Archive pour décembre 2010
Publié par arbrealettres le 31 décembre 2010
La seule pierre, peut-être,
Sur laquelle
J’ai posé mes lèvres
Pour un baiser
A travers le temps
Car c’était de cette pierre
Que j’attendais le chant
Qui me permettrait
De supporter
La beauté du soir
Et l’espoir d’autres baisers
Qui viendraient.
(Guillevic)
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Publié par arbrealettres le 31 décembre 2010
Dites-moi quand
dites-moi quand
le clocher sera l’art,
le peuplier prières
quand la nouvelle aurore
et pour quand la lumière.
(Max Jacob)
Illustration: Claude Monet
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Publié par arbrealettres le 31 décembre 2010
J’ai pris leur sens de la vue aux guêpes menues
Qui sucent l’axe de la terre, l’axe de la terre,
Je pressens tout ce qui m’est advenu
Et m’en souviens par cœur et par chimère.
Je ne joue pas de la voix noire de l’archet,
Et je ne chante pas et non plus ne dessine,
Je ne fais que boire la vie et il me plaît
D’envier les guêpes majestueuses et malignes.
Ô ! s’il était possible qu’un jour moi aussi,
La chaleur de l’été et l’aiguillon de l’air
Me donnent, dépassant mort et sommeil d’ici,
D’entendre l’axe de la terre, l’axe de la terre.
(Ossip Mandelstam)
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Publié par arbrealettres le 31 décembre 2010
J’aime l’haleine quand il gèle,
L’hiver l’aveu léger de la buée :
Ici le je, et là-bas le réel.
Un gamin aux pommettes rouges
S’est élancé tête baissée
Seigneur et tyran de sa luge.
Et moi, parlant avec le monde, avec la liberté,
Je cède à la contagion du traîneau
Dans les franges, les parenthèses argentées,
Et le siècle plus léger que l’écureuil tomberait,
Plus léger que l’écureuil au bord moelleux du ruisseau,
Avec un demi-ciel dans les feutres, dans les jambes !
(Ossip Mandelstam)
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Publié par arbrealettres le 31 décembre 2010
Des monticules de têtes humaines s’étendent au loin,
Et moi, là-bas, je deviens si petit que j’échappe aux regards,
Mais dans les livres souriants, dans les jeux des enfants,
Je vais ressusciter pour dire que le soleil brille.
(Ossip Mandelstam)
Illustration: Paul Cézanne
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Publié par arbrealettres le 31 décembre 2010
Des causes nous buvons l’enchaînement trompeur
Dans des coupes, pestilentielles stalactites,
Et nous touchons armés de crochets des grandeurs,
Qui sont, comme une mort facile, si petites.
Et l’enfant garde le silence
Quand les jonchets sont ensemble jetés —
Ainsi repose un univers immense
Dans le berceau d’une petite éternité.
(Ossip Mandelstam)
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Publié par arbrealettres le 31 décembre 2010
Tes frêles épaules rougiront sous les fouets,
Rougiront sous les fouets, brûleront dans le gel.
Tes mains d’enfant soulèveront des fers,
Soulèveront des fers et tresseront des cordes.
Tes tendres pieds iront nus sur du verre,
Iront nus sur du verre dans le sable sanglant.
Et moi je brûlerai pour toi comme un cierge noir,
Comme un cierge noir, et il me sera défendu de prier.
(Ossip Mandelstam)
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Publié par arbrealettres le 30 décembre 2010
La vague a la fragilité du lys
Pourtant sa patte de velours
A parfois un geste bien lourd
Qui submerge plus d’une ville d’Ys.
(Jean-Baptiste Besnard)
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Publié par arbrealettres le 30 décembre 2010
Schubert sur l’eau, Mozart avec l’oiseau s’égosillant,
Et Goethe sifflant sur le sinueux sentier,
Hamlet, ses pas craintifs tenant lieu de pensée,
Avaient pris le pouls de la foule, à la foule s’étaient confiés —
Qui sait — avant les lèvres le murmure a pris naissance,
Les feuilles tournoyaient dans l’absente forêt,
Et ceux à qui nous dédions l’expérience
Avant l’expérience avaient acquis leurs traits.
(Ossip Mandelstam)
Illustration: Isabelle Aubry
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