langueur printanière
Confusément monte de l’horizon.
Les teintes de la végétation s’embrument dans les vestiges du jour.
Silencieux, je reste accoudé à la balustrade : qui pourrait me comprendre?
Je vais sans retenue boire jusqu’à l’oubli.
Avec l’ivresse viennent les chansons,
Mais gaîté forcée n’apporte point de plaisir.
Ma robe peut bien flotter, je n’ai aucun regret,
Car elle vaut la peine que je perde la santé.
(Liu Yong)
Illustration: Jean-Charles Blais
Publié dans poésie | Tagué: (Liu Yong), boire, brise, comprendre, gaîté, langueur, oubli, regret, robe, santé, silencieux, sommet, tour | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010
La nuit dernière déjà
J’avais dormi tout habillé,
Et cette nuit encore
Tout habillé je me suis endormi.
Je rentrais d’une petite beuverie,
Passée la première veille,
Quand ivre mort me suis écroulé.
Mais peu après minuit,
Pourquoi soudain me suis-je réveillé ?
L’air glacial m’a fait frissonner.
Un mince filet de vent
A travers la fenêtre s’est infiltré
Et la flamme de la lampe a doucement vacillé.
Seul dans mon lit, je me tourne et me retourne, essayant de me rappeler
Mon rêve de nuages et de pluie.
Appuyé contre l’oreiller, en vain je m’efforce de le retrouver,
Le coeur tout agité de mille sentiments.
Je la sens si proche et si lointaine à la fois !
Quand le temps et le cadre sont propices,
A quoi bon penser tendrement l’un à l’autre
Si l’on ne peut s’aimer pour de vrai…
(Liu Yong)
Illustration: Francine Van Hove
Publié dans poésie | Tagué: flamme, seul, nuit, tendrement, proche, oreiller, ivre, vaciller, frissonner, lointaine, glacial, se rappeler, se réveiller, s'aimer, (Liu Yong), beuverie, pour de vrai | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 11 novembre 2010
A peine rencontrés, il fallut nous quitter
Et ne pensais pas
Jamais revoir son visage.
Mais l’autre jour
Par hasard, dans un banquet je l’ai retrouvée.
Tandis que nous buvions,
Elle trouva le loisir
De soupirer, les sourcils tout froncés,
Ressuscitant une foule de chagrins anciens.
Les yeux pleins de larmes,
Penchée vers moi,
Elle murmura toutes sortes de reproches :
« Les sentiments qui agitaient ton coeur,
Je ne pouvais les deviner.»
J’aimerais croire qu’il est vrai
Qu’à aucun autre tu n’es liée.
Si je pouvais faire taire mes folles pensées,
Avec toi je vivrais pour l’éternité.
(Liu Yong)
Illustration: Francine Van Hove
Publié dans poésie | Tagué: (Liu Yong), agiter, éternité, chagrin, coeur, folle, larme, lie, loisir, par hasard, quitter, rencontrer, reproche, ressusciter, retrouver, revoir, sentiment, soupirer, taire, visage, vrai | Laisser un Commentaire »