Archive pour novembre 2010
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
Le Masque
Ce matin, en entrant dans ma chambre,
j’avais oublié ta présence:
masque de femme orientale
fait par un grand sculpteur.
Frayeur sacrée de trouver là
où on se croit seul plus que figure.
Et de sentir que la mienne
te contemplant,
face comblée,
ne saurait t’égaler.
(Rilke)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Rilke), égaler, chambre, comblée, contempler, entrer, femme, figure, frayeur, masque, matin, orientale, oublier;présence, sacrée, sculpteur, sentir, trouver | 1 commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
Nénuphar
J’ai toute ma vie, mais qui la dirait mienne
me priverait, car elle est infinie.
Le frisson d’eau, la teinte aérienne
sont à moi; c’est encor cela, ma vie.
Aucun désir ne m’ouvre: je suis pleine
jamais je ne me referme par refus, -
au rythme de mon âme quotidienne
je ne désire point -, je suis émue;
Par ce mouvement j’exerce mon empire
rendant réels les rêves du soir
les au-delà des miroirs…
(Rilke)
Publié dans poésie | Tagué: (Rilke), au-delà, âme, émue, désir, désirer, eau, empire, exercer, frisson, infini, miroir, nénuphar, ouvrir, priver, réel, rêve, refermer, refus, rythme, soir, teinte, vie | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
On guette
Au matin, pourtant, tout ressemblerait au bonheur.
Si on savait ce qu’est le bonheur.
La lumière et la chaleur pourraient en donner une idée
sans cette sorte d’ombre
qui glisse entre objet et regard.
C’est peut-être pour ça qu’on est perdu.
Parce qu’on ne coïncide pas.
Ou si peu.
Et c’est ce peu qu’on cherche.
Entre deux gestes, deux mots,
au milieu de la foule,
dans une pièce vide.
Faute de mieux, on dit:
c’est un souffle, c’est de l’air.
Comme celui, léger,
qui entre par la fenêtre entr’ouverte.
L’embrasure,
oui, mais sans la beauté du mot.
Alors on guette.
Ca ne viendra pas,
mais on guette.
(Jacques Ancet)
Illustration: Vladimir Kush
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Jacques Ancet), air, bonheur, chaleur, chercher, coïncider, embrasure, entrouverte, foule, geste, guetter, léger, lumière, matin, objet, ombre, perdu, regard, ressembler, souffle, venir | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
Presque
Au milieu des voix, la voix.
Je l’écoute, je ne la comprends pas.
Ni trop loin, ni trop près, ailleurs.
Un peu d’eau sous les paroles.
Une sorte de goutte à goutte obscur.
Puis rien qu’un silence sonore dans la bouche.
Une phrase, peut-être, prononcée sans savoir.
Une autre.
Et c’est comme un voyage de syllabes,
une lente dérive. Et, soudain, presque un mot.
- Presque?
- Oui, presque.
- Et que dit-il?
- Que c’est là.
(Jacques Ancet)
Illustration
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Jacques Ancet), écouter, bouche, comprendre, dérive, eau, goute à goutte, obscur, parole, phrase, presque, savoir, silence, syllabe, voix, voyage | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
Le cri de l’oiseau, comme il nous saisit…
Un cri, n’importe quel, une fois fait.
Mais les enfants qui s’amusent dehors
poussent des cris déjà loin du vrai cri.
Crient le hasard. Dans les interstices
de cet espace-ci du monde (où le cri préservé
de l’oiseau passe ainsi que les hommes en rêve)
ils enfoncent les coins de leurs piailleries.
Hélas! où sommes-nous? Toujours encor plus libres,
tels des cerfs-volants arrachés de leur fil,
nous nous ruons à mi-hauteur, frangés de boue,
déchirés par le vent. — Ordonne les crieurs,
toi, dieu du Chant! qu’ils se réveillent en bruissant,
tel le courant porteur de la tête et de la lyre.
(Rilke)
Publié dans poésie | Tagué: (Rilke), boue, bruire, cerf-volant, chant, cri, Dieu, libre, lyre, oiseau, ordonner, piaillerie, rêve, s'amuser, saisir, se réveiller, tête | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
La Passante d’Été
Vois-tu venir sur le chemin la lente, l’heureuse,
Celle que l’on envie, la promeneuse?
Au tournant de la route il faudrait qu’elle soit
Saluée par de beaux messieurs d’autrefois.
Sous son ombrelle, avec une grâce passive,
Elle exploite la tendre alternative:
S’effaçant un instant à la trop brusque lumière,
Elle ramène l’ombre dont elle s’éclaire.
(Rilke)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Rilke), alternative, été, envier, grâce, heureuse, lente, lumière, messieurs, ombre, ombrelle, passante, passive, promeneuse, s'éclairer, saluée, tendre | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
Fenêtre, qu’on cherche souvent
pour ajouter à la chambre comptée
tous les grands nombres indomptés
que la nuit va multipliant.
Fenêtre, où autrefois était assise
celle qui, en guise de tendresse,
faisait un lent travail qui baisse
et immobilise…
Fenêtre, dont une image bue
dans la claire carafe germe.
Boucle qui ferme
la vaste ceinture de notre vue.
(Rilke)
Illustration: Max Liebermann
Publié dans poésie | Tagué: (Rilke), baisser, carafe;boucle, ceinture, chambre, chercher, fenêtre, image, immobiliser, multipliant, nombre, souvent, tendresse, travail, vue | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
L’Attente
C’est la vie au ralenti,
c’est le cœur à rebours,
c’est une espérance et demie:
trop et trop peu à son tour.
C’est le train qui s’arrête en plein
chemin sans nulle station
et on entend le grillon
et on contemple en vain
penché à la portière,
d’un vent que l’on sent, agités
les prés fleuris, les prés
que l’arrêt rend imaginaires.
(Rilke)
Publié dans poésie | Tagué: (Rilke), arrêt, attente, à rebours, chemin, coeur, contempler, espérance, grillon, imaginaire, penché, peu, pré, ralenti, train, trop, vent, vie | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2010
Choix Terrestre
Tu me poursuis où je m’en aille,
force ardente,
qui m’éprouve maille par maille
dans la tourmente,
et tu m’attaques pour que je vaille
parmi les choses.
On se décide vers la médaille ou vers les roses
(Rilke)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Rilke), ardente, attaquer, éprouver, choix, force, maille, médaille, poursuivre, rose, se décider, tourmenté | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 28 novembre 2010
Un méandre de rivière
Sous un manteau d’ombre
Me renvoie l’image
Des amours perdues
Je m’exile dans ma propre ville
Sous la moisissure du ciel
J’entends de nouveau les musiques colorées
A chaque carrefour
Ou dans un parc troublé
Par un sentiment d’inquiétude
Hanté par des sculptures vivantes
Sous un ciel endommagé
Par l’insolence du soleil
La rue retentit
Et la rivière se blottit
Dans cette ville
A l’horizon la colline opulente
De l’Hautil domine la Seine
Dans la paix des brouillards
Ses pentes ruissellent de verdure
Et un loin de limpidité
Tremble sur un coteau de vigne bleue
J’écoute la musique de la ville.
CONFLANS 1981
(Jean-Baptiste Besnard)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Jean-Baptiste Besnard), amours, écouter, brouillard, carrefour, ciel, colline, coteau, image, insolence, méandre, moisissure, musique, ombre, paix, perdu, rivière, ruisseler, s'exiler, sculpture, trouble, vigne, ville | 2 Commentaires »