Arbrealettres

Poésie

Archive pour décembre 2010

Quelle heure est-il ? (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 30 décembre 2010


Non, ce n’est pas la lune, c’est un cadran lumineux
Qui brille, et suis-je coupable si je peux
Des faibles étoiles palper la laiteuse clarté ?
Que m’est odieuse la morgue de Batiouchkov :
Comme on lui demandait ici « quelle heure est-il ? »
Il répliqua d’un étrange « l’éternité ».

(Ossip Mandelstam)

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Je n’ai pas su (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010


Je n’ai pas su, dans le brouillard, saisir
Ton image douloureuse et fragile.
« Seigneur ! » ai-je dit par erreur,
Sans vouloir prononcer ce mot.

Le nom divin, comme un oiseau immense,
S’est échappé de ma poitrine.
Devant moi les volutes d’un brouillard épais,
Et derrière moi une cage vide.

(Ossip Mandelstam)


Illustration: William Blake

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Que m’est odieuse la lumière des monotones étoiles (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010


Que m’est odieuse la lumière
Des monotones étoiles !
Salut, mon ancien délire,
Du clocher l’essor ogival !

O change-toi, pierre, en dentelle,
Et deviens toile d’araignée !
Que le torse vide du ciel
S’ouvre à ton aiguille aiguisée !

Mon tour aussi viendra de m’élancer.
Je sens déjà l’essor d’une aile.
Mais vers quel but, de la vive pensée,
La flèche s’envolera-t-elle ?

Ou bien je serai de retour,
Ayant mon temps et ma route épuisé.
Ici je redoute l’amour,
Là-bas je n’ai pas pu aimer…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Suppose que l’étoile (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010


Le froid me donne des frissons —
Je voudrais perdre l’usage de la parole.
Mais de l’or danse dans le ciel
Et il m’intime l’ordre de chanter.

Consume-toi, musicien angoissé !
Aime, souviens-toi et pleure,
Et saisis le ballon léger
Lancé d’une planète glauque.

Car le voici le véritable
Lien avec l’univers mystérieux !
Quelle inquiétude déchirante
Et quel malheur viennent d’échoir !

Suppose que l’étoile
Qui brille toujours au-dessus du magasin de mode
S’enfonce brusquement
Dans mon cœur, ainsi qu’une longue épingle.

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Ô ciel (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010


Ô ciel, ciel, tu vas en rêve m’apparaître !
Il n’est pas possible que tu sois devenu tout à fait aveugle,
Et que le jour ait brûlé comme une page blanche :
Un peu de fumée et un peu de cendre !

(Ossip Mandelstam)


Illustration: William Blake

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Le coquillage (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010


Le coquillage

Peut-être te suis-je inutile,
Nuit; de l’abîme universel
Je suis sur ta rive jeté
Comme un coquillage sans perle.

Ta vague indifférente bat,
Et tu chantes, inconciliable;
Mais tu aimeras, tu apprécieras
Le mensonge de l’inutile coquillage.

Tu vas revêtir ta chasuble,
T’étendre sur le sable auprès de lui,
Y nouer avec des liens indissolubles
La cloche énorme des roulis.

Et le coquillage fragile
Tu vas l’emplir d’un murmure d’écume,
Comme la maison d’un coeur inhabité,
Et de vent, et de pluie, et de brume…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Sabin Balasa

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Est-il vrai que je suis réel (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010


Qu’est-ce qui fait l’âme si mélodieuse
Et qu’il y a si peu de noms chéris,
Et que le rythme fugitif n’est qu’un hasard,
Qu’un souffle inattendu de l’Aquilon ?

Il soulève la poussière en nuage,
Fait frissonner les feuilles de papier
Et ne reviendra plus jamais, ou bien
Il reviendra tout à fait différent.

Ô toi, le large vent d’Orphée,
Tu t’en iras vers les contrées marines !
Chérissant le monde incréé,
J’oubliai l’inutile « moi ».

Je m’égarai dans un bois miniature
Et découvris une grotte azurée…
Est-il vrai que je suis réel
Et que la mort réellement viendra ?

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Sabin Balasa

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Pourquoi si peu de musique (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010


Les feuilles au souffle confus,
Le vent noir les fait frissonner
Et l’hirondelle frémissante
Trace un cercle dans le ciel sombre.

La ténèbre qui s’épaissit
Discute en mon coeur doucement
(Mon tendre coeur agonisant)
Avec le rayon qui s’éteint.

Sur la forêt qu’enveloppe le soir
Paraît une lune de cuivre.
Mais pourquoi si peu de musique
Quand il fait un si grand silence ?

(Ossip Mandelstam)

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Aujourd’hui est un jour mauvais (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010

 


Aujourd’hui est un jour mauvais,
Et le chœur des grillons sommeille
Et l’abri des roches obscures
Est plus sombre que les pierres tombales.

Le cri des corbeaux prophétiques,
Le bourdon des flèches qui volent…
Je fais un rêve, un cauchemar,
Après l’instant l’instant s’enfuit.

Écarte les bornes des phénomènes,
Jette à bas la cage terrestre,
Fais retentir l’hymne sauvage,
Le cuivre des mystères rebelles !

Ô ! des âmes l’austère pendule
Se balance, vertical et sourd,
Et le destin passionnément
Frappe à notre porte interdite…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Odilon Redon

 

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Permets-moi de ne pas t’aimer (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2010


L’air grisâtre est bruissant et moite;
On se sent bien et à l’abri dans la forêt.
Docile je vais porter une fois encore
La croix légère des promenades solitaires.

Et de nouveau, vers l’indifférente patrie,
Le reproche, comme l’oiseau, monte en spirale.
Je participe à la vie ténébreuse,
Je suis innocent de ma solitude.

Un coup de feu. Sur le lac assoupi
Les ailes des canards pèsent lourd à présent.
Les troncs des sapins sont hypnotisés
Par le reflet d’une double existence.

Ciel vitreux à l’étrange miroitement,
De l’univers la brumeuse douleur —
Ô permets-moi d’être pareillement brumeux,
Permets-moi de ne pas t’aimer.

(Ossip Mandelstam)

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