Arbrealettres

Poésie

Archive pour décembre 2010

Château dévasté (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 28 décembre 2010


L’enfant perdu par sa famille
Erre dans un grand parc sans grille
Et sans fils de fer barbelés
Pour cueillir des fruits constellés.

On chassa le garde-champêtre:
Il était vraiment détesté.
On peut entrer par la fenêtre
Dans un beau château dévasté.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Fin dernière (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 28 décembre 2010


Fin dernière

Le ver
dans le fruit
La paille
dans le fer
La faille
sans bruit
Qui détruit
jour et nuit
La fin avec
des oiseaux noirs
Qui lardent
de coups de bec
Les ombres du soir
qui s’attardent.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Mer je voudrais boire à ton sein immense (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 28 décembre 2010


Mer au corps multiple
Qui tend sa croupe
Aux caresses du vent
Ou à ses coups
Qui se frotte le ventre
Au rivage qui le gratte
Ou le chatouille
Mer je voudrais boire
A ton sein immense
Mais tu le réserves
A tes Néréides.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Gaston Bussiere

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La vague (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 28 décembre 2010


Sur sa tige liquide
La vague est une fleur
Et sa corolle humide
A l’infinie couleur
D’un vaste ciel limpide.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Marie Laurencin

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C’est le silence (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 28 décembre 2010


Ce qui sait le mieux
Faire chanter l’océan
Par toute son étendue,

C’est le silence qui l’étreint
Au petit matin.

(Guillevic)

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Pour chanter aussi fort (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 27 décembre 2010


Pour chanter aussi fort
Que la cascade

Il suffit d’être
Un épi de blé.

(Guillevic)

Illustration

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Mer (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 27 décembre 2010


Mer furieuse
Mer rieuse
Mer agressive
Mer lascive
Mer démente
Mer amante
Je l’aime
Sous toutes ses formes
Et ne sais laquelle préférer.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Quand tu chantes pour toi (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 27 décembre 2010


C’est quand tu chantes pour toi
Que tu ouvres pour les autres
L’espace qu’ils désirent.

(Guillevic)

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Renouveau (Stéphane Mallarmé)

Publié par arbrealettres le 27 décembre 2010


Renouveau

Le printemps maladif a chassé tristement
L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,
Et dans mon être à qui le sang morne préside
L’impuissance s’étire en un long bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous le crâne
Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau,
Et, triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à ce rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève…
Cependant l’azur rit sur la haie et l’éveil
De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Les Fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Publié par arbrealettres le 27 décembre 2010


Les Fenêtres

Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler,

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis ! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie, et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
— Que la vitre soit l’art, soit la mysticité —
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume
— Au risque de tomber pendant l’éternité ?

(Stéphane Mallarmé)


Illustration

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