Arbrealettres

Poésie

Archive pour décembre 2010

Désarroi (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


Désarroi

Un grand soleil de rire éclaire ma détresse.
Les oiseaux migrateurs frissonnent au départ
Et je vois qu’il est bon de dresser un rempart
Pour se bien protéger quand cesse la tendresse.

Le chemin qui poudroie à travers tous les champs
A emporté la meute avec tout son tumulte
Au galop des chevaux, avec des cris, des chants,
Derrière la colline où l’horizon culbute.

Un grand soleil de pierre a lapidé mon cœur
Dont le sang coule avec celui de la rivière
Et tout le paysage exprime sa rancœur
Dans un regard limpide où pleure la lumière.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Chante-toi Toi-même (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


Quand rien
Ne chante pour toi,

Chante-toi
Toi-même.

(Guillevic)

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Lamentation nocturne (Georg Trakl)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


Lamentation nocturne

La nuit s’est levée sur le désastre du front
Avec de beaux astres,
Sur la colline où tu gisais pétrifié de douleur,

Un fauve au jardin ton cœur dévorait.
Ange incandescent,
Tu gis poitrine en lambeaux sur le champ pierreux

À moins qu’oiseau de nuit dans la forêt,
Interminable plainte
Répétée sans relâche en roncier de ramure nocturne.

(Georg Trakl)

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Nuages, nuages doux (Le Clézio)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


Nuages, nuages doux,
tranquilles, étranges,
nuages gris aux formes ductiles,
corps de femmes, chevelures,
visages d’enfants, dragons, îles.
Nuages, je vais vers vous,
je me mêle à vous et je file,
moi aussi, changeant sans cesse
mon corps et mon visage.

(Le Clézio)


Illustration: Will Cotton

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Devenir soi-même petit (Le Clézio)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


Devenir soi-même petit,
si petit qu’on est à l’ombre d’une herbe et d’une fleur,
et vivre au soleil, dans la poussière,
sous le vent dans une seule journée
longue comme une saison.

(Le Clézio)


Illustration: Antoine de Saint-Exupéry

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La ville s’endormait (Jacques Brel)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Et la nuit peu à peu
Et le temps arrêté
Et mon cheval boueux
Et mon corps fatigué
Et la nuit bleu à bleu
Et l’eau d’une fontaine
Et quelques cris de haine
Versés par quelques vieux
Sur de plus vieilles qu’eux
Dont le corps s’ensommeille

La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Et mon cheval qui boit
Et moi qui le regarde
Et ma soif qui prend garde
Qu’elle ne se voit pas
Et la fontaine chante
Et la fatigue plante
Son couteau dans mes reins
Et je fais celui-là
Qui est son souverain
On m’attend quelque part
Comme on attend le roi
Mais on ne m’attend point
Je sais, depuis déjà
Que l’on meurt de hasard
En allongeant le pas

La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Il est vrai que parfois près du soir
Les oiseaux ressemblent à des vagues
Et les vagues aux oiseaux
Et les hommes aux rires
Et les rires aux sanglots
Il est vrai que souvent
La mer se désenchante
Je veux dire en cela
Qu’elle chante
D’autres chants
Que ceux que la mer chante
Dans les livres d’enfants
Mais les femmes toujours
Ne ressemblent qu’aux femmes
Et d’entre elles les connes
Ne ressemblent qu’aux connes
Et je ne suis pas bien sûr
Comme chante un certain
Qu’elles soient l’avenir de l’homme

La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Sur le fleuve en amont
Un coin de ciel brûlait
La ville s’endormait
Et j’en oublie le nom
Et vous êtes passée
Demoiselle inconnue
A deux doigts d’être nue
Sous le lin qui dansait

(Jacques Brel)


Illustration: Fabienne Contat

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Les timides (Jacques Brel)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


Les timides
Ça s’tortille
Ça s’entortille
Ça sautille
Ça s’met en vrille
Ça s’recroqueville
Ça rêve d’être un lapin
Peu importe
D’où ils sortent
Mais feuilles mortes
Quand le vent les porte
Devant nos portes
On dirait qu’ils portent
Une valise dans chaque main

Les timides
Suivent l’ombre
L’ombre sombre
De leur ombre
Seule la pénombre
Sait le nombre
De leurs pudeurs de Levantin
Ils se plissent
Ils pâlissent
Ils jaunissent
Ils rosissent
Ils rougissent
S’écrevissent
Une valise dans chaque main

Mais les timides
Un soir d’audace
Devant leur glace
Rêvant d’espace
Mettent leur cuirasse
Et alors place !
Allons, Paris
Tiens-toi bien !
Et vive la gare
Saint-Lazare
Mais on s’égare
On s’effare
On s’désempare
Et on repart
Une valise dans chaque main

Les timides
Quand ils chavirent
Pour une Elvire
Ont des soupirs
Ont des désirs
Qu’ils désirent dire
Mais ils n’osent pas bien
Et leur maîtresse
Plus prêtresse
En ivresse
Qu’en tendresse
Un soir les laisse
Du bout des fesses
Une valise dans chaque main

Les timides
Alors vieillissent
Alors finissent
Se rapetissent
Et quand ils glissent
Dans les abysses
Je veux dire
Quand ils meurent
N’osent rien dire
Rien maudire
N’osent frémir
N’osent sourire
Juste un soupir
Et ils meurent
Une valise sur le cœur

(Jacques Brel)

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La béatitude (Spinoza)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


La béatitude n’est pas la récompense de la vertu,
mais la vertu elle-même.

(Spinoza)


Illustration: Odilon Redon

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Le monde n’était fait que pour nous (Descartes)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


Nous avons tant de fois éprouvé dès notre enfance, qu’en pleurant, ou commandant,
nous nous sommes fait obéir par nos nourrices,
et avons obtenu les choses que nous désirions,
que nous nous sommes insensiblement persuadés que le monde n’était fait que pour nous,
et que toutes choses nous étaient dues…

(Descartes)

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L’être (Montaigne)

Publié par arbrealettres le 16 décembre 2010


Nous n’avons aucune communication à l’être.

(Montaigne)


Illustration: Odilon Redon

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